De "l'Essai en Cinéma", Journées d'Etudes

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Formations et séminaires

De "l'Essai en Cinéma", Journées d'Etudes

"De l'Essai en Cinéma", initié et coordonné par Imagopublica, en partenariat avec le cinéma Le Cratère. 

Journées d'Etudes LARA, ESAV, GNCR, Mercredi 10 et jeudi 11 avril 2013 à Toulouse
La proposition de ces journées consiste à inscrire un préalable et une récurrence à venir dans la rencontre de chercheurs, théoriciens, artistes cinéastes et diffuseurs qui, là, confrontent, échangent, élaborent, expérimentent, discutent, partagent… la forme singulière et cependant très ouverte de cette expression audiovisuelle qui les sollicite au premier chef.
Il s'agit de contribuer à l'exploration et à la cartographie du territoire de ces réalisations (tous formats et durées confondus) qui peuvent être qualifiés, de très ouverte façon également, d'essai cinématographique (qu'il soit poétique, lyrique, théorique etc.). On pourrait citer [notamment au regard des ambiguïtés qui peuvent être rattachées à cette modalité de l'expression audiovisuelle comme des porosités qu'elle entretient avec les "limites non-frontières" d'autres genres (documentaire, expérimental, journal intime…) qui, eux, sont peut-être autrement fixés, en tout cas en apparence] de très nombreuses œuvres qui peuvent se rattacher à ce domaine et notablement, et ce dans la dernière décennie tout particulièrement, au carrefour des arts plastiques et d'un certain cinéma.

Si nous interrogeons aujourd'hui la forme d'une oeuvre cinématographique loin de toute catégorisation a priori (un film est un film!), il n'en demeure pas moins que la grande opposition fiction vs. documentaire (même pour être discutée!) surdétermine encore les qualifications. Et pourtant n'y a-t-il pas moins documentaire qu'un essai cinématographique ?, et même, sans outrageusement vouloir provoquer, n'y a-t-il pas là très souvent une certaine fictionnalisation de la réalité dans ce projet cinématographique dont le caractère irréductiblement singulier est peut-être le plus dialectiquement éloigné de chacune de ces deux formes référentes tant, dans sa construction même, il intègre d'éléments divers (par ex. ré-emplois divers de fragments pré-éxistants …), tant il brouille parfois les pistes dans le ton, dans les enjeux etc., tant il apparaît d'emblée, et quasiment toujours, comme une décision stratégique qui s'impose à son auteur(e) pour qui il importerait d'abord de dire plutôt que montrer. Au point qu'une première approche pourrait être de le définir par l'exclusion : un essai n'est ni une fiction ni un documentaire! Ce qui est d'ailleurs le cas assez généralement accepté pour l'écrit…
De ce point de vue, les oeuvres audiovisuelles qui, se situant dans ce champ là, et qui véritablement frappent juste, en leur temps et au-delà, sont le plus souvent celles qui, en même temps qu'elles s'originent d'une indiscutable singularité sensible, ne peuvent se déprendre, même de façon ténue et cristalline, d'une certaine inquiétante étrangeté du théorique et qui savent cependant que, dans le champ de la critique sociale comme dans le champ des pratiques artistiques et de leurs évidentes interactions dialectiques, le théorique n’assure de rien, qu'il ne donne jamais ni le jour ni l’heure, qu'il est fait pour former le jugement, qu'il n’est pas sans emploi.
Il importe de tenter dans les labyrinthes de ces confusions, parfois fascinantes, de tracer quelques repères, de débrouiller quelques pistes généreuses, subtiles, inventives… Il importe certes de questionner un patrimoine existant, inconnu ou méconnu, ou bien se constituant, mais il importe aussi de recevoir et partager quelque chose d’un art en question.
L'objectif n'est pas de parvenir (enfin?) à une quelconque définition dogmatique de l'essai cinématographique, mais d'en cerner certaines caractéristiques, d'en rendre visible certaines exigences et certains enracinements, d'en mesurer, du point de vue de l'intelligence sensible, la force de frappe dans l'époque....
Les intervenants sollicités qui appartiennent au domaine de la recherche comme à celui de la création mais aussi celui de la diffusion, oeuvrant dans le champ du cinéma comme dans celui des arts plastiques, développeront librement leur proposition au plus près de leurs préoccupations personnelles, comme un écho, une précision, une illustration, une discussion … de tel ou tel aspect du paysage ainsi esquissé.  Guy-Claude Marie (1er décembre 2012)

Intervenants :
• Pascale Cassagnau (chargée de mission au CNAP)
• Vincent Dieutre (cinéaste, enseignant)
• Jordi Vidal (essayiste, cinéaste)
• Jean-Pierre Rehm (délégué général FID Marseille)
• Pierre Arbus (enseignant ESAV Toulouse)
• Olivier Dollinger (cinéaste, enseignant Ecole d’Art Toulouse)
• Sergueï Wolkonski (Doctorant ESAV, enseignant Ecole d’Art de Perpignan)

LARA : http://lara.hypotheses.org/
ESAV : http://www.esav.fr/
CINÉMA LE CRATÈRE : http://www.cinemalecratere.com/


 

PROGRAMME DÉTAILLÉ  - Mercredi 10 et jeudi 11 avril 2013

"De l'Essai en Cinéma"

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(ENTRÉE LIBRE)

MERCREDI 10 AVRIL

9h30 Accueil : Gilles Méthel, Directeur du LARA /  Jean-Louis Dufour, Directeur de l'ESAV / Pierre Arbus, Responsable de l'équipe Esthétique/ Jérôme Brodier, Délégué général du GNCR/Guy-Claude Marie, imagopublica

9h45-12h30 : Communications

9h45    Une vie : un film de 83 secondes (2006) par Gilles Methel, Professeur des Universités à l'ESAV/UTM
On dit qu’à l’heure de sa mort chacun voit défiler toute sa vie en une seule seconde… Un film d’une seconde, même long comme une vie, ce serait peut-être un peu court…  Cependant et, puisque "la vie est un songe", un film de 83 secondes, une seconde par an, pourquoi pas!

10h15   La Société du spectacle de Guy Debord : du livre au film… par Guy-Claude Marie, chargé de cours à l'ESAV, auteur de Guy Debord : De son cinéma en son art et en son temps (Vrin, 2009).
Un rapide rappel de la chronologie et de la situation de ce film dans l'œuvre et la vie de Guy Debord sera suivi d'une évocation de l'économie générale du film au regard de celle du livre, et de la confrontation précise des deux premières séquences et des chapitres concernés du livre.

11h30   L'image impossible par Olivier Dollinger, cinéaste, plasticien, Professeur à l’École d'Art de Toulouse
A travers la projection de trois de ses films, Le projet Norma Jean, 2003, The missing viewer, 2009 et Abstract Telling, 2010, sera abordée la question des liens qui unissent une forme de croyance comme l’hypnose, la magie du début du siècle et le théâtre dans leurs relations au médium filmique.

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14h-16h30 : Communications

14h   La méditation et le choc : contraction et extension de la forme pensante par Sergueï Wolkonsky, artiste plasticien, Professeur à l'Ecole d'Art de Perpignan, doctorant ESAV.
Walter Benjamin développe dans son oeuvre le concept d'image de pensée, qui relève d'une sorte de cristallisation du discours dans une seule image. Or l'image de pensée semble réconcilier chez Benjamin deux temps que tout semble opposer : la méditation et le choc. Au croisement du documentaire, de la fiction et de l'autobiographie, quelles stratégies utilise l'essai en tant que "forme pensante" (Godard) ? Ne peut-on pas distinguer aujourd'hui une communauté de formes entre l'essai au cinéma et l'expérimentation en art contemporain? Des extraits divers accompagneront le propos…

15h15   Filmer l'attente, ou l'ennui comme substrat du continuum imaginaire par Pierre Arbus, Maître de Conférences à l'ESAV, cinéaste.
Dans La Station (2000), Sergueï Loznitsa, cinéaste bielo-russe, filme, dans un noir et blanc saturé et diffus, des corps de voyageurs endormis, étendus, les uns contre les autres, dans la salle d'attente d'une gare improbable. Nulle imminence d'un train, sinon quelque vague rumeur, et l'attente n'aura pas de fin. La caméra s'attarde, en quête du moindre événement, de la moindre épaisseur visuelle ou sonore, comme s'il s'agissait d'inscrire ou de revendiquer l'ennui comme la durée nécessaire à l'expérience d'un foisonnement vital, au-delà des apparences ou des similitudes avec l'inerte, l'insensible, l'insignifiant... Le film, d'une durée de 26 minutes, sera projeté en intégralité au début de l'intervention.

16h45-18h    Table ronde    modérateur :  Jean-Louis Dufour, Directeur de l'ESAV, Maître de Conférences

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20h30    projection au Cinéma Le Cratère :
Spectres, prix du GNCR au FID 2011, en présence du réalisateur Sven Augustinjen et de Jean-Pierre Rehm, délégué général du FIDMarseille.
"Cinquante ans après son assassinat, Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo indépendant, hante à nouveau la Belgique. À travers des rencontres, des conférences et un retour au Congo, un haut fonctionnaire belge qui fut présent à Élisabethville en ce jour sanglant du 17 janvier 1961, tente de conjurer les fantômes du passé.
Rythmé par des extraits de la "Passion selon Saint Jean" de Jean-Sébastien Bach, "Spectres" nous plonge dans la page la plus sombre de la décolonisation du Congo belge. Interrogation sur le corps biopolitique, cet essai documentaire expose également l'ambivalence d'une historiographie troublée par la question traumatisante de la responsabilité et de la culpabilité."  

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JEUDI 11 AVRIL

• 9h-13h    Communications :

9h  De quelques formes spectrales dans le cinéma de l'essai communicationet l'échange en compagnie du réalisateur) par Jean-Pierre Rehm
Critique d’art et de cinéma, a régulièrement écrit sur de nombreux supports en France et à l'étranger (Cahiers du Cinéma, Trafic, Cinéma, Cinémascope, May…), et contribué à de multiples monographies d’artistes et de cinéastes (Valérie Jouve, Jimmie Durham, Jean-Luc Moulène, Isidore Isou, Jacques Rozier, Tsaï Ming-liang, Roee Rosen, Eric Baudelaire…). Après avoir enseigné dans diverses Écoles d’Art en France, et un un passage à la DAP, il est depuis 2001 Délégué Général du FIDMarseille, Festival International de Cinéma de Marseille.
Il sera question d’articuler quelques réflexions autour de Spectres (2011) de Sven Augustijnen. Ce film s’attache à enregistrer, en divers points toujours sensibles, les séquelles de l’assassinat de Patrice Lumumba. Des extraits du film, projeté intégralement la veille, viendront accompagner le propos.

10h30  Chronique d'un été de  Edgar Morin et Jean Rouch (1961) par Pascale Cassagnau
Docteure en histoire de l’art et critique, auteure notamment de Future amnesia : enquêtes sur un troisième cinéma (Paris : Isthme, 2007) et Un Pays supplémentaire : la création contemporaine dans l’architecture des médias (Paris : Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2010), a intégré le Centre national des arts plastiques pour une mission spécialisée concernant les « images en mouvement ».
Chronique d'un été constitue un objet singulier qui relève de l'essai comme forme et qui écrit une « autobiographie de tout le monde ». Les récits de vie croisent la chronique de l'Histoire, agencés par Edgar Morin et Jean Rouch à la manière dont Walter Benjamin, décrit l'art du Conteur (1936) : « L'expérience qui suit son cours de bouche en bouche est la source à laquelle tous les conteurs ont puisé. Et parmi ceux qui ont couché par écrit des histoires, ce sont les grands dont la transcription se détache de la parole des nombreux conteurs anonymes. »  Des extraits accompagneront la proposition.
     
11h45   L'inscription du discours intellectuel dans le cinéma de l'autofiction par Vincent Dieutre
Cinéaste, auteur notamment de Leçons de Ténèbres, Mon voyage d'hiver, Fragments sur la grâce, Despuès de la Révolution... et, dont la sortie est prochaine, Jaurès.
A partir d'extraits de ses films, Leçons de ténèbres, Fragments sur la grâce… et de quelques autres extérieurs à son œuvre, dont Mon oncle d'Amérique, comme "scène primitive" de son rapport à la pensée filmée, seront évoquées et discutées différentes modalités de cette inscription.

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19h et  21h15    projections au Cratère : Jean-Luc Godard, A l'essai  proposition et présence de Pascale Cassagnau
19h    André S. Labarthe, No Comment, 2011, 50'.
21h15 Céline Gailleurd et Olivier Bohler, Jean-Luc Godard, le désordre exposé, 2012, 64'
Robert Musil définit la nature même de l’essai comme cette double pression contradictoire qui s’exerce entre le travail du sens et  la poussée du temps. Il y aurait dans ce qui constitue l’essai comme forme dynamique, le mouvement d’une dialectique fine à l’œuvre,  une puissance de la construction qui intègre la puissance de la négation.
Tels sont les films de Céline Gailleurd et Olivier Bohler, Jean-Luc Godard, le désordre exposé, et André S. Labarthe, No Comment. Inventant leur propre forme au fur et à mesure que s'élaborent leur écriture, ces films constituent un double portrait d'une exposition (Jean-Luc Godard au Centre Pompidou) et d'un film ( Film Socialisme), en déconstruisant le commentaire, en multipliant les conversations.  (Pascale Cassagnau)


 

Les différentes communications ont lieu à l'ESAV , 56 rue du Taur, 31000 Toulouse.
Entrée libre
Les projections ont lieu à au Cratère, 95 Grand'rue St Michel, 31000 Toulouse,
[aux tarifs de la salle et exonérations habituelles.]