Palerme (Via Castellana Bandiera)

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Rosa EMMA DANTE • Clara ALBA ROHRWACHER • Samira ELENA COTTA • Saro Calafiore RENATO MALFATTI • Nicolo DARIO CASAROLA

Réalisation EMMA DANTE Casting EMMA  DANTE,  ALBA  ROHRWACHER, ELENA COTTA, RENATO MALFATTI, DARIO CASAROLO, CARMINE MARINGOLA, SANDRO MARIA CAMPAGNA Production MARTA DONZELLI,  GREGORIO PAONESSA, MARIO GIANANI, LORENZO MIELI, ELDA GUIDINETTI, ANDRES PFAEFFLI, MARIANNE SLOT Scénario EMMA DANTE et GIORGIO VASTA LICIA EMINENTI Image GHERARDO GOSSI Montage BENNI ATRIA Décors EMITA FRIGATO Cadre CLARISSA CAPPELLANI Costumes ITALIA CARROCCIO Régie CINZIA CASTANIA Son PAOLO BENVENUTI et SIMONE PAOLO OLIVERO Mixage BENNI ATRIA, FRANÇOIS MUSY, Direction de production ROCCO MESSERE, MARCO SERRECCHIA Post-­‐production IRMA MISANTONI Une production VIVO FILM, WILDSIDE, VENTURA FILM, SLOT MACHINE Et RAICINEMA En coproduction avec RSI RADIOTELEVISIONE SVIZZERA, SRG SSR Avec le soutien de EURIMAGES / MINISTERO PER I BENI E PER LE ATTIVITÀ CUTURALI – DIREZIONE GENERALE CINEMA DFI UFFICIO FEDERALE DELLA CULTURA UFC Avec le soutien de REGIONE SICILIANA-­ASSESSORATOTURISMO SPORT SPETTACOLO,SICILIAFILMCOMMISSION, SENSICINEMA E En collaboration avec ISTITUTO LUCE CINECITTÀ En partenariat avec BNL-­GRUPPO PARIBAS COFINOVA 9

 


 

 

Emma Dante

Née à Palerme en 1967, Emma Dante explore le thème de la famille et de la marginalisation à travers le langage poétique de la tension et de la folie, toujours avec une pointe d’humour. Metteur en scène de théâtre formée à l’Accademia Nazionale d’Arte Drammatica « Silvio D’Amico » à Rome,  elle crée la « Compagnia Sud Costa Occidentale » à Palerme en 1999. Ses spectacles ont été joués sur les scènes les plus prestigieuses d’Europe (La Scala de Milan, Festival d’Avignon, Théâtre du Rond Point, Opéra Comique, La Monnaie de Bruxelles, …) et récompensés par des prix prestigieux. En 2009, elle a inauguré la saison à la Scala de Milan en signant la mise en scène et les costumes de « Carmen » de Bizet dirigé par Daniel Barenboim.
En avril 2012, elle a débuté à Paris avec la « Muta di Portici » à l’Opéra Comique en coproduction avec « La Monnaie » de Bruxelles, sous la direction d’Alain Guingual, un immense succès critique et au théâtre.
Son spectacle, « Le Sorelle Macaluso », a été présenté au Festival d’Avignon en 2014.
Depuis 2001, elle a mis en scène les spectacles suivants : -­‐MPALERMU -­‐   CARNEZZERIA -­‐   MEDEA FROM EURIPIDES -­‐   LA SCIMIA -­‐   VITA MIA -­‐   MISHELLE DI SANT’OLIVA -­‐   CANI DI BANCATA -­‐   IL FESTINO -­‐   LE PULLE (joué au théâtre du Rond-­Point à Paris, en coproduction avec le Théâtre National de la Communauté Française de Bruxelles), une opérette amorale dont les personnages sont cinq prostituées (pulle en palermitain) et quatre travestis.
Elle a aussi publié Carnezzeria, Trilogia della family siciliana, Trilogia degli occhiali (2011) et l’histoire illustrée pour les enfants, Anastasia, Genoveffa e Cenerentola (2011), Gli alti e bassi di Biancaneve (2012).
Via Castellana Bandiera est son premier roman, publié en Italie en 2008.

 

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Palerme (Via Castellana Bandiera)

Emma Dante
Distribution :: 
Date de sortie :: 
02/07/2014
France/Italie/Suisse – 2013 –1h34

Un dimanche d’été. Le sirocco souffle sans relâche sur Palerme quand Rosa et Clara, en route pour célébrer le mariage d’une amie, se perdent dans la ville et débouchent dans une ruelle étroite : Via Castellana Bandiera. Au même moment, une autre voiture conduite par Samira, dans laquelle est entassée la famille Calafiore, emprunte la ruelle dans le sens opposé.
Ni Rosa ni Samira, vieille femme têtue, n’ont l’intention de faire marche arrière.
Enfermées dans leurs voitures, les deux femmes s’affrontent dans un duel silencieux, le regard plein de haine, sans boire ni manger, sans dormir jusqu’au lendemain. Plus obstinées que le soleil de Palerme et plus dures que la férocité des hommes autour d’elles. Puisque, comme dans tout duel, c’est une question de vie ou de mort…

 

« Via Castellana Bandiera est une rue dans laquelle deux femmes s’affrontent dans un duel. Le blocage de Rosa est mental et le barrage du voisinage une question de principe. Chacun pourrait passer, dépasser les barrières et être libre ; mais personne ne le fait. Les rapports deviennent indissolubles, les pactes incassables. D’un côté se trouve l’entrée d’un espace où vit tout un camp, une société, une famille ; de l’autre il y a Rosa, son histoire d’amour instable et la falaise au bout de la rue. La pierre angulaire est une vieille femme. Samira. Elle
ne parle pas. Elle est au-­‐dessus. Telle un monolithe, un brise-­‐lames. Comme des hiéroglyphes gravés dans la pierre. Sa cachette est la voiture où elle trouve refuge. Pour toujours. La vie ne suit pas un chemin balisé et Via Castellana Bandiera est une tranche de vie. » 
Emma Dante, août 2013

 


 

ENTRETIEN AVEC EMMA DANTE


Pourquoi avez vous imaginé ce duel entre deux femmes ?
La  métaphore  est  une  figure  déjà  présente  dans  mon  théâtre.  A  travers  cette  histoire, j’essaye de représenter une forme d’immobilité, une situation où rien ne change. Même si cette histoire est liée à Palerme, je tente aussi de raconter ma vision du monde.

Quels sentiments émergent dans leur défi ?Ces deux femmes s’obstinent, tenaces et bornées mais confrontées à l’autre, elles commencent à faire le point sur elles mêmes, sur leur vie, à se redécouvrir. En quelque sorte, les vrais ennemis s’apprécient, la haine les élève. Face à l’autre, on ne peut que le regarder dans les yeux, l’observer, et reconnaître aussi la partie sombre qui est en nous.

Dans cette obstination à ne pas céder, y a-t-­il un élément de folie ?
Bien sûr, c’est une folie provoquée par l’environnement, le paysage non seulement physique
– la rue, la poussière, la chaleur étouffante, la lumière aveuglante – mais aussi le paysage humain, celui de cette famille éclatée. Saro Calafiore est un père dominant, c’est lui le vrai adversaire face aux deux femmes.

C’est aussi une histoire de trois femmes de générations et milieux sociaux très différents. Un couple homosexuel face au monde archaïque et fermé de la famille de Samira.
Rosa et Clara forment un couple et j’aime l’écart d’âge qui existe dans ce couple. Mais je voulais éviter d’afficher une relation homosexuelle comme une fuite de quelque chose, notamment l’absence de l’homme. Face à elles, Samira est une femme âgée qui vient d’un village où les traditions sont très ancrées : elle a souffert, a perdu sa fille mais elle reste très solide.
On continue à se focaliser sur des questions sociétales d’un autre âge, alors qu’on devrait se concentrer sur les vrais problèmes qui touchent notre société contemporaine. La lutte des femmes n’est pas terminée, la société est encore patriarcale, les homosexuels sont encore marginaux et la mafia est toujours une plaie…

Il y a quelque chose de personnel dans cette histoire ?
Je parle de ce que je connais. Palerme est ma ville et je pars d’ici pour raconter mon histoire. Le Sud est une sorte de petite tour d’observation sur le monde, mais ce film n’est pas un film
« local ». Il parle d’un état de l’être et non d’un lieu géographique.

Vous avez réellement vécu dans la rue Castellana Bandiera pendant des années.C’est vrai, et il s’agit pour moi d’un lieu physique et mental.
A la fin du film, Rosa comprend qu’en réalité elle ne s’était pas perdue, elle s’est retrouvée. J’ai vécu dans cette rue pendant dix ans, et ce film a été pour moi peut-­‐être aussi une occasion de me retrouver.
Nous avons tourné dans la vraie rue, mais nous avons rajouté des éléments de décors et déplacé  un  mur,  pour  que  la  rue  puisse  graduellement,  mais  de  façon  imperceptible, s’élargir. Toutefois, bien que l’espace s’ouvre et permette donc de dénouer l’embouteillage, l’attitude des personnages ne change pas, parce que l’obstacle est mental. Nous avons tous une tendance à déformer les choses…

Quelle est la métaphore derrière la Via Castellana Bandiera ?
Cette rue, Via Castellana Bandiera, pour moi est celle qu’on voit à la fin du film, et pas au début…  Chacun  fait  l’expérience  de  ce  qu’il  voit.  Nous  ne  savons  probablement  plus observer les choses, nous les voyons de manière biaisée, nous voyons un espace restreint où il n’y a plus la place pour personne, alors que cet espace est suffisamment vaste pour tout le monde.
Finalement, cette rue, cet espace, libère ces trois femmes …

C’est une rue qui finit dans le vide.
Le précipice à la fin de la rue est présent, mais on ne ressent pas encore la chute. C’est un moment  très  particulier  de  notre  histoire,  l’humanité  est  au  bord  du  gouffre,  mais  on n’arrive même pas à tomber. L’hypothèse de la chute serait plus constructive, pour mieux se relever. Mais je pense que, comme dans le film, nous sommes dans une impasse.

Pourquoi avez vous décidé de passer au cinéma ? Pourquoi ne pas raconter la même histoire sur une scène de théâtre ?Cela a été un passage naturel, car pour cette histoire j’avais besoin de la poussière, de la rue, de la chair, de la lumière naturelle que le théâtre ne pouvait pas me donner. En réalité, mon ambition sécrète était de faire un western, deux ennemis qui s’affrontent : le volant est le pistolet, le levier de vitesse la gâchette. Et la rue est un monde à part, ça ne ressemble même pas à Palerme, ça pourrait être le Mexique ou un lointain pays du sud. Ca ne pouvait se faire qu’au cinéma. Cela a été une expérience intense mais extraordinaire, qui a aussi impliqué les habitants du quartier.
J’ai utilisé la même méthode que celle que j’applique dans mes mises en scène pour le théâtre. J’ai fait des répétitions pendant un mois et demi avec ma compagnie de théâtre, les acteurs professionnels et les acteurs non professionnels, comme Renato Malfatti qui joue Saro Calafiore. J’ai eu la chance de travailler avec des collaborateurs exceptionnels, c’était essentiel.

 



UN TOURNAGE AU CŒUR DE PALERME

La ville de Palerme est le personnage principal du film : la mer, le Mont Pellegrino, la petite
église de San Ciro à Maredolce, Capo San Gallo, Villa Igiea, le cimetière de Santa Maria dei Rotoli au bout de l’impasse Via Castellana Bandiera. La ville, son implosion, son attrait, est au cœur du travail d’Emma Dante et c’est la raison pour laquelle, malgré les difficultés auxquelles  elle  s’est  retrouvée confrontée pour développer son travail artistique, elle a choisi de ne jamais quitter Palerme.

L’objectif de la production était de créer la plus grande résonance possible sur le territoire et d’avoir la participation la plus large possible de la ville et de ses habitants.

Le repérage a confirmé la possibilité de filmer dans la vraie « Via Castellana Bandiera ». Située sur le versant du mont Pellegrino, c’est la rue où Emma Dante a vécu pendant de nombreuses années, en plus d’être le lieu qui a donné l’idée du film.

Dans un décor entièrement naturel, une partie mobile d’environ 80 mètres de long a été construite d’un côté de la rue pour reproduire les conditions de tournage en studio mais dans une vraie rue au cœur de Palerme.