FIDMarseille

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Temps forts

FIDMarseille

du 6 au 11 juillet 2011
Comme chaque année, le FIDMarseille nous a fait découvrir une quarantaine de films, de tous formats, d’écritures très diverses, de tous pays, pour la plupart en première internationale ; car il s’agit de se risquer à défendre le cinéma qui se fait aujourd’hui, cinéma exigent, cinéma vivant.

Le GNCR a décerné son prix à Spectres parmi une sélection de films de la compétition française et internationale du FID Marseille.

Le GNCR, à travers un jury d’exploitants de salles « Recherche et Découverte », prime un film parmi les différentes compétitions du FIDMarseille. Le GNCR joue ainsi leur rôle de passeur en faisant découvrir à leur(s) public(s) des auteurs et des films qui interrogent le monde par leur regard singulier.Le jury GNCR, composé de Valérie Bersia, Cinéma Le Rocher à la Garde, de Gilles Laprévotte, Cinéma Orson Welles à Amiens, et de Sabine Putorti, Institut de l’image à Aix-en-Provence, a primé le film SPECTRES de Sven Augustijnen.

SPECTRES de Sven Augustijnen
Belgique • durée : 1h42 • 2011 • HD

Patrice Lumumba a joué un rôle décisif dans la libération du Congo du joug colonial. Peu après, trahi par ses proches et renversé, il est sommairement exécuté au Katanga le 17 janvier 1961. Si certains des auteurs de sa mise à mort sont connus, bien des questions demeurent. Où ce massacre a-t-il eu lieu exactement ? Qui y assistait ? Pour le compte de qui ? Quels en sont les responsables ? Partant de ces points obscurs, Sven Augustijnen enquête. Pour le guider, un personnage insaisissable, le chevalier Jacques Brassinne de la Buissière, haut fonctionnaire belge, présent au Congo au moment des faits. Auteur d’une biographie de Lumumba, l’homme a consacré de nombreuses années à mener des recherches historiques sur cette période. Le cinéaste l’accompagne à la rencontre de témoins et de protagonistes. Entre vérité des faits, force de convictions de la parole des uns et duplicité possible des autres, entre Belgique et Congo, la caméra, ouvre large le champ. Elle scrute les décors, interroge les gestes et les regards, plongeant dans les zones incertaines de la vérité, dévoilant un en deçà du témoignage. Rythmé par des extraits de la Passion de Jean-Sébastien Bach, puissantes bouffées élégiaques qui renvoient au martyr Congolais, Spectres invente un mode d’investigation inédit, qui s’autorise à interroger autant l’Histoire, ses acteurs vivants et ses fantômes, que la manière de l’écrire en rendant à tous, jusqu’à l’opacité, leur corps et leur terrible nuit.

Nicolas FEODOROFF


Entretien avec Sven Augustijnen

Vous êtes l’auteur de plusieurs oeuvres sur l’histoire et les habitants de la Belgique. Cette fois, vousvous attaquez à son passé, à une histoire coloniale qui la hante encore. Comment est né ce projet ?
J'habite à Ixelles, une des communes de Bruxelles fort marquée par son histoire coloniale. De ma fenêtre je peux voir le Cinquantenaire (grand bâtiment construit par Léopold II avec l'argent de l'Etat indépendantdu Congo), chaque jour je passe par la statue de Léopold II à la place du Trône ou à Matonge, le quartier africain de Bruxelles. Le projet est né par des observations quotidiennes, lié à mon intérêt pour l'histoire et pour l'espace public.

Le film prend la forme d’une sorte d’enquête sur l’assassinat de Patrice Lumumba, menée par le Chevalier Jacques Brassinne de La Buissière : un guide, un expert passionné, un témoin qui a ses zones d’ombres, le personnage principal du film ?
Jacques Brassinne est un personnage multiple j'espère, à la fois guide, narrateur ou figure symbolique d'un passé qui continue à jeter une ombre sur le présent.

Votre choix d'une caméra portée, subjective, fort présente : comment l'expliquez-vous ?
Je vois le film comme une oeuvre performative, c'est à dire qu'il s'agit de mises en situations qui s'articulent comme des chorégraphies dans lesquelles je suis un des personnages qui bouge.

Jacques Brassinne, le fils d’Harold d'Aspremont Lynden, la fille de Moïse Tshombé, la veuve de Patrice Lumumba, etc : pourquoi vous être cantonné à des personnalités ?
Il s'agit d'une part des rencontres avec les parents des protagonistes des événements dramatiques, d'autre des hommes quelconques, comme les Belges à la messe commémorative du roi Baudouin, ou le Congolais sur son vélo que Brassinne rencontre dans la nuit.

La musique donne parfois une soudaine ampleur dramatique à la scène en opposition avec la manière de filmer. Pourriez-vous nous éclairer sur ce geste crucial ?
Il s'agit des fragments de la Passion selon Saint-Jean de J.S. Bach, qui est la plus antisémite. Et il y a un lien avec le dossier de Lumumba. Un télex codé envoyé début janvier 1961 disait : "Demande accord du Juif de recevoir Satan". Le Juif était Tshombé, Satan Lumumba.

Quels sont vos projets en cours ?
Je dois reprendre la recherche sur quelques autres projets, principalement aussi liés à l'histoire belge, entre autre sur les armes de la Fabrique nationale de Herstal, ou le trafic de diamants industriels originaires du Congo belge pendant la deuxième guerre mondiale.

Propos recueillis par Céline GUÉNOT
(extrait du Journal du FID 09/07/11)

Palmarès 2011

Grand prix de la Compétition Internationale
SIP’OHI - EL LUGAR DEL MANDURE
Sebastián Lingiardi
Argentine

Grand Prix de la Compétition Française
ENTRÉE DU PERSONNEL
Manuela Fresil
France

Mentions spéciales
SPECTRES

Sven Augustijnen
Belgique 

YATASTO
Hermes Paralluello
Argentine 

Prix Georges de Beauregard International
THE UNSTABLE OBJECT
Daniel Eisenberg

Etats-Unis/Allemagne/Turquie

Mention spéciale

AUGUST
Mieko Azuma

Allemagne/Japon

Prix Georges de Beauregard National
LA VIE EST AILLEURS
Elsa Quinette
France

Prix Premier 
MOVING UP

Loghman Khaledi
Iran

Mention spéciale attribuée à 
YATASTO
Hermes Paralluello
Argentine

Prix des Médiathèques
SPECTRES
Sven Augustijnen
Belgique

Prix du Groupement National des Cinémas de Recherche (GNCR)
SPECTRES

Sven Augustijnen
Belgique

Prix Marseille Espérance
JUST SHOOT ME
Clàudia Nunes
Brésil

Prix Renaud Victor

LES TROIS DISPARITIONS DE SOAD HOSNI
Rania Stephan
Liban