Film soutenu

Le retour des hirondelles

Li Ruijun

Distribution : ARP sélection

Date de sortie : 08/02/2023

Chine | 2022 | 2h13 | DCP | 5.1 | 1.55 | Couleur

C’est l’histoire d’un mariage arrangé, entre deux êtres méprisés par leurs familles. Entre eux, la timidité fait place à l’affection. Autour d’eux, la vie rurale se désagrège…

Festival international du film, Berlin 2022 – Ours d’argent

Wu Renlin Ma Youtie • Hai Qing Cao Guiying


Réalisateur, scénariste Li Ruijun • Image Wang Weihua • Décors Han Dahai • Montage Li Ruijun • Direction artistique Li Ruijun • Prise de son et mixage Wang Changrui • Musique Peyman Yazdanian • Producteur délégué Xiang He • Produit par Qin Hong • Producteurs Zhang Min, Li Yan

Li Ruijun

Li Ruijun est un scénariste et réalisateur chinois né en 1983 dans la province du Gansu. Il est diplômé de l’Université de Shanxi spécialisée dans la communication.
Il a réalisé six films, qui traitent tous des rapports entre la terre et les hommes, et parlent des valeurs rurales et familiales dans une Chine qui ne cesse de se transformer. Il tourne presque toujours dans sa ville natale, Gaotai, et il choisit ses plus proches collaborateurs parmi son cercle amical et familial.

Filmographie

2017 Passage par le futur
Festival de Cannes (Section Un Certain Regard)
2015 River Road
Festival de Tokyo et de Berlin (Section Génération)
2012 Fly with the Crane
Festival de Venise (Section Orizzonti)
2010 The Old Donkey
Festival de Rotterdam (Section Bright Future)
2007 The Summer Solstice

Le retour des hirondelles par Li Ruijin

Le titre chinois du film signifie « Caché dans le pays des cendres et de la fumée ». Cela signifie que les époques passées, les vies passées, ne sont pas disparues. Elles sont simplement enfouies dans les cendres. Ce que nous ne voyons plus ne cesse pas pour autant d’exister. Ce titre compliqué a un sens bien plus simple qu’il n’y paraît.

Je retourne toujours filmer la terre où je suis né. Les deux héros de mon film viennent d’une campagne que les habitants ont désertée. Ils ont tous pris le train pour la ville. Mes deux protagonistes ont raté ce train. C’est un peu comme si deux personnes à bicyclette tentaient de rattraper un TGV.

En Chine, il y a environ 80 000 écrans de cinéma, mais on y voit rarement des vies semblables à celle de mes deux personnages. Aujourd’hui, alors que nos traditions ancestrales et locales disparaissent au profit d’une urbanisation à marche forcée, je voulais conserver une trace de ces existences rurales et simples, rendre hommage à cette terre qui a nourri mon âme et reste ma principale source d’inspiration.

Nous avons tourné le film au rythme des saisons, en suivant le cycle des cultures et des migrations d’oiseaux. Avec l’aide de l’acteur principal, Wu Renlin, qui est mon oncle, de son fils qui joue le second neveu, ainsi que de mon frère et de mon père, nous avons construit la ferme et fait pousser les cultures jusqu’à leur moisson. Nous avons travaillé comme des paysans, et consacrés notre temps à la terre, comme les héros du film.
Nous avons divisé le tournage en cinq parties et nous avons tourné durant 85 jours, de mars à octobre 2020. La pandémie a mis à mal notre production. C’est difficile de payer l’équipe lorsque l’argent manque au quotidien. Et pendant le tournage, nous devions continuer à prendre soin des animaux et des cultures.

Sur ce film, je suis réalisateur mais aussi scénariste, monteur, et directeur artistique. Cela m’a permis de faire des économies dans le budget, ce qui était nécessaire car nous avions du mal à trouver des investisseurs. J’ai pu créer un style visuel qui me semblait juste, par rapport au film. C’était vraiment épuisant et j’ai sans doute parfois manqué de créativité, enfermé par mes propres limites..
Mais au moins je n’ai pas eu besoin de gérer des problèmes de communication entre ces différents postes…

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Le retour des hirondelles en Chine


Le 30 septembre, le journal hongkongais South China Morning Post titre :
« Un film a disparu et personne ne sait pourquoi ».
L’article révèle que Le Retour des hirondelles a été retiré des écrans et des plateformes le 26 septembre. Il explique que le film, après sa présentation au Festival de Berlin en Compétition, aurait dû sortir en Chine le 25 février 2022, mais qu’il n’a reçu son visa d’exploitation que des mois plus tard. Il sort enfin le 8 juillet, et remporte un grand succès : le film, qui a coûté 2 millions de yuans, en rapporte 100 millions en 62 jours.
Mais en Chine, le film fait débat. En 2021, le parti avait annoncé « La fin de la pauvreté absolue », ce que le film semble remettre en cause. Comme le rapporte le journal :
« Certains s’interrogent sur l’intérêt qu’il y a à dépeindre des paysans démunis comme ceux qu’on met en scène dans le film. D’autres, au contraire, mettent en avant l’humanité que ce film donne à des êtres dont on se moque ou que l’on méprise trop souvent ».
Un cinéaste chinois interrogé résume ainsi la situation. « Ce film a été censuré, puis plébiscité par le public, et désormais il est interdit. C’est un signal très pessimiste pour tous les réalisateurs chinois ».
Le 4 octobre, le journal Le Monde titre : « En Chine, la censure a le dernier mot en salles ».
Son correspondant, Frédéric Lemaître, écrit : « Le film n’a jamais plu à la censure chinoise. Après avoir reporté sa sortie, sa fin a été modifiée. Avant, le dernier plan du film, sur une bouteille de pesticides, laissait entendre que le héros se suicide, ce qui, bien sûr, est politiquement incorrect. Les spectateurs chinois ont donc eu droit à un happy end de pacotille, à la veille du congrès du parti. Dans la Chine de Xi Jinping, nul n’a le droit d’être malheureux, sauf les cinéphiles bien sûr ».