affiche l'Affaire collective
Film soutenu

L’Affaire collective

Alexander Nanau

Distribution : Sophie Dulac Distribution

Date de sortie : 15/09/2021

Roumanie, Luxembourg / 2019 / 1h49 / 1.85 / 5.1

Après un tragique incendie au Colectiv Club, discothèque de Bucarest, le 30 octobre 2015, de nombreuses victimes meurent dans les hôpitaux des suites de blessures qui n’auraient pas dû mettre leur vie en danger. Suite au témoignage d’un médecin, une équipe de journalistes d’investigation de la Gazette des Sports passe à l’action afin de dénoncer la corruption massive du système de santé publique. Suivant ces journalistes, les lanceurs d’alerte et les responsables gouvernementaux impliqués, L’Affaire collective jette un regard sans compromis sur la corruption et le prix à payer pour la vérité.

Prix du cinéma européen du meilleur film documentaire
2 nomination aux Oscars – Meilleur film international – Meilleur documentaire

AVEC : Cătălin Tolontan, Mirela Neag, Camelia Roiu, Tedy Ursuleanu, Vlad Voiculescu, Răzvan Luțac, Narcis Hogea, Nicoleta Ciobanu 

Réalisation et image Alexander Nanau • Scénario Antoaneta Opris • Musique originale Kyan Bayani • Montage Alexander Nanau, George Cragg, Dana Bunescu • Son Angelo Dos Santos, Michel Schillings, Florin Tabacaru, Mihai Grecea • Production Alexander Nanau, Bianca Oana • Co-production Bernard Michaux, Hanka Kastelicová, Jani Thiltges, Claude Waringo • Direction de production Bianca Oana • Production exécutive HBO Europe Antony Root  • Production HBO Roumanie Alina David • Production exécutive Cinephil Philippa Kowarsky 

Alexander Nanau

Alexander Nanau est né à Bucarest en 1979. Après des études de réalisation à l’école de cinéma DFFB de Berlin, il réalise en 2006 son premier film documentaire, Peter Zadek inszeniert Peer Gyn. En 2009, il réalise et co-produit un deuxième documentaire, The World According To Ion B., qui lui vaut un Emmy Award. Toto et ses sœurs, son troisième long-métrage, obtient de nombreuses récompenses dont le Grand Prix au Festival Premiers Plans d’Angers. Son dernier film L’Affaire collective est présenté à la Mostra de Venise et au Festival de Toronto en 2019, ainsi que dans de nombreux festivals partout dans le monde. En 2021, le film est nommé aux Oscars dans les catégories Meilleur Film International et Meilleur Documentaire et remporte le Prix Lux du Public. 

Entretien avec le réalisateur

Pas d’interviews, pas de voix off. La manière dont je réalise un documentaire est fondée sur l’observation et la collaboration étroite avec les protagonistes, que je suis de très près pour en être très proche, au point de m’identifier à eux. Au début d’un tournage, je ne veux pas trop en savoir sur mes personnages, et je ne veux pas non plus qu’ils en disent trop sur eux-mêmes. À partir du moment où j’entre dans leurs vies, je ne sais pas si les images que je réalise ont un potentiel narratif pour le film. J’essaye de restituer de la manière la plus fidèle ce que je ressens, en filmant les personnages, afin que le spectateur ait l’impression de vivre avec eux, de faire des découvertes en même temps qu’eux. Pour moi, le cinéma doit permettre au spectateur de (se) découvrir à travers la vie d’autrui. 

« L’INCENDIE DU CLUB COLECTIV A ÉTÉ UN TRAUMATISME NATIONAL » 
Je suis né en Roumanie. J’ai vécu principalement en Allemagne. L’incendie du club Colectiv a eu des effets dévastateurs sur la société roumaine, c’est pourquoi j’ai décidé de revenir vivre à Bucarest à la fin de 2015. J’ai ainsi pu mesurer l’impact de la crise dans une société démocratique européenne qui n’aurait jamais imaginé qu’une sortie en boîte coûterait la vie à des dizaines de personnes. L’incendie du club Colectiv a été un traumatisme national. Il est facile de manipuler et de mentir à une société traumatisée, comme on le ferait avec n’importe quel individu traumatisé. J’ai été témoin de l’institution d’un mensonge gouvernemental dans les jours qui ont suivi l’incendie. Les médias ont relayé la parole des autorités, qui ont répété aux victimes et à leurs familles que la tragédie était sous contrôle. J’ai été témoin de la manipulation du gouvernement, qui a cherché à faire taire des voix et à empêcher les gens de poser des questions, alors que des jeunes blessés mouraient à l’hôpital. Au début du tournage, j’ai essayé de comprendre l’impact direct de la tragédie sur la vie des survivants et des familles qui avaient perdu leurs enfants à l’hôpital dans les jours qui ont suivi l’incendie. Mihai Grecea, qui est lui-même réalisateur, est un survivant de l’incendie qui a rejoint notre équipe après s’être réveillé du coma. Avec Mihai, nous nous sommes plongés dans la grande famille des victimes de l’incendie. Je me suis efforcé de rester le plus proche d’eux. Ils étaient en proie au deuil et se battaient pour comprendre pourquoi ils avaient perdu leurs proches dans les semaines qui ont suivi l’incendie, si le traitement qui leur avait été administré était aussi efficace que les autorités l’avaient assuré. Être témoin de la souffrance des parents suite à la perte de leur enfant a été une vraie épreuve pour moi. C’est une souffrance infinie que de ne pas avoir réussi à sauver la vie de son enfant, alors que c’était encore possible, et tout cela à cause de l’ingérence et des mensonges des autorités gouvernementales. Alors que je prenais conscience que ma vie aussi pouvait être frappée d’une telle tragédie, j’ai ressenti le besoin de comprendre, d’approfondir et de saisir ce qui était bien caché. C’était un besoin organique que de suivre les rares personnes qui remettaient aussi en question la version officielle des événements. Les rares personnes qui posaient des questions inattendues, et pourtant simples. C’est pourquoi le bureau des journalistes de La Gazette des Sports qui ont enquêté sur la responsabilité des autorités dans cette tragédie était le meilleur endroit pour commencer à filmer le segment de l’histoire que je voulais comprendre. 

« UN RÉSEAU ENTIER DE MENSONGES ET DE CORRUPTION À L’INTÉRIEUR DU SYSTÈME DE SANTÉ »
Les journalistes étaient initialement à la recherche de réponses. Ils ont progressivement mis au jour un réseau entier de mensonges et de corruption à l’intérieur du système de santé. Personne ne les croyait, mais ils ont continué à enquêter. Leur obstination a poussé un médecin à tirer la sonnette d’alarme et à dénoncer l’incapacité des hôpitaux roumains à soigner ne serait-ce qu’un patient brûlé. D’autres lanceurs d’alerte l’ont suivi.
Le début de l’enquête a conduit les journalistes à dévoiler une série de faits accablants sur la corruption dans le système de santé, corruption qui a mis en danger la vie des patients pendant des années. J’avais déjà commencé à ce stade à suivre les journalistes sur le terrain. Ils ont été pris dans un tourbillon de révélations compromettant les plus hautes sphères du gouvernement. J’encourais les mêmes risques qu’eux alors que je les suivais dans chaque étape de l’enquête.
En tant que témoin silencieux, et équipé de ma caméra, j’ai pu saisir la vie intime des journalistes. Cela m’a permis de comprendre comment les articles de presse voient le jour. Tout part d’une question simple que le journaliste se pose. Puis il fait des recherches, fait des rapports, rassemble des preuves, vérifie les informations, contacte des sources. J’ai suivi tout le processus jusqu’aux choix de mise en page, d’impression et de publication. 

« UN ACCÈS INÉDIT AUX COULISSES DU SYSTÈME »
La nomination d’un nouveau Ministre de la Santé m’a donné l’opportunité de filmer les rouages gouvernementaux. Grâce à l’ouverture d’esprit et la confiance de ce nouveau Ministre de la Santé, j’ai eu un accès inédit aux coulisses du système. J’ai pu introduire ma caméra dans les réunions du Ministre avec ses conseillers, aussi bien pendant les sessions de brainstorming que pour les briefs avant les conférences de presse. J’ai assisté aux prises de décisions mais aussi à des moments difficiles où l’équipe était éprouvée nerveusement.
J’ai continué à filmer alors que la dure réalité se révélait à nous, celle de la défaillance des démocraties et de leurs institutions étatiques en l’absence d’implication des médias et des citoyens.
La principale difficulté que nous avons rencontrée a été pendant le montage. Il a fallu trouver un équilibre entre les événements, montrés depuis plusieurs points de vue, et le souci de donner aux spectateurs les clés pour saisir les différentes forces qui façonnent nos vies privées dans une société.

« L’ANNÉE 2016 A MIS À L’ÉPREUVE LES DÉMOCRATIES PARTOUT DANS LE MONDE »
Quand j’ai commencé à travailler sur ce film, début 2016, je n’aurais jamais imaginé que cette année serait une année charnière pour les démocraties du monde entier. Jamais je n’aurais pensé qu’à la fin de la production, ce qu’on pourrait dire sur la Roumanie puisse aussi s’appliquer à des démocraties plus anciennes et établies, telles que la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Italie, le Brésil, la Hongrie, la Pologne, la Turquie… Toutes ont en commun l’arrivée au pouvoir des populistes, mentant et mettant à mal la liberté de la presse, utilisant les institutions pour leurs profits personnels et pervertissant la définition même des valeurs libérales et des structures sociales. L’année 2016 a mis à l’épreuve les démocraties partout dans le monde, mais elle a aussi mis chacun d’entre nous à l’épreuve.

« LES POLITICIENS TRAVAILLENT-ILS TOUJOURS DANS LE MEILLEUR INTÉRÊT DE LEURS CONCITOYENS ? » 
En novembre 2015, Alexander Nanau et les producteurs Hanka Kastelicova, Bianca Oana et Bernard Michaux évoquent l’idée d’un documentaire autour des manifestations populaires en cours en Roumanie. 
Suite à l’incendie du club Colectiv, l’agitation sociale et la rupture totale entre la société roumaine et ceux qui la gouvernent est à son comble et semble refléter un sentiment présent en Europe et dans d’autres pays du monde. Les citoyens semblent de plus en plus déçus et mécontents de leur gouvernement, constat qui soulève une question : les politiciens travaillent-ils toujours dans le meilleur intérêt de leurs concitoyens ?

« AU-DELÀ DU SCANDALE, UN QUESTIONNEMENT PLUS PROFOND SUR LA RELATION ENTRE LES CITOYENS ET L’ÉTAT »
L’Affaire collective est né d’une envie d’analyser les rouages des politiques publiques qui impactent nos vies quotidiennement, quel que soit le pays où l’on vit. Partant de l’incident tragique qui a abouti à la chute du gouvernement roumain en 2015, nous avons souhaité observer comment les autorités, les journalistes et les citoyens ont vécu l’année qui a suivi. Nous avons rapidement compris que nous devions rendre compte du scandale qui avait eu lieu mais qu’il impliquait un questionnement encore plus profond sur la relation entre les citoyens et l’État.

« LIBERTÉ D’EXPRESSION, DROIT À LA SANTÉ, RECHERCHE DE LA VÉRITÉ ET DÉFENSE DE LA DÉMOCRATIE »
Dans ce contexte, le scandale du club Colectiv est devenu emblématique de ce« réveil social ». Même si les événements décrits dans le film ont été largement médiatisés en Roumanie et internationalement, nous ressentions le besoin de retranscrire cinématographiquement cette histoire roumaine pour un public international. Les valeurs universelles que cette histoire roumaine défendait nous semblaient évidentes : liberté d’expression, droit à la santé, recherche de la vérité et défense de la démocratie. Nous espérons évidemment que le film sensibilise les spectateurs aux dérives de l’abus de pouvoir et à l’importance de la liberté de la presse.


LES PERSONNAGES PRINCIPAUX

CĂTĂLIN TOLONTAN 
Tolontan est rédacteur en chef du quotidien GazetaSporturilor. Il a gagné une vraie renommée/notoriété en conduisant/initiant une série d’enquêtes sur la corruption dans les milieux sportif et politique roumains, qui a abouti à la démission de plusieurs ministres et à des procès qui ont conduit à l’emprisonnement de plusieurs hommes politiques.
Suite à l’incendie du club Colectiv, Tolontan et ses collègues journalistes, Mirela Neag et Răzvan Luțac décident d’enquêter sur le rôle/la responsabilité des institutions étatiques dans la tragédie de l’incendie. Leur enquête sur le traitement médical administré aux victimes de l’incendie dans les hôpitaux de Bucharest fait date/est une enquête charnière dans l’histoire des enquêtes journalistiques en Roumanie. Leur enquête minutieuse sur la société HEXI PHARMA a conduit à l’effondrement total du système de santé roumain / a fait voler en éclats le système de santé roumain.

CAMELIA ROIU
Roiu est devenu la première lanceuse d’alerte de Roumanie suite à l’incendie du club Colectiv. C’est elle qui à révélé à Cătălin Tolontan et aux journalistes la vérité autour du décès des patients des suites de l’incendie. Une information que les autorités roumaines se sont empressées de garder secrète. Le courage de Roiua incité d’autres docteurs à dénoncer les fraudes dans le système de santé en Roumanie.

TEDY URSULEANU
Tedy est une survivante de l’incendie. Sa tête et son corps ont été gravement brûlés, et ses doigs amputés. Elle reste néanmoins positive et heureuse d’avoir survécu. Elle entreprend une thérapie par l’art et souhaite que son parcours puisse en inspirer d’autres.

VLAD VOICULESCU
Voiculescu a travaillé à Vienne en tant que vice-président des investissements dans la banque d’Erste pendant des années. À l’âge de 27 ans, il fonde le “Réseau Cytostatic”, composé d’une douzaine de personnes faisant venir d’Autriche, d’Allemagne et de Hongrie des médicaments pour soigner des patients roumains atteints de cancer et qui n’avaient pas accès aux soins. En tant qu’ancien activiste pour les droits des patients, il devient Ministre de la Santé suite à la démission forcée de son prédécesseur. Il ouvre la porte de son bureau à Alexander Nanau, lui donnant un accès inédit et permanent au Ministère de la Santé.

NARCIS HOGEA
Narcis Hogea est le père d’Alex Hogea, 19 ans. Son fils a été gravement brûlé suite à l’incendie du club Colectiv et a été emmené à l’hôpital universitaire de Bucharest. Narcis a voulu transférer son fils à l’hôpital de Vienne, et a vu sa demande rejetée par la direction de l’hôpital de Bucarest. Alex a finalement été transféré une semaine après l’incendie à l’hôpital de Vienne, où il est décédé des suites d’une infection bactérienne.