L'exposition du documentaire La Salamandre à Morlaix et l'association Cinéphare

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Portrait de salles

L'exposition du documentaire La Salamandre à Morlaix et l'association Cinéphare

Nous avons rencontré Nicolas Mey, directeur de La Salamandre à Morlaix, et Olivier Bitoun, coordinateur de Cinéphare - association de salles en Bretagne - afin d’évoquer leur travail d’exposition des films documentaires.
 

Comment incitez-vous à la programmation du film documentaire ?

Olivier Bitoun : Cinéphare effectue un travail au long cours sur le documentaire : organisation d'ateliers de formation sur le langage documentaire, mise en place de rencontres avec les réalisateurs dans les salles... Nous en présentons très régulièrement en prévisionnement et, alors qu'ils ont parfois la réputation d'être difficiles à programmer, ils reçoivent très souvent un excellent accueil de la part des exploitants, sans différence d'appréciation entre la fiction et le documentaire ! On observe la même chose chez le public qui se demande simplement si ce que l'on va lui proposer va être original ou étonnant.
Nous avons ainsi programmé en prévisionnement La république Marseille puis organisé par la suite un travail de réflexion et de découverte du cinéma de Denis Gheerbrant par le biais d'une rencontre entre le réalisateur et Patrick Leboutte (critique de cinéma spécialiste du documentaire). Les exploitants étaient conviés à ce temps de formation, mais aussi le public, notamment deux classes de lycéens en option cinéma. Par la suite, Gheerbrant est intervenu dans plusieurs salles du réseau qui ont programmé La république Marseille, tandis que nous profitions de la présence de Patrick Leboutte : il a accompagné Alain Cavalier venu présenter Irène à La Salamandre. Cinéphare participe financièrement à la venue des intervenants ou réalisateurs, que ce soit pour les transports ou la rémunération ; en l’occurrence, le GNCR a également participé financièrement à ces rencontres puisqu’il s’agissait de films soutenus.

Nicolas Mey : Nous avions programmé La république Marseille en présence de Gheerbrant. Par la suite, d’autres salles du réseau Cinéphare l’ont reçu : le film a circulé dans la région. Le travail de Cinéphare permet de dynamiser tout le réseau en s’appuyant sur des salles fortes comme La Salamandre ou Le Chapeau rouge. Pour ma part, je programme très régulièrement des films Recherche en organisant souvent des animations autour de ces films. Cette régularité permet de créer une habitude chez les spectateurs, une confiance aussi. Ainsi, lors de la “journée république Marseille”, 45 personnes ont vu les 7 films composant cette œuvre.
 
Olivier Bitoun : De même pour La Terre de la folie de Luc Moullet que nous avions présenté en prévisionnement avec la venue de Marie Anne Guérin (critique de cinéma), qui a donné des pistes d’analyse et de programmation aux exploitants. Nous avons aussi fait circuler un de ses court-métrages, Essais d’ouverture, dans les salles qui allaient l'accueillir afin d’attiser la curiosité des spectateurs et de les « préparer » à son univers si singulier !
 
 

Comment le public a-t-il reçu La Terre de la folie de Luc Moullet ?

Nicolas Mey : On pouvait effectivement se poser la question car ce film est une proposition purement cinéphile ! Je ne pouvais pas contacter des associations comme pour Le Temps des grâces de Dominique Marchais par exemple. Les spectateurs, venus très nombreux, étaient ravis, à l’aise avec l’œuvre et le cinéaste que nous recevions : tous deux sont drôles et très vivants ! La Salamandre est située dans un environnement rural, et les spectateurs ne sont a priori pas tous cinéphiles, mais les débats sont très enrichissants. Ainsi lors de la projection du Temps des grâces de Dominique Marchais en sa présence, de nombreux spectateurs étaient agriculteurs et ont échangé sur ce domaine qu’ils connaissaient, mais aussi sur des questions de cinéma !

 

Qu’est-ce que l’action culturelle pour vous ?

Nicolas Mey :  Je fais ce métier dans une logique d’éducation populaire : nous construisons collectivement une pensée avec nos spectateurs. Le fait d’être dans un réseau de salles est également rassurant car, cela permet de trouver des solutions ensemble. L’action culturelle, c’est la croyance qu’on peut influer sur le cours des choses : nous pouvons faire exister un film a priori fragile, nous n’accompagnons pas le mouvement, nous l’initions. Notre rôle de médiation, c’est de présenter des œuvres qui nous bousculent, nous dérangent, nous mettent face au regard singulier d’un artiste, et de rassembler autour d’elles.