Nous les vivants

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SCÉNARIO ET RÉALISATION Roy Andersson / Anna Märta Waern / IMAGE Gustav Danielsson / SON Jan Alvermark, Robert Sörling / MIXAGE Owe Svensson FSFL / PRODUCTION Roy Andersson Filmproduktion / PRODUCTEUR Pernilla Sandström / CO-PRODUCTION Parisienne de Production / Philippe Bober, Thermidor Filmproduktion / Susanne Marian / Posthus Teatret / Carsten Brandt / 4 1/2 / Håkon Øverås / Sveriges Television, Arte France Cinéma, WDR/Arte, Style Jam / AVEC LE SOUTIEN DE Svenka Filminstitutet, Eurimages Council of Europe, Nordisk Film & TVFond, Filmstiftung Nordrhein- Westfalen, Danske Filminstitut, Norsk Filmfond AVEC Canal+

 

Roy Andersson

Roy Andersson est né en Suède à Göteborg en 1943. Son premier long métrage, Une histoire d'amour suédoise a remporté le principal prix au festival de Berlin 1970; son deuxième film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 1976. En 1975, il a commencé à réaliser des publicités insolites couronnées de succès qui ont remporté un total de 8 Lions d'Or à Cannes. En 1981, Roy Andersson a fondé le Studio 24 afin de produire et réaliser ses films en totale indépendance. A la suite de Quelque chose est arrivé (1987) et Un monde de gloire (1991), deux courts métrages qui lui ont valu les plus prestigieuses récompenses (notamment à Clermont-Ferrand), il a réalisé Chansons du deuxième étage dans son studio (entre mars 1996 et mai 2000) et obtenu le Prix Spécial du Jury à Cannes en 2000. Nous les vivants est son quatrième long métrage. Ces films ont forgé son style personnel, caractérisé par des plans fixes et des tableaux soigneusement conçus, par la comédie absurde et une humanité essentielle. En 2009, Roy Andersson a été distingué par une exposition au Musée d’Art Moderne de New York, qui a présenté non seulement son oeuvre intégrale, mais aussi plusieurs films publicitaires. Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est son cinquième long-métrage et le dernier chapitre de la trilogie des vivants, dont la réalisation s’est étalée sur quinze ans.

Longs métrages :
Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence (2015)
Nous, les vivants (2007)
Chansons du deuxième étage (2000) 
Giliap (1975)

Courts métrages :
Une histoire d'amour suédoise (1970)
Monde de gloire (1991)
Quelque chose est arrivé (1987)
 
Informations complémentaires: 

Sélection Officielle, Un Certain Regard – Festival de Cannes, 2007

Nous les vivants

Roy Andersson
Distribution :: 
Date de sortie :: 
21/11/2007
Suède / Allemagne / France / Danemark / Norvège - 2007 • 1H34 • 1.66 • Dolby SR
Nous, les vivants parle de l’Homme, de sa grandeur et sa misère, sa joie et sa tristesse, sa confiance en soi et son anxiété. Un Homme dont on se moque mais qui nous fait aussi pleurer.C’est tout simplement une comédie tragique ou une tragédie
comique dont nous sommes le sujet.

« Réjouis-toi donc, ô vivant !, de cette place échauffée par l'amour avant que le fatal Léthé ne baigne ton pied fugitif ! »

Johann Wolfgang von Gœthe - Elégies Romaines

Note d'intention


Un film sur la grandeur d'exister par Roy Andersson
Dans « L'Edda poétique », ancien recueil de poésie islandaise, un proverbe dit : “L'homme est la joie de l'homme”. J'aime l'idée que l'homme n'est pas seul sur terre, mais qu'il dépend des autres.

Néanmoins, si l'homme fait la joie de ses congénères, il est aussi la source de leurs problèmes et de leurs peines - ce qui se vérifie autant dans les grands événements historiques que dans les petits moments du quotidien. L'homme fascine l'homme : c'est ainsi que j'ai interprété ce très sage proverbe millénaire, en l'adoptant comme devise du film.

Mon film est composé d'une succession de tableaux qui illustrent la condition humaine. Mes personnages représentent différentes facettes de l'existence. Ils affrontent des problèmes, petits et grands, qui vont de la survie quotidienne aux grandes questions philosophiques. J'espère que, face à Nous, les vivants les spectateurs auront le sentiment d'être confrontés à leur vécu.

Ma lecture de cette fascination de l'homme pour l'homme éclaire la philosophie du film. Souvent, le cinéma contemporain ignore ces valeurs et privilégie une narration en phase avec une dramaturgie conventionnelle. Sans condamner cette démarche, je m'efforce de définir un langage cinématographique moins prévisible.

Mon film rompt avec les structures narratives classiques pour raconter son histoire à partir d'une mosaïque de destinées humaines.

Les tableaux qui le composent exposent les malentendus et les erreurs de gens qui se rencontrent sans réellement communiquer. Car ils courent après le temps qui passe et s'obstinent à chercher ce qu'ils estiment important. C'est un film sur la vie des hommes : leur travail, leur comportement en société, leurs pensées, leurs inquiétudes, leurs rêves, leurs chagrins, leurs joies et leur insatiable besoin de reconnaissance et d'amour. Tout cela, ainsi que leur apparence et leurs motivations, se décline en autant de variantes qu'il y a d'individus sur terre. Et c'est pour cela que “l'homme est la joie de l'homme”.

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Entretien avec Roy Andersson
/ Sujet et humour
Comment passons-nous notre temps sur terre ? Je prends des exemples de la vie de tout un chacun et j'espère que le résultat est drôle. Pourtant, mes histoires sont tristes aussi, car la vie est tragique et que nous devons tous mourir un jour. A la fin de sa vie, on se rend probablement compte des erreurs qu'on a commises. Mon film ne veut pas culpabiliser le spectateur mais l'inviter à réfléchir sur la façon dont nous occupons notre temps. Mon film précédent, Chansons du deuxième étage traitait d'un sujet sérieux : la culpabilité historique et collective. Nous, les vivants aborde des questions plus concrètes telles que “Comment se comporter en société?”. Le film est construit autour d'une cinquantaine de scènes déconcertantes, qui confrontent des personnages récurrents à des situations souvent burlesques. Je crois que vivre est compliqué pour tout le monde et que c'est l'humour qui nous sauve. En ce sens, je vois Nous, les vivants comme une farce sur la condition humaine.

/ Tableaux condensés
Les tournants de l'Histoire et les grandes destinées nous passionnent. Mais nous aimons aussi nous asseoir à une terrasse de café pour observer silencieusement les gens. Je retrouve cet attachement aux simples gestes du quotidien dans les tableaux de Millet ou Van Gogh : Les Glaneuses m'intéresse autant que les batailles épiques de Delacroix. Les tableaux de Millet, dans la précision de leurs détails, témoignent d'une telle empathie que nous avons le sentiment qu'ils ne pourraient rien dire de plus important que ce qu'ils donnent à voir. J'essaie de composer des scènes intenses et très détaillées pour donner envie au spectateur de les revoir et dans l'espoir de changer son rapport habituel au cinéma. En tant qu'artiste, il me semble important, voire nécessaire, de bousculer les habitudes. Mon film défie les structures narratives conventionnelles du cinéma. C'est ma façon d'être provocateur.

/ Structure narrative
Lorsque j'entreprends un film, je ne m'appuie pas sur un scénario classique mais plutôt sur une ligne thématique, un concept philosophique ou une atmosphère particulière. Pour Nous, les vivants, j'ai conçu les tableaux de la vie quotidienne de mes personnages avec un grand souci du détail. L'assemblement de ces scènes reflète, en quelque sorte, le chaos structuré d'une place de marché bondée. Je souhaitais, avant tout, construire des situations qui laissaient la place à l'imprévisible et à la surprise pour les lier par des phrases et des situations récurrentes. A plusieurs reprises, le spectateur se retrouve dans un bar, à l'heure de la fermeture, où une personne légèrement ivre balbutie : “Personne ne me comprend”. Cette répétition a une fonction comique, mais accentue également le côté universel des personnages.

/ Style visuel
J'aime les scènes d'une simplicité très contrôlée, filmées en grand angle d'un seul point de vue et en plan-séquence. Dans mes films, il y a peu de mouvements de caméra. Pour filmer en grand angle, il m'a fallu acquérir une certaine maturité en tant que réalisateur. Mais ce procédé me permet de mieux situer un personnage dans le monde qui l'entoure au lieu de l'isoler. On dit souvent qu'on voit l'âme de quelqu'un dans son regard. Je ne fais pas de gros plan car je comprends mieux l'homme dans son rapport à l'espace qui l'entoure.

/ Atmosphères
Dans mes films, la conjugaison d'un éclairage tamisé avec des maquillages pâles et des tonalités monochromes - souvent vertes - crée une atmosphère particulière. Mes premiers films ont été influencés par le néo-réalisme italien, notamment Le Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica, et par la Nouvelle Vague tchèque, mais j'ai vite senti les limites de ce réalisme. J'ai donc développé mon style en condensant et en simplifiant les scènes. Aujourd'hui cette esthétique plus abstraite me paraît plus puissante que le réalisme.

/ Rêve et réalité
Pour ce film, j'ai voulu alterner des scènes réelles et oniriques, car ce mélange me fascine. Quand le cinéma nous plonge dans un rêve, on peut parler de la vie plus librement, sans se soucier de la vraisemblance. On peut être aussi brutal et ouvert que l'on veut. Dans Le Charme Discret de la Bourgeoisie de Luis Bunuel, j'ai savouré la scène où un homme dit à une assemblée : “Hier, j'ai fait un rêve”, et ensuite on voit ce rêve. Je trouvais que Bunuel faisait preuve d'une liberté et d'un esprit incroyables. Cette liberté m'a beaucoup inspiré.

/ Décors et lumières 
Toutes les scènes, sauf une, ont été tournées dans notre studio à Stockholm, le Studio 24. Nous avons construit une cinquantaine de décors, parfois gigantesques. Cela m'a permis d'obtenir la simplicité et la pureté qui me tiennent à cœur. En studio, je peux créer toutes les conditions nécessaires à ma liberté de réalisateur. Nous éclairions les scènes avec une lumière très douce qui ne projette pas d'ombres. Afin qu'il n'y ait pas de zones dans lesquelles se cacher.

/ Acteurs
Je choisis mes acteurs avec minutie. Peu m'importe qu'ils soient professionnels ou non, ce qui compte, c'est leur authenticité et leur présence à l'écran. Je trouve plus intéressant de les choisir parmi des millions de Suédois que de me cantonner au cercle des acteurs professionnels du pays. En règle générale, je préfère des visages inconnus, et souvent je trouve mes acteurs dans la rue, dans des restaurants ou parmi mes connaissances.

/ Musique
J'aime travailler avec des compositions originales : ici, il s'agissait de s'inspirer de styles très différents (la musique de Mozart, le jazz, les hymnes russes). Les mélodies restent toutefois proches du jazz de la Nouvelle-Orléans que je jouais moi-même au trombone, quand j'étais jeune. A l'origine, je voulais que la musique soit réellement interprétée au tournage, qu'on voit et entende les personnages jouer à l'écran. Finalement, je trouvais certaines scènes si musicales en soi que j'ai changé d'avis et que j'ai poussé ma démarche plus loin : parfois les personnages se mettent même à chanter.

/ Conclusion
J'aime me confronter aux questions existentielles par le prisme de la banalité et de situations en apparence anodines. Après le néo-réalisme et le cinéma de l'absurde, j'essaie aujourd'hui de proposer le “trivialisme”.