Cornélius, le meunier hurlant

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Cornélius Bonaventure Gacon • Carmen Anaïs Demoustier • Le Maire Cardamone Gustave Kervern • Gazagnol Christophe Paou • Dr De Chomo Denis Lavant • Femme Cardamone Solange Milhaud • Commis épicerie Camille  Boitel • Dr Aloise Jocelyne Desverchère • Policier Torpido Guillaume Delaunay • Policier Portimo Maxime Dambrin Raoust • Homme ours Cyril Casmèze
Collaborations Chorégraphiques Maguy Marin, Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen, Rachid Ouramdane

Réalisateur Yann Le Quellec • Scénario et Dialogue Yann Le Quellec • Collaborations à l’écriture David Elkaïm, Jean-Luc Gaget, Gladys Marciano – librement adapté du roman  Le Meunier Hurlant de Arto Paasilinna (© Edition Denoël 2002) • Image Sébastien Buchmann • Montage Sandie Bompar et Yann Dedet • Musique Martin Wheeler • Chant Iggy Pop • Décors Florian Sanson • Costumes Sandrine Bernard • Son Antoine Corbin, Jean Mallet, Margot Testemale • Directeur de Production Jérôme Pétament • Directeur de postproduction Pierre Huot • Producteurs Patrick Sobelman, Marc Bordure (Agat Films & Cie), Yann Le Quellec (Les Films de mon moulin) • Coproducteurs Ex Nihilo, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, CN6 Productions, Artemis Productions, Shelter Prod • Avec le soutien de La Région Auvergne-Rhône-Alpes, La Région Occitanie / Pyrénées – Méditerranée ; En Partenariat avec Le Cnc, La Fondation Gan pour le Cinéma, Sacem, Taxshelter.Be & Ing, Tax Shelter Du Gouvernement Fédéral De Belgique • Avec la participation du CNC, • En Association avec Canal+, Cine+, Indéfilms 5, La Banque Postale 10
 

 

Yann Le Quellec

Yann Le Quellec débute sa carrière dans la production de films en créant et dirigeant les Sofica Cinémage (associées à la production de 200 longs-métrages) et les sociétés White Light Films /Les Films de mon moulin.
En 2012, il écrit et réalise Je sens le beat qui monte en moi (Prix du public au festival de Brive, Prix du public et Prix de la presse internationale au MyFrenchFilmFestival d’Unifrance et aux Lutins du court-métrage, Grand Prix du Festival de Vendôme, et lauréat de nombreux festivals internationaux) puis, en 2013, Le Quepa sur la Vilni ! (Prix Jean Vigo, Quinzaine des réalisateurs, Festival de Clermont-Ferrand…).
Ces deux moyens-métrages ont bénéficié d’une sortie nationale en salles et en DVD en 2014. Yann Le Quellec est également auteur de bandes dessinées aux Editions Delcourt : Love is in the air (guitare), traduit dans plusieurs pays, et Le royaume d’Hérouville (en cours de parution).
Avec Cornélius, le meunier hurlant, librement inspiré du roman de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna, il signe son premier long-métrage.
 

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

PRIX DU PUBLIC - FESTIVAL DU  FILM  – BELFORT 2017
 

Cornélius, le meunier hurlant

Yann Le Quellec
Distribution :: 
Date de sortie :: 
02/05/2018
FRANCE / 2017 / 1H47 / image : 2,35 / son : 5.1

Un beau jour, un village du bout du monde voit s’installer un mystérieux visiteur, Cornélius Bloom, qui aussitôt se lance dans la construction d’un moulin.
D’abord bien accueilli, le nouveau meunier a malheureusement un défaut :
toutes les nuits, il hurle à la lune, empêchant les villageois de dormir.
Ces derniers n’ont alors plus qu’une idée en tête : le chasser.
Mais Cornélius, soutenu par la belle Carmen, est prêt à tout pour défendre sa liberté et leur amour naissant…

 

Entretien avec Yann le Quellec

Pourquoi, pour votr e premier long-métrage, avez-vous choisi d’adapter Le meunier hurlant, de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna* ?
J’ai lu Le meunier hurlant il y a une dizaine d’années et depuis, l’envie d’adapter ce roman à l’écran ne m’a pas quitté. On y plonge dans un univers foisonnant, picaresque, d’une immense liberté. Et très drôle. Un humour doux amer et burlesque souvent grinçant, sur un fil, mais d’une grande humanité et dénué de cynisme.

Il y a dans l’univers du récit de Paasilinna une forme de naïveté qui irrigue votre récit, vos personnages. Avez-vous eu l’intention de vous approcher du conte ?
Les héros chez Paasilinna ne se résignent jamais. Ils avancent envers et contre tout. Ils prennent leurs rêves pour des réalités et se heurtent en permanence au monde. On peut trouver cela naïf, moi  je crois que c’est un acte de foi courageux et plein d’élégance. Cornélius est un étranger qui cherche à s’implanter dans une communauté mais est tiraillé entre l’expression de sa singularité individuelle et la prise en compte de la norme sociale ; et le village lui-même est partagé entre la nécessité de s’ouvrir pour éviter l’asphyxie et la tentation du rejet. C’est le cas de presque tous les héros de western, chez John Ford notamment. Mais c’est aussi une situation très concrète pour beaucoup de monde aujourd’hui, pas seulement pour les migrants et pas uniquement en France.
Pour revenir à votre question sur le désir d’adaptation du livre, il y a avant tout l’envie de suivre ce héros, Cornélius. C’est un héros bigger than life, dans le sillage des personnages de Zorba le Grec, Jeremiah Johnson, Vol au-dessus d’un nid de coucou ou La Conjuration des imbéciles. J’avais envie de relever le défi d’un certain romanesque, avec mes moyens, qui ne sont évidemment pas ceux du cinéma hollywoodien.

Les décors naturels du film sont spectaculaires et participent beaucoup au souffle romanesque du film. Mais tourner dans des endroits aussi reculés induit beaucoup de contraintes, pourquoi y teniez-vous tant ?
Je cherche à créer l’univers en propre du film, un univers utopique au double sens de lieu qui n’existe pas et de lieu fantasmé. Mais à partir de territoires réels, qui préexistent au film. Juste par le jeu du regard et de la mise en scène.
J’ai dans un premier temps effectué un long travail de repérages solitaires à vélo. Pour finalement tourner dans trois territoires : nous avons construit le moulin au bord d’un précipice près du prodigieux cirque de Navacelles, dans le Larzac, au fond duquel se trouve le village que l’on voit dans le film. Autour se trouvent des causses, notamment le causse de Blandas, qui sont de véritables décors de western, arides, secs, rugueux, balayés par les vents.
Pour l’asile, nous nous sommes installés à la forteresse de Salses, construit au XVème siècle pour garder la frontière entre la France et la Catalogne. Enfin, pour l’errance de Cornélius, nous avons tourné dans les Alpes, au-dessus de l’Alpe d’Huez dans des endroits difficiles d’accès et soumis à des conditions météorologiques extrêmes.
J’ai choisi ces endroits moins pour leur pittoresque que pour leur puissance. Je souhaitais que le parcours de Cornélius trouve un souffle épique, homérique. Confronter Cornélius à des lieux « chargés » et rudes y a beaucoup contribué.
Le cirque de Navacelles évoque le Colorado des westerns ; les costumes des villageois sont librement inspirés par des communautés amish. J’avais envie de déterritorialiser le western ou plutôt de
« westerniser » des territoires que je connais bien. Le film joue alors avec l’inconscient cinéphilique du spectateur, un peu comme quand Luc Moullet tourne Une aventure de Billy le Kid dans les Roubines.

Le film dégage aussi une certaine sensualité…
Pour moi, la présence de la nature est avant tout promesse de sensations. Le souffle du vent qui balaie le moulin et les personnages, le courant des torrents, ou les fleurs si chères à Carmen sont autant d’éléments qui érotisent la relation entre Carmen et Cornélius et contribuent à la sensualité du film. De fait, en explorant ces territoires, j’ai tenté de filmer la relation des corps à une nature omniprésente. Car la trajectoire de Cornélius passe par un retour à la nature - chassé du monde des hommes, il trouve refuge dans les montagnes - et même à l’état de nature. Là, il entretient un rapport quasi animal à son environnement.

Le hurlement de Cornélius pose une question qui nous concerne tous : dans ce monde policé et normé, que faire de notre animalité, de nos pulsions ou de notre chagrin ?
Par-là, le film interroge aussi notre rapport à la folie. Malgré tous nos efforts pour nous contenir, nous contrôler, nos pulsions finissent toujours par se manifester. Comme le mental de Cornélius ou les engrenages de son moulin, le film est souvent au bord de la rupture ou de l’emballement. En ce sens, je crois que le film, s’il est avant tout un film de corps, est aussi à sa façon un film mental, un conte psychédélique.

Bonaventure Gacon, qui interprète Cornélius, est une vraie découverte. Il vient d’un autre univers, qui est le cirque, comment s’est passée cette rencontre ? J’ai écrit le scénario en étant très angoissé par la question de l’acteur : qui va pouvoir interpréter Cornélius ?
J’avais en tête un Depardieu jeune. Il me fallait trouver un acteur charismatique qui ait une présence physique qui puisse impressionner. Une personnalité hors-norme mais sensible qui puisse aller vers la danse, vers le burlesque ou qui ait des « superpouvoirs » sur lesquels je puisse m’appuyer d’un point de vue chorégraphique. J’ai fait de nombreux castings d’acteurs de cinéma, de théâtre, mais aussi de danseurs, du casting sauvage… et pendant longtemps je n’ai pas trouvé. J’étais assez désespéré. Et là, deux amis ont lu le scénario, et m’ont dit, sans se concerter, « ton Cornélius existe ! Dans la vie, il s’appelle Bonaventure Gacon. » Bonaventure Gacon, m’ont-ils dit, était connu à la fois comme artiste de cirque - c’est un « porteur » très puissant au sein du cirque Trottola et aussi comme auteur d’un spectacle où il est seul en scène, intitulé Par le Boudu. C’est un spectacle culte pour beaucoup de monde (Pierre Etaix par exemple l’admirait). Je suis donc allé en Suisse voir son spectacle et j’ai été impressionné à la fois par sa puissance, son agilité incroyable, et enfin par sa nature, une personne belle presque au sens archaïque du terme, avec un rapport absolument pur aux gens et aux choses. Je sentais que cette humanité, et une réelle  fragilité alors que c’est un colosse, pouvaient irriguer le personnage de Cornélius. Je lui ai immédiatement proposé le rôle ! Il a effectivement commencé par décliner la proposition. Puis il a vu mes films précédents, nous avons beaucoup parlé ensemble et il a finalement accepté. Il s’est totalement investi dans la préparation et le tournage du film.


Et Anaïs Demoustier ?
Je cherchais une personnalité qui puisse être à la fois solaire, comme certaines actrices des années 1950, charmante, qui ait une poésie et dont on puisse sentir qu’il y ait chez elle une sorte de fascination face à ce que propose Cornélius.
Il y a eu une évidence quand Anaïs et Bonaventure se sont recontrés. D’abord, la confrontation de leurs corps était saisissante : d’emblée on était du côté de La Belle et la Bête, dans le conte. Surtout, Bonaventure était extrêmement ému par ce que proposait Anaïs, qui était également déstabilisée, mais en jouait, rebondissait merveilleusement. Une sorte d’admiration mutuelle, teintée de respect et de charme. Et dans le film, la fraîcheur proposée par Anaïs fait contrepoint à la violence du hurlement. Carmen est un personnage un peu décalé, mais qui est traversé par une sensibilité, une légèreté, et une forme de pudeur et d’empathie par rapport à la singularité de Cornélius. Et Anaïs a une intelligence et une technique de jeu sidérantes : elle peut tout faire !

Comme dans vos moyens-métrages, il y a ici une attention particulière portée aux costumes et aux couleurs.
Tous les costumes des personnages sont des créations originales. Je me suis aperçu que dans mes trois films le héros est en bleu et l’héroïne en rouge. Evidemment, ce recours à une gamme chromatique très assumée va chercher du côté d’une certaine tradition des comédies musicales, de Demy à Minnelli. Cela me permet aussi d’héroïser mes personnages et de m’affranchir d’emblée de la question du réalisme. Les costumes de mes villageois sont librement inspirés
du travail d’un photographe allemand, Timm Rautert, le seul à avoir eu le droit de photographier les communautés Amish. Ses travaux datent des années 1970 mais les images ramènent à une époque indéfinissable car atemporelle.

Lorsqu’on regarde ce moulin qui domine le village, on a le sentiment qu’il a toujours été là, un peu comme une cathédrale. Comment en êtes-vous arrivés à cette construction étonnante, assez éloignée de l’idée qu’on peut se faire d’un moulin ?
C’était l’un des grands enjeux de la préparation du film. Dans le livre, c’est un moulin à eau, mais là, compte tenu de la configuration des lieux, je voulais le construire en bord de falaise, au-dessus du village, et de fait ça devenait un moulin à vent. Il fallait trouver un édifice qui matérialise l’imaginaire singulier de ce meunier. Avec le chef décorateur Florian Sanson, nous avons conçu le moulin en partant de plans qu’avait dessinés Léonard de Vinci.
Nous souhaitions aussi que le moulin ait une certaine force, qu’il soit en prise avec la nature, qu’il capte les éléments. Il y a cette idée d’un endroit qui canalise les énergies - ici le vent - pour les transformer en autre chose.
Et puis il y a le cœur du moulin, la salle des machines où le grain est moulu. Cette machine folle, comme une puissante boîte à musique, a été construite dans un hangar pour créer une ambiance presque expressionniste qui soit le prolongement de l’état psychique du personnage. On a travaillé beaucoup sur ces questions de rotations, d’engrenages, verticaux ou horizontaux. Là aussi, nous avons travaillé en collaboration avec Bonaventure qui devait circuler et prendre en main « son » moulin. Il ne fallait pas seulement que ce soit beau, mais que ça puisse « jouer » au sens burlesque du terme

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*Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l’auteur d’une quarantaine de romans, vendus à 7,5 millions d’exemplaires et traduits dans 41 langues. C’est l’écrivain finlandais contemporain le plus lu dans le monde. Le lièvre de Vatanen, Prisonniers du Paradis et Le meunier hurlant comptent parmi ses plus grands succès et sont considérés par beaucoup comme des romans cultes. Le Meunier hurlant, traduit en français par Anne Colin du Terrail, est disponible chez Folio.