A l’attention de Véronique Cayla Présidente du CNC

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Art et essai

A l’attention de Véronique Cayla Présidente du CNC

Paris, le 10 janvier 2011

Madame la Présidente,
Nous voudrions vous soumettre un certain nombre d’interrogations à la suite du dernier groupe de travail du Comité de pilotage du classement Art et Essai des salles de cinémas qui s’est tenu le 7 décembre dernier.

Le Groupement National des Cinémas de Recherche participe depuis le début aux commissions nationales et aux groupes de travail régionaux du classement des salles Art et Essai, et fait partie du comité de pilotage du classement Art et Essai.

Nous avons toujours contribué à la réflexion sur cette aide du CNC à l’exploitation et sommes toujours soucieux qu’elle puisse servir à récompenser les salles les plus actives dans l’action et la diffusion culturelle. C’est dans ce cadre que nous avions adressé au service de l’exploitation, il y a deux ans, des propositions d’amélioration des critères d’attribution de la subvention Art et Essai afin de mieux prendre en compte toute la diversité des situations des salles.

L’une des propositions que nous avions avancée était d’augmenter les bonus du coefficient majorateur à 50 points. Aujourd’hui, les groupes de travail et la Commission Nationale récompensent la programmation et l’animation des salles avec un bonus maximum de 30 points.
Proposer 50 points donnerait aux membres des commissions une plus grande souplesse, un plus large éventail, dans l’attribution des bonus et donc une meilleure redistribution.

Cette augmentation peut permettre d’encourager les salles les plus fragiles afin de préserver un parc de salles et de favoriser l’aménagement du territoire, comme de récompenser les salles les plus méritantes qui se sentent souvent mal évaluées.

Lors du dernier comité de pilotage, cette idée d’augmenter à 50 points a été retenue, mais seulement pour les salles qui ont déjà 30 points de bonus et pour celles qui n’auraient pas plus de 2 € de subvention par spectateur. Cette augmentation serait bien entendu conditionnée à l’obtention d’une majoration de l’enveloppe financière consacrée à l’Art et Essai.

Nous nous interrogeons donc sur cette décision car elle aurait comme première conséquence de ne récompenser qu’un type de salles, celles qui obtiennent déjà le maximum de points au détriment des autres salles.

La deuxième conséquence instaurée par ce critère, plus grave à nos yeux, réside dans une séparation entre les salles qui obtiennent des subventions et celles qui n’en ont pas ou peu.

Nous connaissons parfaitement les difficultés économiques que peuvent rencontrer les salles peu subventionnées. Nous pouvons comprendre leurs préoccupations et quelques fois leur fragilité. Nous concevons par ailleurs que l’Etat puisse trouver des solutions pour aider ces salles, notamment par l’aide aux salles maintenant une programmation difficile face à la concurrence. Mais nous nous interrogeons sur la pertinence de le faire à travers la subvention Art et Essai.

Nous redoutons qu’une règle ainsi instituée instaure de vives tensions entre les salles qui, sur la diffusion culturelle, doivent au contraire se retrouver.

Nous craignons qu’une telle décision attise les incompréhensions des salles dites subventionnées, qui pour beaucoup d’entre elles, font un travail d’exposition des films les plus fragiles des plus remarquable. Sans elles, toute une cinématographie ne verrait pas le jour, tout un travail de formation des publics, et pas uniquement sur le jeune public, ne serait pas réalisé. Sans elles, tout un pan de l’action culturelle cinématographique n’existerait pas!
Nous voudrions rappeler que la composition des salles selon leur statut en France en fait sa richesse et sa diversité (37% des salles classées Art et Essai sont privées, 16 % sont publiques et 47% sont associatives. Or, souvent une association gère une salle dont les murs appartiennent à la municipalité). Les différences entre toutes les salles sont trop importantes et nécessitent d’être observées à l’aune de la volonté publique d’un aménagement du territoire et/ou d’une politique publique d’action et de formation culturelle.

Les groupes de travail régionaux et la Commission Nationale s’appuient sur un questionnaire financier qui donne un aperçu sommaire des comptes des exploitations. Ce questionnaire est souvent sujet à débats.
Les seuls critères économiques sont de désastreux outils d’analyse de la situation, notamment pour mesurer le travail d’exposition et d’accompagnement des œuvres dites d’Art et d’Essai. D’ailleurs en remettant en cause le travail des salles dites subventionnées, on remet aussi en cause les politiques publiques en la matière.

Nous voudrions souligner que la valeur du travail des commissions régionales et de la Commission Nationale, réside dans l’appréciation du travail d’action culturelle des salles de cinéma sur l’ensemble du territoire et non dans la séparation, la division, ni dans la critique des politiques publiques soutenant financièrement des lieux de diffusion.

Nous aimerions avoir vos éclaircissements sur cette proposition et comprendre ses objectifs, si cette décision est entérinée. Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à ce courrier et restons à votre disposition. Nous vous prions de croire, Madame la Présidente, à l’expression de notre considération distinguée.

 

Geneviève Houssay et Boris Spire
Co-Présidents du GNCR