Il ou elle

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J Rhys Fehrenbacher • Araz Koohya Rhosseini • Lauren Nicole Coffineau • Mom Norma Moruzzi •Diana Diana Torres • Boy 1 Evan Gray • Boy 2 Drew Sheil • Negar Leyla Mofleh • Behrouz Mohammad Aghebati • Alma Alma Sinai • Kian Arian Naghshineh • Kimia Ava Naghshineh

Réalisation et scénario Anahita Ghazvinizadeh • Image Carolina Costa • Direction Artistique Joshua Sampson • Décor Yong Oklee • Costumes Robin Lee • Montage Dean Gonzalez et Anahita Ghazvinizadeh • Son Samuel Guarda Labene et Tom Haigh • Musique Vincent Gillioz • Producteurs Zoes Uacho et Simon Ling • Producteurs exécutifs Jane Campion, Joek Lest, Bictran et Patty West • Production Mass Ornament Films

 

Anahita Ghazvinizadeh

Anahita Ghazvinizadeh, née en 1989 à Téhéran (Iran), étudie les Beaux-Arts à l’Université d’Art de Téhéranet sort diplômée d’un master à l’Institut d’Art de Chicago. Elleétudie avec le réalisateur Abbas Kiarostami qui influencera son style cinématographique. C’est en 2011 qu’elle débute une trilogie de court métrage ayant pour protagonistes des enfants avec When The Kid Was A Kid, puis en 2013 avec Needle (produit aux États-Unis). Ce dernier est primé au Festival de Cannes dans la sélection Cinéfondation où ,il reçoit le Premier Prix. Elle est alors élue parmi l’une des 25 Nouvelles Figures du Cinéma Indépendant par le Filmmaker Magazine la même année. Elle est également la  co-scénariste de Mourning (2011, Morteza Farshbaf). L’enfance, la paternité, le théâtre familial, l’adolescence et l’identité de genre font partie de ses thèmes de prédilection.

Filmographie

2008 The Wind Blows Wherever It Goes (cm)

2011 When The Kid Was A Kid (cm)

2013 Needle (cm)
First Prize, La Cinéfondation, Cannes Film Festival

2015 The Baron In The Trees (cm)

2016 What Remains (cm)

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection officielle – Hors compétition – Festival de Cannes  2017
En compétition  – Festival de Deauville  2017

Il ou elle

Anahita Ghazvinizadeh
Distribution :: 
Date de sortie :: 
29/08/2018
États-Unis / Qatar • 2017 • 1h20 • 1.85 • 16 mm

J, 14 ans, habite avec ses parents dans la banlieue de Chicago. J est en plein questionnement sur son identité de genre et prend des traitements hormonaux pour retarder sa puberté. Après deux ans de suivi médical et thérapeutique, il est temps de faire un choix. Alors que ses parents sont partis, Lauren sa soeur et Araz, son compagnon iranien, viennent s’occuper de J lors d’un week-end qui pourrait changer sa vie.

NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE

Il ou elle est arrivé dans mon esprit comme un conte : il y avait un enfant, quelques fleurs, une maison, un arbre, un chat. L’enfant est arrivé en premier. Les parents se sont absentés, et sa grande soeur et son copain arrivent pour s’occuper de lui. Tout le monde est préoccupé parce que l’enfant, dans cette histoire, est différent. They (le titre original, ndlr) sera « eux » (ni Il ni Elle). « Ils » vivent dans une limbe, défiant toute définition stricte de l’identité. Ils vivent dans une phase d’entre-deux. Et les adultes attendent qu’ils atteignent la maturité.

J veut rester un enfant. Il veut éviter à tout prix d’entrer dans l’âge adulte où son univers perdrait alors tout son mystère. En apparence paisible, la phase dans laquelle il se trouve révèle une angoisse plus profonde. Pourtant il n’est pas seul à devoir y faire face. Les adultes se trouvent eux aussi dans la confusion, redoutant l’instant décisif. Je pouvais voir cette famille, comme trois figures dans une peinture, suspendues dans le temps, en harmonie, luttant contre le monde. il ou elle est finalement la continuité de mes court-métrages réalisés en Iran et aux Etats-Unis. J’ai commencé à étudier le cinéma à Téhéran en suivant les ateliers d’Abbas Kiarostami, un des grands poètes du cinéma.

L’influence du cinéma indépendant iranien, notamment les films des années 70-80 avec des enfants, m’a permis de traduire ces histoires personnelles dans un langage cinématographique. C’est ainsi que j’ai pu réaliser des films pensés autour de figures juvéniles. When The Kid Was A Kid (2011, Iran), Needle (2013, US), et In the Trees (2015, US) forment un triptyque sur l’enfance, qui questionne le développement psychique. Dès lors, l’identité de genre et les problématiques familiales sont devenues mes sujets de prédilection. Les enfants grandissent de rencontres ambiguës, comme si leur être était touché par une lumière subtile, aussi bien extérieurement qu’intérieurement. Ils se révèlent à eux-mêmes.

A travers ce travail, j’ai pu rencontrer et apprendre sur l’expérience de la transidentité, du genre expansif et la non-binarité des jeunes. J’ai découvert les possibilités de la médecine, notamment pour la suspension de la puberté à l’aide d’hormones. J’ai appris que les jeunes qui veulent transiter tôt, qui veulent éviter de grandir dans un corps qui ne leur correspond pas, ou ont besoin de temps pour réfléchir sur leur identité, peuvent prendre un médicament réversible qui retarde temporairement la puberté.

Cette période de suspension, cet état intermédiaire, entre l’enfance et l’âge adulte, entre l’identité sexuelle et le genre, cette quête de soi… Il me semblait nécessaire de figurer cette image, de parler de cette histoire ancrée dans notre temps. J’ai commencé à écrire Il ou elle il y a trois ans. A ce moment j’étais dans une résidence d’artistes au Texas, en attendant mon visa permanent.

Je ne savais pas encore comment me positionner autant artistiquement que physiquement. Avec le soutien des communautés transgenres et quelques équipes médicales qui travaillaient avec des jeunes de Chicago, j’ai poursuivi mes recherches et débuté un casting dans des centre médicaux pour jeunes. C’est là que j’ai rencontré Rhys, le jeune acteur du film. Dans l’histoire, J a été assigné garçon à sa naissance et se demande si « ils » veulent devenir fille. Mais Rhys allait vers le chemin inverse, d’un corps assigné comme fille au choix d’être garçon. Rhys s’est finalement lié à J au-delà de l’ambiguïté du genre, par ses sensibilités et ses caractères communs, comme l’intérêt de J pour la poésie et l’écriture, et a pris le rôle comme un challenge.

Dans l’histoire, alors que les parents sont loin, la grande sœur de J, Lauren, une artiste, et son copain immigrant Iranien Araz, viennent s’occuper de J. L’histoire de cet enfant est au cœur de chaque personnage. Araz est un immigré qui attend de trouver un lieu qui lui serait propre, Lauren est une artiste qui se cherche encore. Ils traversent tous une phase intermédiaire dans leur vie, comme suspendue dans le temps. Alors qu’ils avaient vécu des expériences similaires, j’ai demandé à mes amis Koohyar Hasseini et Nicole Coffineau de jouer les rôles d’Araz et Lauren. D’autres amis et des connaissances ont joué de plus petits rôles.

Quand tous les éléments de l’histoire, les lieux, les sons et les images se sont rencontrés et ont formé le film, tout s’est emboité devant mes yeux. Le film se construisait enfin en dehors de moi. Je me suis soudainement rappelé un poème que j’avais appris quand j’étais petite. C’est cette phrase : « Où est l’ami de la maison ? » qui est devenu le titre d’un film iranien qui m’a profondément affecté lorsque je l’ai vu dans mon enfance. Même si j’étais l’auteur de cette histoire,

Il ou elle est enfin apparu plus distinctement dans ma tête une fois le film fini et les pièces de mon inconscient, assemblées...

 

 


 

Entretien avec Anahita Ghazvinizadeh

Qu’avez-vous ressenti lors de la projection de votre film, à la 70e édition du festival de Cannes ? 
Un mélange de joie et de tristesse. Comme si le travail était terminé et que le film avait enfin trouvé son foyer. Nous avons attendu tellement de temps avant de le partager sur grand écran.

Comment avez-vous eu l’idée de ce film ? 
J’ai réalisé plusieurs courtsmétrages sur les enfants, au moment de la puberté, cette période de la vie où ils sont en train de devenir des adultes. Ils se situe dans un entre-deux, questionnent leur identité, ce moment m’a toujours intéressée. Quand je travaillais sur mes courts-métrages, j’ai entendu parler de ce traitement qui suspend la puberté, donne du temps pour imaginer qui vous serez dans le futur. Dans ma vie personnelle également, j’ai souvent étédans cet entre-deux, deux pays (l’Iran et les États-Unis), deuxmaisons (entre deux résidences d’artiste)... Ces conditions de vie vous obligent parfois à mettre en suspendd’importantes décisions.

Il ou Elle  résonne donc beaucoup avec votre propose vie ?
Oui, lors de la projection à Cannes, plusieurs de mes proches étaient dans la salle et, pour ceux qui me connaissent, le film se présente comme un autoportrait. J’ai essayé de le personnaliser le plus possible, notamment concernant tous les détails autour du questionnant de l’identité de J.

Le langage est très présent dans votre film. Les personnages (et les spectateurs) se questionnent beaucoup sur la langue ?
Là aussi c’est une question d’entre-deux : J. utilise un mot pour se définir et exprimer cet état dans lequel ils (they) se trouvent. Je me questionne également sans cesse sur qui je suis car je travaille à la fois en anglais et en iranien.

Aviez-vous des modèles féminins étant plus jeune ?
Oui, d’abord dans la littérature avec par exemple l’auteure canadienne Alice Monroe. Puis quand j’ai commencé à m’intéresser à la réalisation, j’ai apprécié le travail de femmes comme Claire Denis, Agnès Varda et Jane Campion, que j’ai eu la chance de rencontrer lorsque j’ai reçu le premier prix Cinéfondation à Cannes, en 2013. Je pense qu’elle a joué un grand rôle dans ma présence ici, aujourd’hui. Elle m’a soutenue, c’est celle qui m’a attribué le prix, et aidée avec le film.

Que pensez-vous de la représentation des femmes au cinéma ?
C’est une question très difficile, bien sûr. Je pense que plus on utilise nos propres expériences dans la réalisation et la production d’un film, plus on s’approche de la vérité, d’une bonne représentation. Pour celles qui font des films, je pense qu’il est donc important d’utiliser sa propre expérience pour mieux représenter les femmes sur grand écran.

Comment sont représentées les femmes dans le cinéma iranien ? 
Il y a beaucoup de femmes fortes qui sont représentées à l’international. C’est vrai que lorsque j’ai commencé à évoluer dans ce milieu, j’ai parfois dû travailler plus dur pour être entendu ou prise au sérieux. Quand je suis arrivée aux États-Unis cependant, je n’ai pas eu l’impression que l’Iran était pire. Parce que dans mon pays, cette industrie est beaucoup plus petite et beaucoup de femmes y sont représentées. Aux États-Unis, les statistiques ne sont pas très bonnes et c’est très visible sur le terrain.

Un message pour les jeunes femmes qui souhaitent travailler dans le monde du cinéma ? 
C’est délicat parce que d’un côté on a envie d’envoyer ce message optimiste : « allez-y, battez-vous et obtenez ce que vous souhaitez ». D’un autre côté, je ne crois pas que se lancer dans une carrière cinématographique doit être un combat. Oui, effectivement, cela peut être compliqué, je l’ai vécu avec des hommes sur le terrain, mais je ne souhaite pas faire du cinéma pour prouver qui je suis en tant que femme. Je ne veux pas que mon cinéma soit rapporté à ce combat. J’aime seulement créer. Donc mon message serait plutôt : si vous avez confiance en vous en tant qu’artiste, et que votre art est vital à votre vie, vous allez faire en sorte de gérer ces situations.

À quel moment avez-vous su que vous souhaitiez faire du cinéma ? 
Cela a été très graduel. J’étais d’abord intéressée par la littérature. J’ai suivi des cours d’écriture théâtrale et je me suis intéressée au jeu dans le cinéma : celui des acteurs professionnels, non professionnels, et voir comment on pouvait aborder ce jeu de manière expérimentale. Je suis ensuite entrée à l’université pour écrire avant de suivre un atelier de réalisation et de m’y mettre complètement.

entretien par Arièle Bonte – rtl girls, publié le 21/05/2017