Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres I)

Fiche artistique
Fiche technique
Sylvain George
Ses films sont projetés dans les réseaux militants, ainsi que dans les festivals nationaux - Centre Pompidou, Forum des Images, Festival de Lussas, FID Marseille – et internationaux – FilmmakerFilm Festival/Cinémathèque de Milan, Cinémathèque de Copenhague Viennale, DocLisboa, Torino Film festival, Valdivia, BAFICI. “Un travail indispensable, qui porte très haut une certaine idée des droits et des devoirs du cinéma”, comme le résumait Nicole Brenez à la Cinémathèque Française, 29 février 2008.
Prix du meilleur film et de la critique internationale au BAFICI
Mention d’honneur à la 47e Mostra del Nuovo Cinema, Pesaro
Prix du meilleur film au Filmmaker Film Festival, Milan
Prix du Jury au Festival International du Film de Valdivia
Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres I)
Qu’ils reposent en révolte (Des figures de guerre I) montre sur une durée de trois ans (Juillet 2007- Janvier 2010), les conditions de vie des personnes migrantes à Calais. Il montre comment les politiques engagées par les Etats modernes débordent le cadre de la loi, et font surgir des espaces d’indistinctions entre l’exception et la règle.
Les individus se voient ainsi traités comme des criminels, sont dépouillés des droits les plus élémentaires et réduits à l’état de « vie nue ».
"Composé de fragments qui se renvoient et se télescopent les uns avec les autres, créant ainsi de multiples jeux de temporalité et de spatialité, ce film montre sur une durée de trois ans (juillet 2007- novembre 2010), les conditions de vie des personnes migrantes à Calais. Par là-même, il montre comment les politiques engagées par les États policiers modernes débordent le cadre de la loi, et font surgir des zones grises, des interstices, des espaces d’indistinctions entre l’exception et la règle.
Les individus (et aux premiers chefs, comme énonciation des « vaincus », parias ou plèbe contemporaine : les réfugiés, les déplacés, les immigrés, les sans-papiers, mais aussi les chômeurs, les jeunes de banlieue… ), se voient ainsi traités comme des criminels, sont dépouillés, "dénudés" des droits les plus élémentaires qui font d'eux des sujets de droit, et réduits à l’état de « corps purs », ou « vie nue ». Des figures de guerres."
Sylvain George
Membre de l’association “SALAM”, Sylvie Lengagne s’occupe quotidiennement des migrants à Calais. Elle parle ici de sa rencontre avec Sylvain George, et de ce qu’elle pense du film.
« Je connais Sylvain depuis des années. J’ai donc vu ce qu’il était en train de faire. Je l’ai vu prendre le temps de voir, d’écouter, d’approcher les migrants, entrer en contact avec eux avant de les filmer. Parfois, je le voyais filmer des objets, des choses à mes yeux inutiles ou secondaires. Des objets du quotidien. Une bouteille d’eau. Je ne comprenais pas pourquoi. Après avoir vu le film, j’ai compris. Il a su reconstruire une vie. La vie des migrants, montrer comment c’est.
En dix ans d’activité avec l’association Salam, association humanitaire qui essaye d’accueillir, nourrir, soutenir les migrants, j’ai vu venir toute sorte de gens : journalistes, photographes, intellectuels. Ils ont une approche superficielle, surtout les journalistes. Approche fonctionnelle vis à vis des politiques strictement répressives. Le gouvernement annonce pour tel jour la destruction d’une jungle, ou d’un squat. Comme si détruire ces pauvres baraques signifiait faire disparaître les migrants. Cela devient immédiatement un événement médiatique, la presse arrive puis s’en va avec les CRS et les bulldozers. En agissant de la sorte elle nous dit que le problème est effacé par ces coups de force. Alors que les migrants sont toujours là, comme avant, mais sans abri.
Les images les plus fortes ? Celles de la destruction de la jungle de Calais. Elles étaient tellement dures à voir que j’ai failli quitter la salle. Pourtant, j’étais là bas, avec les migrants. Ce film est plus qu’un témoignage. Il a la force de l’art de son côté. J’espère qu’il sera le plus possible vu en France et ailleurs. Nous avons besoin de soutien et de solidarité. »
ENTRETIEN AVEC SYLVAIN GEORGE
Quelle est la genèse du film ?
Depuis maintenant cinq ans, je travaille sur les politiques migratoires en Europe et les mobilisations sociales qui peuvent s’y rapporter. Pour moi, les questions en rapport à l’immigration et à la figure de l’étranger sont cruciales. Ce sont des indicateurs qui permettent de mesurer l’état de nos démocraties. La ville de Calais était incontournable à cet égard. J’avais initialement prévu de m’y rendre pour une durée de trois mois. Au vu des situations rencontrées et des liens tissés, j’y suis finalement resté trois ans, avec des durées de séjour variables, entre juillet 2007 et Janvier 2010.
Quelle est la structure du film ? Suit-elle une chronologie particulière ? Comment avez-vous pensé le montage des différentes séquences ?
Le film se compose de séquences autonomes, de fragments qui se renvoient, correspondent les uns aux autres et se télescopent, créant ainsi de multiples jeux de temporalité et de spatialité. Le film ayant été tourné sur trois ans, le cycle des saisons est perceptible, sans qu’il ne soit forcément travaillé de façon chronologique. Il en va de même pour certaines situations qui peuvent être traitées de façon chronologique ou non, sans que pour autant le temps et le récit ne répondent à une conception du temps homogène.
Le film a un parti pris descriptif mais utilise certains effets (ralentis, fondus au noir, arrêts sur image, jump cuts …) qui lui donnent sa forme originale.
La technique permet de développer les potentialités et virtualités contenues dans la nature, dans l’homme. Il s’agit donc de jouer avec les ressources qu’offre le médium choisi – la caméra en l’occurrence – pour l’actualisation desdites virtualités. Celles-ci, ne sont jamais utilisées pour elles-mêmes, comme des fins en soi : une image pour une image, un effet pour un effet... Le sujet filmé ne doit pas devenir simple prétexte à des expérimentations symboliques, à des expériences esthétiques.
Pourquoi avoir décidé de tourner en noir et blanc ?
Le noir et blanc me permet de travailler et d’interroger les notions de document, d’archive, de survivance…; d’établir une distanciation historique et critique avec les évènements présentés et qui s’apparentent à l’extrême contemporain, à l’actualité la plus immédiate. Différents types de noir et blanc sont présents dans le film, permettant ainsi d’opérer des déplacements, de construire des métaphores. Par exemple, dans certaines séquences, surexposées, les blancs sont brûlés, les noirs sont très profonds. Cela renvoie à de nombreux témoignages délivrés par des migrants et dans lesquels, à de nombreuses reprises, ils indiquaient qu’ils se sentaient comme des survivants, qu’ils étaient comme brûlés, calcinés, consumés de l’intérieur. On pense aussi évidemment à la scène des doigts brûlés qui montre de façon évidente les marques « au fer rouge » que les politiques migratoires actuellement en vigueur infligent aux migrants. Il ne s’agit pas d’une simple métaphore.
Qu’ils reposent en révolte peut-il être considéré comme un tract ou un pamphlet politique ?
Je ne l’avais pas clairement envisagé de cette façon. Pour moi le film est un documentaire poétique et politique, à la croisée de plusieurs chemins. Chemins cinématographiques : avant-garde et films expérimentaux du XXème siècle, tradition des films dits “de ville”, documentaires “politiques et sociaux”, et cinéma dits d’intervention. Chemins littéraires et philosophiques : Rimbaud, Lautréamont, Dostoievski, Benjamin, Rosensweig, Rancière, Abensour. Mais l’idée du pamphlet poétique et politique, me semble intéressante et riche de sens. Le film pourrait en effet en être un. On pourrait dire en terme métaphorique que mon film est un poème filmique incendiaire.
Rocco Bustiglione, en 2002, alors qu’il était Président de la Communauté Européenne, déclarait: “les immigrés sont des bombes temporelles”. Il importe de répliquer en créant la véritable bombe temporelle. D’où ce film, espace-temps singulier et insurrectionnel, qui réduit en cendre les formes et forces oppressives, les états policiers modernes, mortifères, incendiaires, et allie la rédemption à l’utopie. Pour une société sans classes.




