Film soutenu

The Future

Miranda July

Distribution : Haut et Court Distribution

Date de sortie : 17/08/2011

Allemagne /Etats-Unis - 2011 - 1h31 - 35 mm - 1.85 - Dolby SRD

Sophie et Jason, un couple trentenaire, vivent dans un petit appartement à Los Angeles.
Dans un mois, ils adopteront Paw Paw, un chat abandonné.
Un peu paniqués à l’idée de perdre leur liberté, ils quittent leur travail et se donnent 30 jours pour accomplir leurs rêves.
Sophie et Jason vont tenter toutes les expériences jusqu’à traverser l’espace-temps pour donner une nouvelle chance à leur futur.

8 nominations à la Berlinale 2011
4 nominations
au Festival du Film de Cabourg

Avec : Sophie Miranda July Jason Hamish Linklater Marshall David Warshofsky Gabriella Isabella Acres Joe, la Lune Joe Putterlik

Réalisation et Scénario Miranda July Photographie Nikolai von Graevenitz Chorégraphie Steven Reker Décors Max Juren Costumes Christie Wittenborn Maquillage Akiko Matsumoto Montage Andrew Bird Musique Jon Brion Producteurs Roman Paul, Gerhard Meixner, Gina Kwon Production The Match Factory, Medienboard Berlin-Brandenburg, Razor Film Produktion GmbH

Miranda July

Miranda July est une artiste américaine polyvalente : elle s’intéresse au film, au son, à la performance et à l’écriture. Tout commence en 1995 lorsqu’elle crée son propre réseau de distribution de films, Big Miss Moviola, pour aider les artistes vidéo américaines indépendantes. Elle réalise alors plusieurs courts-métrages dont THE AMATEURIST (1999), présenté dans les plus importants festivals d’art vidéo dont celui de Rotterdam, puis NEST OF TENS (2000), documentaire étonnant de maturité, et GETTING STRONGER EVERY DAY (2001), une fable contemporaine sur des personnages en quête d’identité. Elle arrive dans le monde du long-métrage en tant qu’actrice dans JESUS’ SON d’Alison MacLean et comme scénariste pour LE CENTRE DU MONDE de Wayne Wang. Son premier long métrage, MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES, présenté en exclusivité au Festival de Sundance en 2005, reçoit l’International Filmmaker’s Award et est récompensé à Cannes de quatre prix dont la prestigieuse Caméra d’or. Elle est également scénariste et interprète de ce conte moderne où les destins de petits banlieusards s’entrecroisent, donnant la réplique à John Hawkes (Identity) et Ellen Geer (Harold et Maude). Ses vidéos, ses spectacles et ses projets multimédias ont notamment été présentés au MoMa, au Guggenheim et aux Biennales 2002 et 2004 du Whitney Museum de New York. Ses nouvelles ont été publiées dans The Paris Review, Harper’s et The New-Yorker et son recueil, sorti dans une vingtaine de pays, UN BREF INSTANT DE ROMANTISME (Flammarion, 2008) a gagné le Frank O’Connor International Short Story Award. Miranda July a également créé le site web participatif, learningtoloveyoumore.com avec l’artiste Harrell Fletcher ; le site Internet fait désormais partie de la collection du Musée d’Art Moderne de San Francisco et le livre LEARNING TO LOVE YOU MORE (Prestel, 2007) rassemble une sélection des plus belles, des plus drôles et des plus émouvantes réponses des internautes ; ELEVEN HEAVY THINGS, une sculpture interactive que Miranda July a initialement créée pour la Biennale de Venise 2009, fut exposée dans le Union Square de New York pendant l’été 2010. Elle a grandi à Berkeley en Californie et vit aujourd’hui à Los Angeles. THE FUTURE a été présenté en avant-première et en compétition au Festival Sundance 2010 ainsi qu’au Festival International du Film de Berlin 2011.

Entretien avec Miranda July

Quelle est l’origine de THE FUTURE ?
Après MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES, mon premier long métrage, je n’avais pas envie d’enchaîner tout de suite par un autre film. Je terminais un recueil de nouvelles, UN BREF INSTANT DE ROMANTISME et réalisais une sculpture interactive dont le thème central est le temps, THE HALLWAY. Puis j’ai mis en scène une pièce de théâtre, THINGS WE DON’T UNDERSTAND AND DEFINITELY ARE NOT GOING TO TALK ABOUT, qui racontait l’histoire d’une relation amoureuse. Le dispositif était assez risqué puisque le couple était choisi dans le public, c’était donc chaque soir une proposition différente ! L’idée de THE FUTURE a germé lors des représentations, j’ai eu envie d’écrire un scénario à partir de ce concept original et mettre en scène une histoire d’amour dans toute sa complexité. Peu à peu, j’ai compris que dans cette histoire la chose la plus importante n’était pas l’amour mais le désir du personnage de Sophie d’échapper à sa propre dimension. Cette attitude est finalement assez proche de ce que la célébrité semble promettre : c’est le regard des autres qui vous illumine, ce n’est pas à vous de créer votre propre éclat.

Un voyage dans le temps…
Petite, j’avais un cahier intitulé COMMENT VOYAGER DANS LE TEMPS/ENTRER DANS D’AUTRES MONDES. Je l’ai gardé et je continue à croire qu’il existe un moyen de voyager dans le temps. Le véritable défi qui nous anime, c’est d’avancer minute après minute, jour après jour, et ça c’est déjà de la science-fiction. THE FUTURE parle de cela. Arrivée à trente ans, je me suis aperçue que le temps était devenu l’un des éléments principaux de ma vie. J’ai pris conscience avec plus d’acuité de la finitude des choses. Cela signifie peut-être que je commence à devenir adulte.

Pourquoi ce titre et comment le film aborde-t-il le sujet du futur ?
Je voulais un mot simple, j’ai donc fait des recherches sur Internet : le passé, le présent, le futur sont apparus parmi les différents résultats. Le futur est à la fois complexe, prometteur et effrayant. On pense au futur plus qu’à toute autre chose, et en même temps on n’y est jamais réellement. C’est toujours nouveau mais on est toujours plus vieux quand ça arrive. L’idée du futur d’un jeune couple est par nature très oppressante, alors que vivre à deux, et donc grandir ensemble, c’est plutôt exaltant. Vous avez publié un recueil de nouvelles et réalisé d’autres projets artistiques.

En quoi écrire un scénario est-il différent ?
Ecrire un scénario, c’est comme être la première personne dans le jeu du téléphone arabe. Vous essayez d’être simple pour que le propos ne soit pas déformé au fur et à mesure qu’il est répété. Dans un roman, un narrateur intelligent peut énoncer toutes les idées, aussi complexes soient-elles ; dans un scénario, les sentiments et les idées doivent être signifiés à travers les personnages, les lieux et les choses que vous créez de toute pièce. Quel que soit le mode d’expression, l’essentiel est d’être sincère, libre et inventif.

Avec THE FUTURE, vous tendez vers le surréalisme.
A l’exception de MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES, mon travail est empreint d’éléments abstraits ou qui appartiennent à la science-fiction. Cette matière imaginaire me nourrit et devient vecteur d’émotions. Par exemple, quand vous racontez une histoire vraie, vous avez tendance à exagérer les faits parce que la vérité ne montre pas forcément la profondeur de ce qui s’est réellement passé.

Internet et son influence sur les relations humaines sont des thèmes majeurs dans vos deux films.
Exister sans être connectée à Internet est un véritable challenge pour moi. En tant qu’artiste, Internet est un média à la fois fascinant et stimulant. Je serai toujours un peu cette jeune fille de vingt ans qui cherche à lancer des révolutions à travers des fanzines… Et aujourd’hui, l’idée me plaît de pouvoir rédiger un « tweet » et d’avoir des réponses immédiates. Cela dit, j’utilise Twitter, Facebook et mon site Internet à ma façon. Je suis un peu lente, ce qui n’est pas vraiment optimal du point de vue de la constitution de réseaux. Dans la culture « on line », on se montre et on « réagit à ». Il me semble que les femmes et les filles ont une relation particulière à cela. Les adolescentes découvrent souvent leur pouvoir à travers le fait d’être regardées. Si vous avez le problème assez classique du « maman et papa ne font pas vraiment attention à moi», il n’y a qu’un pas pour devenir accro à Internet. Tapez sur YouTube « moi qui danse dans ma chambre » et vous verrez de quoi je parle… Vous n’avez presque pas besoin d’exister pendant que l’on vous regarde, les autres s’en chargent. Dans THE FUTURE, j’ai essayé d’inverser cet aspect d’Internet, de le ramener à ses origines. Sophie se sert de YouTube pour créer sa chorégraphie. C’est une des choses qu’elle rêve d’accomplir avant l’arrivée de PAW PAW. Cette chorégraphie est sa dernière chance d’être regardée comme une enfant. Mais comme elle échoue, cela la paralyse complètement, elle est anéantie et doit trouver de toute urgence un autre moyen d’être regardée et prise en charge.

Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser le chat comme catalyseur de l’angoisse face à une responsabilité imminente plutôt que, par exemple, un bébé ?
Un jour, j’étais en train d’écrire et ça ne venait pas. Je me sentais tellement incapable. Donc je me suis dit « Ok, commence par là. Comment sonne le mot incapable ? » J’ai écrit un long monologue plaintif dans une voix hésitante, sans même savoir ce que cela allait donner. Le lendemain, avec ma productrice Gina Know nous avons assisté à un étrange accident : en voulant éviter un chien, une voiture a finalement percuté un chat. En déposant le chat mort dans un sac, j’ai dit à Gina quelque chose comme « nous devrions ressusciter ce chat ». Je ne sais comment, mais cette phrase est sortie avec cette voix vacillante et elle est devenue celle de Paw Paw.

A quel point êtes-vous proche des personnages de votre film ?
Tout a été créé autour du personnage de Sophie. C’est ce qui m’a aidé à trouver le ton, les acteurs et à construire l’univers du film. Par moments Sophie me ressemble, mais c’est le film dans son ensemble dont je me sens le plus proche. Je pense qu’un film peut être le portrait fidèle de son réalisateur alors qu’un personnage est plus proche d’une photo de la personne que de la personne elle-même.

L’artiste qui se bat contre ses propres peurs est un thème récurrent dans votre travail.
Ce combat ne s’arrête jamais, les victoires sont éphémères. Chaque projet m’amène au suivant. C’est une lutte quotidienne pleine de doutes et de découvertes. Je suis entourée de femmes très intelligentes, elles travaillent toutes mais ne font pas tout à fait ce qu’elles voudraient. Aujourd’hui elles doivent choisir : être enceintes et abandonner leur carrière ou réaliser leurs rêves et risquer de ne pas avoir d’enfant. Dans THE FUTURE, Sophie, professeur de danse, doit démissionner pour réaliser son rêve. Plus tard, lorsqu’elle essaye de réintégrer son ancien travail, on lui propose un poste d’hôtesse d’accueil… rappelez-vous THE FUTURE est un film d’horreur !

Comment s’est passé le casting ?
J’ai travaillé avec Jeanne McCarthy sur le casting. Hamish Linklater et David Warshofsky sont deux acteurs que nous avions évoqués dès le départ. Quand je les ai rencontrés, j’ai su immédiatement que j’avais trouvé les bonnes personnes. Trouver Joe a été une autre histoire. Pour un tout autre projet, j’ai contacté des gens qui vendaient des objets en passant des petites annonces dans le PennySaver (journal de petites annonces très confidentiel), je les interviewais et les prenais en photo. Joe Putterlik était l’un d’entre eux. J’ai envisagé de faire passer un casting à toutes les personnes publiant des annonces dans le PennySaver pour interpréter leur propre rôle, mais seul Joe a passé des essais. Je suis venue le voir avec ma caméra et je lui ai demandé de rejouer notre première rencontre, il a improvisé et ses répliques étaient incroyables… Joe Putterlik ne m’a pas seulement inspirée dans l’écriture de son personnage, il m’a également permis de faire évoluer le récit. Dans THE FUTURE, les cartes postales sont celles qu’il fabriquait pour sa femme depuis soixante ans. Ceci n’est qu’un tout petit exemple de sa générosité. Il est mort le jour de Thanksgiving, le lendemain de la fin du tournage.