Les “Studio” à Tours

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Portrait de salles

Les “Studio” à Tours

Nous avons rencontré Philippe Perol, le président des Studio à Tours qui a évoqué son combat face aux multiplexes et son engagement dans l’action culturelle.

Quelle est la situation des Studio dans la ville de Tours ?
Les Studio est un cinéma très actif de 7 salles qui a les trois labels « jeune public », « patrimoine et répertoire » et « recherche et découverte ». De nombreux spectateurs fréquentent notre cinéma (350 000 entrées par an). 25 000 personnes sont abonnées à notre salle, ce qui représente plus de 10% de la population de Tours. Notre programmation annuelle met en valeur les cinématographies peu diffusées. Nous organisons également plusieurs manifestations chaque année comme le Festival de cinéma asiatique et le Festival Désir Désirs, un cycle de cinéma italien avec la cinémathèque et nombre de rendez- vous réguliers comme des soirées vagues jeunes, des ateliers jeune public, des « ciné p’tit déj », les débats hebdomadaires du Cinéma National Populaire, des soirées courts métrages... Alors que les Studio à Tours est un cinéma très vivace qui, par exemple, attire davantage
les spectateurs que le CGR du centre-ville de Tours, un projet d’implantation de multiplexe au nord de Tours est à l’étude. Il y aurait donc trois multiplexes en face des Studio ! En plus d’être dramatique pour la vie des Studio, ce serait une situation inédite en France !
La Commission Départementale de l’Aménagement Commercial (CDAC) a accepté ce projet car il s’agit d’une commission qui prend en compte les aspects économiques et non culturels. Les Studio ainsi que le GNCR, ont donc déposé un recours auprès de la commission nationale (CNAC). Non seulement, ce multiplexe mettra en danger les Studio et ses salariés. Mais il est aussi à l’image de ce qui se passe un peu partout en France : l’avenir du réseau de salles art et essai, unique au monde, et ainsi la diversité culturelle-même sont menacés.

Pourriez-vous présenter une action culturelle que vous menez régulièrement ?
Chaque année, le premier week-end de juin, nous organisons une « Nuit des Studio ». La programmation est très éclectique : films de patrimoine, reprises, films de genre… Cette année, nous avons proposé : La Féline (J. Tourneur), Suspiria (D. Argento), Victor Victoria (B. Edwards), Psychose (A. Hitchcock), L’Homme qui rétrécit (J. Arnold), Valse avec Bachir (A. Folman), Péril en la demeure (M. Deville), Fargo (J. et E. Coen), Volver (P. Almodovar), L’Argent de la vieille (L. Comencini), Amarcord (F. Fellini), Dans ses yeux (J. J. Campanella), Butch Cassidy et le Kid (G. R. Hill), La Flèche brisée (D. Daves), Zélig (W. Allen), La Loi du silence (A. Hitchcock), Seven (D. Fincher). Ces 17 films passent dans toutes nos salles toute la nuit. Pour cette soirée, il y a un contrôle des tickets à l’entrée du cinéma mais pas à l’entrée des salles, donc les gens circulent de salle en salle à leur convenance. Chaque année, le cinéma est plein et l’on doit refuser du monde. Ce rendez-vous est très attendu par les spectateurs, car après toutes ces années, le public est fidélisé. Depuis 4-5 ans, les spectateurs rajeunissent même, et l’on voit beaucoup de lycéens. En plus des projections, nous invitons toutes les associations avec lesquelles nous travaillons au cours de l’année. Ce village d'associations culturelles et humanitaires propose des pauses gustatives entre les différentes séances, car il y a un millier de spectateurs à nourrir ! La ville de Tours met le parc attenant aux Studio à disposition pour ces associations. Entre les projections, les spectateurs échangent sur les films entre eux et avec l’équipe du cinéma, ils peuvent manger ou acheter des affiches de film… C’est une grande fête !

Quelle est votre vision de l’action culturelle?
L’important pour moi est de proposer une diversité cinématographique. On s’intéresse à toutes les formes de cinéma. En mélangeant films populaires et exigeants, on attire le public vers un cinéma qu’il connaît moins. C’est également un engagement politique, un travail avec des associations locales. On essaie de créer du lien social à travers la culture.