Bientôt les beaux jours

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Réalisation Alessandro Comodin • Scénario Milena Magnani et Alessandro Comodin • Image Tristan Bordmann • Son Mirko Guerra • Musiques Drache, Dupap • Montage image João Nicolau • Montage son Félix Blume • Mixeur Fred Bielle • produit par Paolo Benzi, Thomas Ordonneau • une production Okta Film et Shellac Sud • Avec Raï Cinéma • en coproduction avec Arte France Cinéma • avec l’aide du MIBACT • avec le soutien de la Comminssion du film de Turin Piémont et du Fonds audiovisuel Frioul-Vénétie Julienne • Avec le Fonds d’aide au développement de la coproduction d’oeuvre cinématographiques Franco-italiennes  • Avec l’aide au développement de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en partenariat avec le CNC

 

 

Alessandro Comodin

Alessandro Comodin est né le 5 Juin 1982 à San Vito al Tagliamento / Pordenone (Italie). Il est diplomé en section réalisation à l'INSAS (2004 - 2008) à Bruxelles, Belgique.

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Festival de Cannes 2016 - Semaine de la Critique
Beatrice Sartori Award
Rio De Janeiro International Film Festival 2016: Expectativa 2016
Viennale, Vienna International Film Festival 2016

Bientôt les beaux jours

Alessandro Comodin
Distribution :: 
Date de sortie :: 
03/05/2017
Italie/France – 2016 – 1h40

Tommaso et Arturo, en fuite, se réfugient dans la forêt. Des années plus tard, cette forêt est infestée de loups. Ariane y découvre un trou étrange. Ariane est-elle la jeune femme dont on parle dans cette légende de la vallée ? Pourquoi s’est-elle aventurée dans ce trou ? Cela reste un mystère. Cette histoire, chacun la raconte à sa façon, mais tous s’accordent à dire que le loup, Ariane l’a bel et bien trouvé.

Parmi toutes les histoires que me racontaient mes grandsparents, celle de Dino est celle qui m’a le plus marqué. Peut-être parce que Dino est encore vivant et que je le connais bien, ou parce que j’ai toujours aimé les histoires de fantômes.
Dino est un ami de mon grand-père, rentré à pied de Russie en 1945. Ce garçon emprisonné à 20 ans en 1941, a sauté du train qui le transportait vers la Sibérie. Il a alors passé quatre ans à sillonner l’Union Soviétique en suivant une direction bien précise : le soleil, le Sud.
En URSS, il a travaillé, a appris le russe, a été de nouveau emprisonné et s’est encore évadé. Il est même tombé amoureux je crois, tandis que chez lui, dans le Frioul, personne ne l’attendait plus, on avait perdu sa trace. On le croyait mort comme tant d’autres, congelé quelque part. Puis, un beau jour, à la fin de la guerre, Dino retourne dans son village.
Ce fantôme en chair et en os a franchi le seuil de la maison de ses parents. Le coeur de son père n’a pas résisté à une telle joie, il mourut un mois plus tard.
Mes grands-parents m’ont raconté beaucoup d’autres histoires sur la guerre comme celle de Dino. Je ne sais plus à présent si c’est moi qui, enfant, faisais de ces aventures de véritables contes ou si c’est ainsi que mes grands-parents me les racontaient, précisément parce que j’étais un enfant. Quoiqu’il en soit, il m’en reste une grande tendresse pour les récits qui mêlent histoire et rêverie, où réalité et fiction finissent par se confondre à un point tel qu’il en devient impossible de distinguer réel et imaginaire.
Bientôt les beaux jours s’inspire de l’histoire de Dino, de cet homme qui échappe à la mort et qui, peu à peu, prend plaisir à être en fuite. Je m’en suis emparé pour la développer jusqu’à en faire une de ces légendes mi fantastiques mi réelles que me contaient mes grands-parents. Le temps n’existe plus : Dino disparaît pendant quatre ans, on l’a cru mort et, qui sait, peut-être est-il vraiment mort à ce momentlà, mais ensuite il est quand même revenu.
En développant l’histoire de Dino, Bientôt les beaux jours décrit la rencontre de deux êtres qui, chacun à sa manière, ont quelque chose d’exceptionnel. Des individus apparemment sans histoire, dont les actions n’ont à première vue rien d’extraordinaire et qui, par leur simplicité et leur « pureté » mêmes, deviennent héroïques.
Alessandro Comodin

 


 

Par Julien Gester

On avait découvert Alessandro Comodin à Cannes, en 2009, dès son saisissant court métrage de fin d’études, Jagdfieber. La captation d’une partie de chasse recueillie depuis sa périphérie, où tout de l’action chasseresse était tenu hors champ, à l’exception de fervents portraits de chasseurs, mués par l’intensité du regard porté sur eux en de surnaturelles gargouilles, quasi mythologiques. Depuis, le jeune cinéaste frioulan a confirmé avec le très beau l’Eté de Giacomo (primé à Locarno) et le voilà de retour à Cannes avec un film aussi impénétrable qu’enivrant, qui achève de le ranger parmi les plus prometteurs jeunes cinéastes européens. «Il y a des natures belles et des natures de merde», statuait le jeune héros de son premier long métrage, les pieds envasés. C’est cette fois une magnifique forêt piémontaise qui enserre les histoires en miettes relatées par Happy Times Will Come Soon, où l’on accompagne d’abord la course de deux jeunes hommes à la beauté suave, deux ombres peintes à l’encre bleue fuyant on ne sait quoi à travers une nuit opaque où, peu à peu ils feront leur nid. On les voit lutter, s’empoigner, rouler dans les herbes hautes, chasser le lapin et le dépecer, voler un fusil. On ne saurait dire s’ils jouent. Quand l’époque, jusque-là insituable, s’incruste dans le mouvement agile d’un plan, il sera déjà tard. Puis, passé un interlude empli de récits et croyances populaires contés face caméra - des histoires légendaires de biche blanche, d’un amant loup «aux yeux de feu» hurlant son désespoir à la lune et d’une jeune femme malade «retournée à l’état sauvage sans idée de ce qu’elle cherchait» -, une seconde partie s’élance. Elle a pour beau bestion aux yeux clairs le visage de l’actrice française Sabrina Seyvecou. Soit l’ensauvagée mentionnée plus tôt, qui erre, affalée, à dos d’âne, autour du mystère d’un trou, tandis que résonnent des éclats de vieilles chansons italiennes baignées dans le bruissement d’un ruisseau. Et que, dans ces parages déjà arpentés lors de la première partie, forcément, rôde un loup, flânant telle la caméra en liberté de Comodin, comme avide de forer dans le territoire conquis par ses rotations un espace où engouffrer soudain un nouveau genre, une nouvelle rafale de fiction.

Amalgame d’inspirations disparates, de vieilles légendes en tableaux de maîtres hollandais, le film évoque immanquablement les histoires bipolaires de dévoration amoureuse du sublime Tropical Maladay d’Apichatpong Weerasethakul, ou encore l’incertaine dérive rurale dans le sillage de folklores populaires de Ce Cher Mois d’août de Miguel Gomes. Comodin s’est d’ailleurs allié à un autre cinéaste portugais pour monter ses deux films, João Nicolau, à qui il a rendu la pareille, et dont le très beau teen-movie John From sort en salles dans huit jours.