Chris the Swiss

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AVEC : avec Anja Kofmel , Hedi Rinke, Julio César Alonso, Aduardo Rosza Flores, Alejandro Hernandez Mora, Paul Jenks, Ilich Ramírez Sánchez.

 

Anja Kofmel

Anja Kofmel est née en 1982 à Lugano et a grandi dans les environs de Zurich. Elle obtient le diplôme fédéral de fin de scolarité obligatoire en 2002.
Entre 2005 et 2009, elle étudie l’animation à la Haute École de design et d’art de Lucerne (HSLU). Durant cette période, elle passe un semestre à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) à Paris. En 2009, elle termine ses études et reçoit un diplôme en conception visuelle, spécialisation animation. Son projet de fin d’études intitulé Chrigi, court-métrage qui traite de la mort brutale de son cousin Christian Würtenberg a reçu des récompenses et a reçu un accueil très enthousiaste.
Après l’obtention de son diplôme, Anja se concentre sur l’animation, la réalisation de documentaires et sur l’illustration en tant qu’indépendante. Toujours désireuse d’approfondir ses connaissances, elle participe à divers ateliers dans les domaines du storytelling, du story-boarding et de la production. Parmi lesquels le Temple Clark workshops ou le Kami Naghdi Film Law Development Production and exploitation Deals tous les deux situés à Londres (Royaume-Uni).
Entre 2015 et 2017, elle passe la plupart de son temps en Croatie ou en Allemagne où elle pilote une équipe internationale d’animateurs en tant que réalisatrice et directrice artistique du documentaire animé Chris the Swiss, une étude plus élaborée sur l’assassinat de son cousin. Durant cette période elle fonde sa propre maison de production «Asako GmbH» à Zurich. 2018 Elle termine Chris the Swiss.
 

Filmographie
2018 Chris the Swiss, doc animé,
2009 Chrigi, cm d’animation,
2006 Boxer Box, cm d’animation
2005 Je Suisse, cm d’animation
2004 Strichcode, cm d’animation

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Semaine de la Critique 2018 - En compétition

UN SOUTIEN COMMUN AVEC :

Chris the Swiss

Anja Kofmel
Distribution :: 
Date de sortie :: 
03/10/2018
Suisse, Allemagne, Croatie - 2018 - 1h25

Début des années 90 : la guerre en Yougoslavie a débuté. Des hommes jeunes venus de toute l’Europe y prennent part. Le 7 janvier 1992, un journaliste suisse est retrouvé mort en Croatie, vêtu de l’uniforme d’un groupe international de mercenaires. Vingt ans plus tard, sa cousine, la réalisatrice Anja Kofmel mène des recherches sur le contexte de l’époque pour comprendre pourquoi ces hommes furent à ce point fascinés par la guerre.

 

Rencontre(s) avec Anja Kofmel

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE

La mort de votre cousin suscite votre intérêt depuis plus de vingt-cinq ans. Vous en aviez déjà fait le sujet de votre projet de fin d’études, un court-métrage de sept minutes : Chrigi, en 2010. À présent, vous avez réalisé un long métrage. Pourquoi ce cousin vous préoccupe-t-il encore ?
Avec cette terrible nouvelle, pour ainsi dire, le mal est entré dans ma vie. Enfant, j’avais un point de vue différent, j’ai perçu le message différemment. Je ne le connaissais même pas si bien que ça, mais je l’admirais, ce journaliste qui voyageait beaucoup, en Thaïlande, en Afrique du Sud. Il a nourri mon imagination, ma propre soif d’aventure. Plus tard, quand j’ai eu son âge, je me suis retrouvée confrontée à la question : Pourquoi quelqu’un meurt-il si jeune et de façon aussi sauvage ? Que s’est-il passé là-bas ? D’une part, il y avait ce cousin, d’autre part la question de savoir ce qu’était ce monde et comment une telle guerre pouvait se produire. Comment aurais-je réagi ?

Le processus a été long, de l’idée à la réalisation. Vous avez travaillé sur le film pendant sept ans.
La production a été difficile. C’était mon premier long-métrage depuis l’école, mon premier documentaire. Je n’avais jamais écrit de scénario auparavant. Beaucoup de nouveaux éléments sont arrivés en même temps. Qui plus est, durant la production, nous avons rencontré divers problèmes, dont la plupart n’étaient pas de notre fait, mais relevaient de circonstances extérieures et de questions politiques.

Vous venez du film d’animation et avez maintenant mêlé des séquences d’animation et des scènes documentaires. Quelle était votre intention ?
J’ai utilisé l’animation pour, d’une part, montrer la perspective de l’enfant, mes souvenirs pour ainsi dire. D’autre part, je voulais exposer mon point de vue, mes idées de ce qu’ont pu être les derniers jours de la vie de mon cousin. Mais même ce niveau fictionnel se base sur des recherches, sur des articles écrits par Chris, sur des déclarations de personnes qui l’ont connu. Un autre facteur décisif qui m’a incitée à recourir à l’animation était la liberté narrative qu’elle procure. La possibilité d’aller au-delà de la simple illustration de ce qui a pu se produire et de donner plutôt une forme visuelle à la guerre et aux atrocités de la guerre, de visualiser les sentiments et les émotions.

 

Ce procédé, cette forme s’appelle « documentaire animé », est-ce qu’il y a des réalisateurs de référence dans ce domaine ?
Il y a des exemples, mais seuls quelques-uns ont réussi. En l’occurrence, il n’y en a pas pour moi. Je voulais imbriquer les deux formes, les fusionner à ma manière et selon ma propre optique

D’un côté, votre film propose une vision personnelle, familiale, et de l’autre, décrit une situation politique, des conditions sociales. Comment vous y êtes-vous prise pour chercher des pistes ?
Le point de départ a été cet événement pendant mon enfance et la question : Qui a tué Chris ? Mais au cours du travail, cette question n’a plus occupé la place centrale. Il ne s’agissait plus du cas particulier de Chris, mais de la guerre et de la question : Qu’est-ce que les individus sont prêts à faire ? Pourquoi prendre part à une guerre de son plein gré ?

Espériez-vous résoudre le mystère de la mort de votre cousin ?
Au début peut-être, mais vingt ans après, ça ne sert plus à rien. Le film ne fournit que de vagues réponses, il soulève de nouvelles questions.

Il y a certainement des réponses pour expliquer sa mort violente, des témoignages de personnes qui l’ont approché, par exemple. Le film nous propose différents scénarios de l’assassinat de Chris.
Ce qui deviendra clair c’est la réalité historique, mais aussi, avec le temps et les gouvernements qui vont se succéder à l’avenir, les pistes seront brouillées.

« Chris the Swiss», comme le brigadier général Chicol’appelle presque par moquerie, était un reporter suisse,un chercheur, un mercenaire, un guerrier, une victime.« Il a joué avec sa vie », se souvient un témoin. Etait-il fasciné par la guerre ?
J’en suis convaincue. Rien n’était tout noir ou tout blanc pour lui, sa personnalité était plus complexe, ce n’était pas un « Rambo» typique qui part à la guerre. Je l’ai perçu dans ses notes, qu’il a laissées derrière lui. C’était un observateur et un guerrier.

Un témoin dit que Chris a rejoint « une bande de criminels d’extrême droite », le PIV, la « première section internationale de volontaires », une milice armée. Pourquoi a-t-il fait ce choix ?
Des journalistes, qui se connaissaient, ont été impliqués dans cette guerre complètement déroutante. Parmi eux, il y avait l’Espagnol Chico, fondateur du PIV. Certains ont participé. C’est l’une des raisons de son choix, une autre concerne la rumeur selon laquelle l’Opus Dei était partie prenante et a financé la brigade. Chris a pu imaginer une histoire exaltante. Et il voulait toujours aller au fond des choses quel que soit le prix à payer.
Je pense qu’il n’avait même pas envisagé la possibilité de mourir, mais qu’il pensait rentrer avec une histoire géniale et devenir célèbre. C’est mon interprétation.

Le frère de Chris, Michael, lui aussi journaliste, a dit un jour que Chris avait joué avec sa vie. Vous le pensez aussi ?
Selon moi, c’était quelqu’un qui cherchait toujours la limite, l’extrême. Il ne se satisfaisait pas d’assister à des conférences de presse, il voulait être sur le terrain des événements. Cette période – la fin de la Guerre froide, la chute de l’URSS, et la guerre en Yougoslavie, cette zone sensible, – était très excitante pour les journalistes.

Chris s’est-il retrouvé pris dans une spirale dont il ne pouvait plus sortir ?
Oui. Il est parti seul et a franchi les limites. C’est facile de dire que Chris était un aventurier, mais la guerre est une situation exceptionnelle. C’étaient de jeunes combattants, de 16, 17 ans, remplis d’adrénaline dans une situation extrême, qui sont devenus fous et sont passés à l’acte.

Chris n’est pas un personnage très émouvant. Vous n’avez pas brossé le portrait d’un homme héroïque, mais celui du « héros », plutôt sombre. Le journaliste armé peut servir de modèle à des jeunes gens fascinés par la guerre qui prennent le chemin du Moyen-Orient. Partagez-vous ce point de vue ?
Cela peut se produire pendant une certaine période de la vie d’un jeune homme. Il peut se retrouver instrumentalisé et utilisé par n’importe quel parti. L’histoire se répète.

Vous êtes-vous délestée d’un fardeau personnel, êtes-vous parvenue à surmonter quelque chose en réalisant ce film ?
Il est difficile de répondre à cette question. C’est assurément un sujet en lien avec mes souvenirs d’enfance, un mystère que je voulais percer, quelque chose que je voulais surmonter. Maintenant, je dois le laisser derrière moi.

Comment Joel Basman, l’acteur célèbre, est-il entré en jeu ?
Le casting pour la voix de Chris a été difficile. J’avais l’intention de faire intervenir deux voix-off : celle de Chris et la mienne..
Il m’a semblé que la mienne ne convenait pas bien au film. On entend Chris dans un reportage à la radio, les séquences D’animation et les passages dans lesquels ses articles sont lus. J’ai fait un casting et Joel avait la voix adéquate. Je cherchais une voix authentique, celle de quelqu’un qui avait vécu quelque chose. Joel a été capable de le faire, il a réussi à briser sa voix. Je pense que Chris était un personnage ambigu, un homme déchiré.

Y avait-il un cahier des charges pour le dessin ?
Oui, c’était important pour moi que le film soit proche de mes propres dessins. J’ai aussi dessiné pendant le tournage.

Votre travail est-il un film de guerre sur la Croatie?
On n’entend pas beaucoup parler croate dans le film. C’est un film sur de jeunes hommes qui pouvaient être des personnes proches de vous et aller faire la guerre. Il parle de la brigade et de l’environnement en Croatie. C’est pour cette raison que la Serbie n’est pas prise en compte. Je me suis concentrée sur les quelques semaines qui ont précédé la mort de mon cousin.

Quelles ont été les difficultés du tournage en extérieur, en Croatie. Le tournage a-t-il rencontré des obstacles de la part des autorités ou d’autres groupes de pression ?
Ç’a été difficile de trouver des témoins. Soit ils étaient morts comme Eduardo, soit ils avaient des surnoms, soit ils se cachaient. Nous avons reçu de l’aide des États-Unis et bénéficié d’un répertoire de vétérans en Croatie. Pendant la production, il y a eu un changement de gouvernement dans le pays. Il est passé d’un gouvernement plutôt de gauche et progressiste, à un gouvernement d’extrême-droite. Les séquences d’animation ont été produites en Croatie ; nous y avions installé un studio d’animation. La production a été interrompue en 2016 à cause de manifestations contre la fondation cinématographique qui soutenait notre projet. Son directeur a dû démissionner. Le financement croate a cessé. Le problème a été résolu peu avant Noël 2017. Cependant, les récents événements ont conduit la Croatie à ne pas reconnaître Chris the Swiss comme un film croate.