Pahokee, une jeunesse américaine

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AVEC : Na’Kerria Nelson, Jocabed Martinez, Junior Walker, BJ Crawford

ET AUSSI
Bryan Crawford Sr. - E’Miya Walker - Emmanuel Arredondo - Alexxa Abraham - Mark Shanahan - Ana Martinez - Ruth Martinez - Esther Martinez - Martin Martinez - Sharonda Lang-Crawford - Briana Crawford La’Tosha Kinsler - Mariyah Miller - An’Twanique Kinsler Tamia Robinson - Briana Maraj - Adamary Hernandez Yaritza Vazquez - Joselyn Lopez - Lakisha Burden Amani Burden - Jakaya Carter - Darron Miller - Titi Butler - Gabby Garcia - Damarious Walker - Ju’Leah Hill - Milan Bolden-Morris - Milton McKay - Alvin Dean Orson Walkes - Jessica White - Monsha Lammons Tyron Arnett - Ezekiel Hernandez - Rodney McKay
TJ Smith - Tim Rooks - Archie Johnson - Adarius Dent Chris Dent - Abel Martinez - Edith Martinez - José Martínez Hernández - María Nicolasa Hernández

 

EQUIPE TECHNIQUE

Réalisation Ivete Lucas, Patrick Bresnan
Montage Ivete Lucas
Image Patrick Bresnan
Sound design Eric Friend
Production exécutive Linda Dodwell, Ryan Heller, Lisa Leingang, Jihan Robinson
Co production PJ Raval, Laurence Reymond
Production Ivete Lucas, Patrick Bresnan, Maida Lynn

 

Ivete Lucas, Patrick Bresnan

IVETE LUCAS est une réalisatrice, productrice et monteuse basée à Austin, au Texas. Elle est née au Brésil et a grandi au Mexique. Depuis dix ans, elle se consacre à l’art-vidéo et coréalise des documentaires avec son partenaire Patrick Bresnan.

PATRICK BRESNAN est photographe et réalisateur américain.
Après une formation auprès des éminents artistes de Mission School, Barry McGee (aka Twist) et Clare Rojas, il coréalise des documentaires avec Ivete Lucas.

 

FILMOGRAPHIE

PAHOKEE, UNE JEUNESSE AMÉRICAINE (LM) - 2019
SUNDANCE 2019
CHAMPS ELYSÉES FILM FESTIVAL 2019
Prix du Jury long-métrage européen

SKIPP DAY (CM) - 2018
CANNES 2018 Quinzaine des réalisateurs
Meilleur court-métrage

THE RABBIT HUNT (CM) - 2017
SUNDANCE 2017
BERLIN 2017
20 Prix intenationaux dont le Prix Cinema Eye Honor

ROADSIDE ATTRACTION (CM) - 2017
TORONTO 2017

THE SEND OFF (CM) - 2016
SUNDANCE 2016
Lauréat des Prix SXSW, AFI et SFIFF

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection Officielle Festival de Sundance
PRIX DU JURY Champs Elysées Film Festival 2019

 

Pahokee, une jeunesse américaine

Ivete Lucas, Patrick Bresnan
Distribution :: 
Date de sortie :: 
11/12/2019
USA | 2019 I 1H52 I Documentaire

À Pahokee, petite ville rurale du sud de la Floride, le lycée est au centre de toutes les attentions. Avec son équipe de football américain invincible, ses concours et son extravagant bal de fin d’année, il rallie toute la communauté.À l’approche de l’entrée à l’université, quatre adolescents vivent une année pleine d’espoirs et de grandes célébrations.

 

 

 

INVITATION DU PROGRAMMATEUR :
Située dans le comté de Palm Beach en Floride la petite ville de Pahokee vit au rythme de son équipe de football. Chômage, précarité et pauvreté sont le quotidien de ses habitants qui ne compte que 2% de blancs américains. A travers le portrait de quatre adolescents que nous suivons au cours de leur dernière année de lycée - cruciale pour leur avenir - se dessine peu à peu l’image d’une Amérique tout à la fois de l’exclusion, du patriotisme, des rites et de la compétition.

Premier long métrage documentaire pour les deux réalisateurs, Pahokee une jeunesse américaine déroule chronologiquement les grands événements de l’année scolaire traversés par ces jeunes : Na Keeria, cheerleader de l’équipe de football et candidate à l’élection de la Miss du lycée, BJ, le capitaine de l’équipe des blue devils qui souhaite amener son équipe le plus loin possible et gagner ainsi son accès aux études supérieures, Junior, père d’une petite fille, musicien et  travaillant dans le supermarché de la ville et Jocabed, fille d’immigrés mexicains et travailleuses acharnée qui rêve d’obtenir une place à l’université de Floride.

Ancré dans le quotidien de ces adolescents en désir d’avenir, le film reste à distance du laborieux travail agricole dans les champs de canne à sucre qui fait vivre une partie de moins en moins grande de la population, pour mieux s’intéresser à cette jeunesse tout à la fois en devenir et presque déjà exclue de l’Amérique qui réussit, ne pouvant espérer s’en sortir qu’en atteignant l’excellence.

Ce portrait s’appuie volontiers sur les cérémonies qui jalonnent cette année si particulière pour les lycéens ; obtention du diplôme et départ de Pahokee pour poursuivre ses études, victoire ou défaite de l’équipe de football dans une compétition de plus en plus disputée, grand bal de fin d’année, passage de l’adolescence à l’âge adulte… tous ces événements se traversent à l’occasion de différents rituels de passages collectifs dans une mise en scène sociale omni présente et quasiment cathartique.

L’équipe de football défile en vainqueur triomphant dans les rues à grand renfort de fanfare et de danses, les familles élargies se retrouvent pour la traditionnelle remise des diplômes ; la fierté d’en être et de réussir côtoient alors les échecs personnels et les défaites cuisantes. De témoignages intimes filmés par les jeunes eux-mêmes avec leurs téléphones, au quotidien des familles dans lequel nous pénètrons, le documentaire laisse apparaitre peu à peu les lignes de force qui traversent la communauté des habitants de Pahokee. Les costumes tiennent une place centrale dans toute cette mise en scène ; tout se joue, se sur joue, se montre, se compare, se mesure.  Pahokee devient, à ces occasions, un grand théâtre de la vie à l’intérieur duquel se scelle, pourtant, les destins d’une partie de la jeunesse américaine.

Joël Bertrand - Espace Robert Hossein à GRANS

 

ENTRETIEN AVEC IVETE LUCAS & PATRICK BRESNAN

Quel est votre lien avec Pahokee ?
La famille de Patrick vit dans le comté de Palm Beach en Floride depuis 20 ans. Pahokee est à l’Est du comté, sur les rives du lac Okeechobee. Patrick est photographe et a documenté les Everglades depuis longtemps, tout en développant des relations avec les habitants.
Ivete est brésilienne, a grandi au Mexique et s’est installée en 2009 aux Etats-Unis pour étudier le cinéma à l’Université du Texas où elle a rencontré Patrick.
Nous avons commencé à travailler ensemble juste après notre rencontre et nous nous sommes mariés trois ans plus tard. Nous sommes tous deux intéressés par les personnes qui vivent en marge de l’Amérique dominante : leurs histoires, leur environnement, leur expression culturelle.
Dans un premier temps, Patrick a photographié le bal de promo du lycée de Pahokee 2014 ; il en a fait un livre qu’il a distribué aux adolescents et à leurs familles. La fierté des adolescents de Pahokee, les efforts déployés, la créativité et le soutien de la communauté autour de ce rite de passage nous ont beaucoup inspirés. En 2015 nous avons tourné un court-métrage sur ce sujet, THE SEND OFF, dont les deux personnages principaux sont Chris Burgess et Tiana Crawford. Une fois le tournage terminé, Chris nous a invités à découvrir comment il gagnait de l’argent pour financer son bal de fin d’études : la chasse au lapin dans les champs de cannes à sucre. En le suivant avec sa famille, nous avons tourné un autre court-métrage, THE RABBIT HUNT. Les protagonistes de Pahokee nous ont accompagnés pour sa Première Mondiale au festival de Sundance.
Par la suite, nous avons continué à tourner des court-métrages dans la communauté et le lycée de Pahokee. En deux ans, nous en avons réalisé sept, dont SKIP DAY, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs où il a reçu le Prix du meilleur court-métrage. Cette visibilité internationale nous a permis de consolider la confiance des familles, des leaders de la communauté et surtout de l’équipe du lycée. En 2016, nous nous sommes sentis prêts à tenter de tourner un long-métrage, basé sur l’expérience de nos court-métrages, qui couvrirait la dernière année de lycée et décrirait plus en profondeur la vie des élèves et leur passage vers l’université. Dans les communautés rurales comme Pahokee, les perspectives de travail sont limitées, les écoles sous-financées et les effets de la ségrégation se font encore sentir. La dernière année de lycée est déterminante pour l’avenir des enfants.

Qu’est-ce qui a déclenché votre envie de consacrer un long métrage à cette communauté ?
Pahokee, autrefois coeur des Everglades, a été transformé par l’agriculture. La ville a été déchirée entre le besoin d’assurer du travail agricole aux habitants et la détérioration des Everglades due aux fertilisants et autres produits chimiques utilisés dans l’agriculture. Elle est symptomatique d’une société où l’offre d’emploi entre en conflit avec la survie de l’environnement naturel. Bien que nos cursus personnels aient été à la base de ce film, notre véritable inspiration est venue de la ville elle-même, de la beauté des Everglades du Nord, mais aussi des endroits où la main de l’homme a bouleversé la nature, avec les canaux et les alligators, les nombreux oiseaux qui nichent encore dans les champs de cannes à sucre, le ciel au-dessus du lac Okeechobee mais aussi des endroits où la main de l’homme a bouleversé la nature. Elle est venue de ces gens, forts, dévoués, talentueux et créatifs, qui ne laissent pas les contraintes économiques interférer avec leur désir de jouer de grands matchs de football, de composer de la musique, de réussir à l’école et d’organiser le plus spectaculaires des bals de fin d’études pour leurs enfants. Nous voulions aussi tourner un film pour les rendre fiers, tout en restant fidèle à leurs combats de tous les jours. Nous sommes installés à Pahokee en août 2016 et avons travaillé avec les élèves sept jours sur sept jusqu’à leur remise de diplôme.

Comment sont apparus les quatre principaux protagonistes ?
Chris, qui figurait dans tous nos court-métrages, avait obtenu son diplôme de fin d’études et était à l’université, mais sa petite amie Na’Kerria commençait justement sa dernière année. Nous la connaissions bien et elle était sur le point de concourir pour le titre de Miss Pahokee High School. Nous avons donc commencé à la filmer. Nous connaissions par ailleurs Big Show, le commentateur des matchs de football américain. Lorsque nous avons réalisé que son fils BJ était le capitaine de l’équipe de foot, nous nous sommes intéressé à cette relation père /fils. Nous avions rencontré Junior et sa petite fille pendant que nous tournions SKIP DAY, alors qu’elle était encore bébé. En 2016, Junior était sur le point d’obtenir son diplôme. Il jonglait entre son rôle de père, ses études et son poste de batteur dans la fanfare du lycée. Nous avons rencontré Jocabed Martinez grâce à l’un de ses professeurs. Elle étudiait dur pour terminer le lycée avec mention et ainsi accéder à une bourse universitaire. Elle s’investissait intensément dans ses études, les activités extrascolaires et aidait ses parents dans leur boutique de tacos. Tous les quatre étaient engagés, possédaient de merveilleuses personnalités, nourrissaient des ambitions pour leur avenir et souhaitaient collaborer au film en tournant leur propres vidéos personnelles.

Combien de temps a-t-il fallu pour réaliser ce film ?
Nous considérons que nos court-métrages font partie du processus créatif de PAHOKEE, UNE JEUNESSE AMÉRICAINE. Nous avons tourné de août 2016 à juin 2017 et terminé le film fin 2018. Le plus enrichissant a été les moments où nous avons compris qu’il fallait cesser de tourner. Chaque élève, à différents moments de l’année, a eu l’impression d’avoir tout perdu. Par exemple, Na’Kerria a traversé une année incroyablement difficile. Son petit ami est revenu à Pahokee après avoir été renvoyé de l’université. Sa mère a épousé une femme que Na’Kerria n’aimait pas. Son mentor – la coach des cheerleaders – a donné sa démission. Elle a donc cessé d’être cheerleader, ce qui représentait tout pour elle auparavant. De plus, elle n’avait pas de foyer stable et l’université de ses rêves avait perdu ses notes du diplôme de fin d’études. Il y avait tant d’obstacles sur son chemin que la charge d’être filmée représentait un autre fardeau. Nous avons dû relâcher la pression et mettre le tournage en attente pour nous assurer qu’elle avait le soutien nécessaire pour terminer sa dernière année de lycée. Nous étions conscients qu’elle était la personne la plus importante du film mais nous avons fait un pas en arrière pendant trois mois. Nous n’avons rien tourné jusqu’à ce qu’elle se sente mieux et qu’elle nous demande elle-même de reprendre le tournage.

Quels sont les principaux défis que vous avez dû relever ?
Le défi principal a été de rester présent dans la vie de chacun des élèves. Tous ont vécu une année difficile ; il aurait pu leur paraître très facile de ne pas continuer le tournage. Nous avons dû créer un équilibre entre notre rôle de cinéastes et celui de soutien à la disposition des protagonistes en dehors du tournage. Nous ressentions un grand sens des responsabilités en tant qu’adultes, autres que celui des parents. Nous avons toujours gardé à l’esprit que leurs vies et leurs avenirs étaient plus importants que notre film. Le tournage a duré neuf mois alors que la plupart des programmes de lycée ou les événements sportifs ne durent au plus que quelques mois. Les élèves grandissaient de jour en jour et nous avons du faire des efforts afin de conserver leur intérêt dans un film que nous mettrions plusieurs années à achever.

Quelles ont été vos plus grandes satisfactions ?
Notre plus grande satisfaction est d’avoir pu utiliser notre position spéciale pour avoir un impact positif sur la vie des adolescents et de la communauté. Plus Pahokee gagnait en visibilité, plus nous pouvions lever des fonds. Une bourse en art et en technologie a été créée afin de permettre aux élèves d’acheter des ordinateurs portables et des outils, d’exercer une pratique artistique et de jouer de la musique. Nous avons également reçu une subvention de la Knight Fondation dont une partie a été réservée pour nous aider à amener les protagonistes à des projections et des festivals.
Revivre ces années de lycée d’un point de vue différent a par ailleurs été une expérience merveilleuse. Avec notre vison d’adulte, le lycée peut être à la fois enthousiasmant et déroutant.

Quelle forme cinématographique s’est imposée à vous dans la réalisation du documentaire ?
Nous n’utilisons ni interviews ni voix-off, juste des actions qui sont filmées au présent. Le film est monté de façon poétique, mais également chronologiquement, ce qui donne la même impression que devant un film de fiction. Il n’y a pas de musique. Dans un monde où chaque production médiatique hurle pour capter notre attention, nous créons un environnement où le spectateur peut s’arrêter, se relaxer et activer ses sens pour faire l’expérience du monde d’un autre point de vue.
Nous avons également proposé aux adolescents de se filmer avec leurs téléphones portables. Ils avaient un total contrôle sur ces vidéos. Nous ne leur avons pas indiqué ce qu’il fallait filmer et ne leur avons pas posé de questions spécifiques. Na’Kerria a été la plus constante à cet égard et ses vidéos sont si puissantes qu’elles sont devenues une narration pour le film. Le mélange de leurs vidéos filmées au téléphone allié à notre approche cinématographique directe rend le film unique.
Nous avons souhaité que le spectateur ait accès aux pensées et aux aspirations les plus profondes des adolescents mais nous n’aimons pas le format de l’interview, qui peut donner une impression de mise en scène rigide et préméditée. Il était très important à nos yeux que les adolescents se sentent libres et que leurs vidéos se fassent naturellement au fur et à mesure que leur vie se déroulait. C’est pour cela que nous leur avons donné carte blanche.
 



FOCUS SUR PAHOKEE

Pahokee est située sur la rive du lac Okeechobee dans le comté de Palm Beach, Floride, États-Unis.

Dans les années trente, Pahokee est connue pour la culture de légumes dans les terres fertiles et boueuses des Everglades. La canne à sucre, le maïs et les agrumes y poussent en abondance.
En 1963, l’accès au sucre cubain raréfié, une sucrerie est construite et la ville se tourne vers la culture mécanisée de la canne à sucre. L’usine ferme ses portes en 2009.
Pahokee est aujourd’hui une ville classée en état d’urgence financière.
Le taux de chômage dépasse les 25%.
Un cinquième de la population a migré au cours des quinze dernières années.

PAHOKEE (données de 2010)
Population : 5 649
Estimation 2018 : 6 270
Superficie : 14,36 km2

PAHOKEE MIDDLE-HIGH SCHOOL (données de 2015)
L’école secondaire Pahokee High School est surtout connue pour son programme de football qui se classe constamment parmi les meilleurs de l’État. En 2014, cinq anciens Blue Devils étaient en National Football League (NFL).

Nombre d’élèves : 857
Afro-Américains : 68%
Hispaniques : 39%
Blancs-Américains : 2%
Autre : 1%
93 % des familles sont à faible revenu