Goodbye, Dragon Inn

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Scénariste : Tsai Ming-liang
Production : Homegreen films
1er assistant : Vincent Wang
Photographie : Pen-Jung Liao
Son : Du Tuu-Chih
Production : HomeGreen Films

 

Tsai Ming-liang

Né en 1957 à Kuching en Malaisie. Arrivé à Taïwan en 1977, il obtient son diplôme d’études de cinéma et de théâtre de l'Université Culturelle Chinoise,
il a également produit et mis en scène des pièces de théâtre et réalisé de nombreux films pour la télévision.

scénarios
1982 : WINDMILL AND TRAIN,
1983 : RUNAWAY Wang Tung
1984 : SPRING DADDY Wang Tung
1985 : KUNG FU KIDS III Wang Tung
1987 : YELLOW STORY [Part 1] Wang Shaudi

longs métrages
1992 : LES REBELLES DU DIEU NÉON
1994 : VIVE L’AMOUR
1996 : LA RIVIÈRE
1998 : THE HOLE
2001 : ET LÀ-BAS, QUELLE HEURE EST-IL ?
2003 : GOODBYE, DRAGON INN
2005 : LA SAVEUR DE LA PASTEQUE
2007 : I DON'T WANT TO SLEEP ALONE
2009 : VISAGE
2007 : LES CHIENS ERRANTS

Goodbye, Dragon Inn

Tsai Ming-liang
Distribution :: 
Date de sortie :: 
21/07/2004
Taïwan - 2003 -1h20 - couleur - 35mm - 1.85 - Dolby SR

Dernière séance avant que la salle de cinéma ne ferme ses portes
A tout jamais. Un jeune homme d'origine japonaise se réfugie à l'intérieur du cinéma pour se protéger de la pluie.
L'ouvreuse infirme et le projectionniste n'ont jamais eu l'occasion de se rencontrer bien qu'ils travaillent dans le même cinéma.
Sur l'écran est projeté Dragon Inn, film chinois à succès des années 60. Dans la salle, l'homme japonais remarque deux individus qui ressemblent aux acteurs du film. Sont-ils bien vivants ou ne sont-ils que deux esprits qui hantent ce lieu ?



« Comme mes capacités sont limitées, ma vie d’artiste est comparable à un arbre. Je la nourris avec diligence et délicatesse. Et puis un jour, en regardant le ciel, je découvre combien il a grandi. Les branches sont abondantes et les feuilles luxuriantes. Sa silhouette ne ressemble à aucune autre. Elle a trouvé sa propre posture. Je suis heureux et je n'essaie plus de donner de limites à cet arbre. Je ne m'inquiète plus de le voir grandir de travers... »

Pourquoi avoir situé ce film dans un vieux cinéma ?
Je rêve souvent de vieilles salles de cinéma. À Kuching, en Malaisie, où je suis né et où j'ai grandi, il y a sept ou huit vieux cinémas. Dès que j'ai eu 3 ans, mon grand-père m'a emmené voir des films. Un de ces cinémas s'appelait l'Audien. Le plafond était très haut et il était constellé de ventilateurs. Il y avait plus de mille fauteuils et les rideaux sur les portes de sortie remuaient dans l'air ventilé. Le caissier du cinéma était un vieux monsieur infirme. Lorsqu'un enfant atteignait une certaine taille, il devait payer. Même si je grandissais, mon grand-père me faisait passer devant le caissier sans jamais m'acheter de ticket. Le caissier avait l'air méchant, il me faisait peur. Aujourd'hui, toutes ces vieilles salles ont disparu. Je ne les ai pas oubliées, même si je vis loin de chez moi. Le plus étrange, c'est que parfois, je rêve de l'Audien. Pendant le tournage de Et là-bas, quelle heure est-il ? on a eu besoin de tourner des scènes dans un cinéma. Dans la banlieue de Yung-Ho, où j'habite, j'ai découvert le cinéma Fu-Ho qui m'a semblé familier. Trois mois après le tournage, le cinéma a fermé ses portes. Un jour, par hasard, j'ai rencontré son propriétaire qui m'a annoncé que la salle allait être détruite. J'ai aussitôt appelé mon producteur, Liang, pour lui demander l'argent pour louer le cinéma afin d'y tourner un film.

Dragon Inn a un rôle important dans le film. Il figure même dans le titre. Pourquoi ?
À cause de Miao Tien : Dragon Inn a été son premier film. Il a également été le superviseur du scénario. À l'époque, il était extrêmement dynamique. Le hasard a fait que vu son grand âge, il a joué le père de Hsiao Kang, dans tous mes films. Dans Et là-bas, quelle heure est-il ? le père meurt. Du coup, plusieurs personnes se demandaient si on le reverrait encore dans mes films. J'ai répondu : « Ne vous inquiétez pas. Les esprits, ça existe. » Au début, je voulais tourner une histoire de fantôme dans le cinéma. J'ai réfléchi, et je me suis dit que si Miao Tien était un fantôme et revenait dans cette salle, ce serait pour voir le film Dragon Inn, et pas un autre. J’ai vu ce film quand j'avais 11 ans. C'est le film d'arts martiaux le plus impressionnant que j'aie vu enfant. Le son de la flûte traversière dans le film me fait toujours ressentir l'immensité et la solitude du monde des arts martiaux. Dans d'autres films du genre, on voit les acteurs voler au-dessus des toits et marcher sur les murs. King Hu montre son porteur de sabre marcher seul dans un paysage désert... Certains pensent que le réalisateur a choisi une voie difficile, mais il a créé quelques classiques comme : Come Drink With Me, Dragon Inn, A Touch of Zen, The Valiant Ones, The Fate of Lee Khan et Raining in the Mountain... À mes yeux, C'est un maître.

Vous avez tout de suite pensé à Shih Chun pour le film ?
Shih Chun est l'acteur fétiche de King Hu. Ce qui est extraordinaire, c'est que Dragon Inn était le premier film de Shih Chun et de Miao Tien. Ensuite, Shih Chun est devenu un héros légendaire, alors que Miao Tien s'est cantonné aux rôles de méchants. À l'écran, ils se battent jusqu'à la mort, mais sur le plateau, j'ai entendu Shih Chun parler de Miao Tien comme de son maître. À l'époque, Miao Tien était professeur d'art dramatique, et Shih Chun avait suivi ses cours. Trente six ans après Dragon Inn, le film capture leur charme, leur essence. Il a conservé leur jeunesse pour l'éternité et en a fait des légendes.
C’est en 2002 que j'ai rencontré Shih Chun pour la première fois. Tout de suite, j'ai eu l'impression de le connaître. Notre conversation a été très intéressante, mais à l'époque, j'ignorais que je ferais ce film. C'est comme si tout cela avait été prédestiné.

Goodbye, Dragon Inn est-il un film de souvenirs ? Vous avez mis une vieille chanson à la fin du film…
Can't Let Go, est une chanson très célèbre interprétée par la chanteuse Yao Lee. Toutes les personnes de cette génération peuvent en fredonner l'air. Le compositeur, Hattori Ryoichi, un Japonais, était très célèbre dans les années 50 et 60, à Hong Kong. Il a écrit pléthore de tubes. Les paroles sont de Chen Dea-Yi, qui avait écrit celles de The Lover's Tears, une de mes chansons préférées. Yao Lee a été une vedette de la chanson dans les années 30 et 40 à Shanghai et dans les années 50 et 60, à Hong Kong. C'était la sensation pop de l'époque. Elle a enregistré de nombreux disques, chanté dans beaucoup de films, et certains disaient qu'elle avait une voix d'ange. Lorsqu'elle chante du blues, sa voix se fait plus grave et triste, et aujourd'hui encore, je la trouve très moderne. N'oublions pas son frère, Yao Ming, compositeur célèbre. Il avait une voix très haut perchée et un ton très doux. Dans les années 40, les films étrangers étaient à la mode à Shanghai. Tao Ming a écouté le chant des noirs dans les films et a écrit des chansons qui s’en inspirent pour Yao Lee. Elle s'est mise à chanter d'une voix plus grave et plus âpre, avec un petit « zeste » d'occident. Peu après, Yao Lee a imité Patty Page, son idole, qu'elle adorait. Yao Ming était un géant de la composition. Il a écrit des milliers de chansons. Après sa mort, Yao Lee a refusé d'écouter la radio pendant trois ans parce que les chansons de son frère y passaient en boucle.Les vieux tubes ont bercé ma jeunesse. Et j'aime encore les écouter. Je retrouve des émotions lorsque je les entends.

Goodbye, Dragon Inn est-il un film de souvenirs ?
Je ne sais pas... Personne n'a le pouvoir de faire revenir le passé. Personne ne peut empêcher la destruction d'une salle de cinéma. Le monde bouge très vite. De nos jours, les gens sont heureux de regarder des DVD chez eux, ou de surfer sur Internet. Mais vous rappelez-vous ces projections tardives, dans la vieille salle de cinéma, où vous étiez assis au milieu de centaines de spectateurs, tous réunis par la même passion ?
Le cinéma que j'ai filmé, le Fu-Ho, après son moment de gloire et avant sa fermeture, a été fréquenté par la communauté gay, et cela me touche beaucoup. La salle a certes perdu ses paillettes mais elle a continué à accueillir ceux qui sont en marge de la société, le vieux, la fille handicapée, les fantômes solitaires et les esprits...

Propos recueillis par Chang Jinn-Pei