Film soutenu

A Fidai Film

Kamal Aljafari

Distribution : Documentaire sur grand écran

Date de sortie : 04/03/2026

Palestine, Allemagne, Qatar, Brésil, France | 2024 | 1h18

Alors qu’à l’été 1982, elle envahit Beyrouth, l’armée israélienne s’empare des archives du Centre de recherche palestinien, constituées de nombreux documents historiques sur la Palestine, dont une riche collection de photographies et de films. Ces images sont alors renommées et indexées par le ministère de la défense israélien, au profit d’une nouvelle vision de l’histoire. A Fidai Film propose de réparer cette spoliation et de restituer le récit d’origine dont elles sont porteuses.

FIDMarseille – Prix d’aide à la distribution Ciné+/GNCR – Prix Renaud Victor 2024.
Récompensé du Prix GNCR/Ciné+ au FID Marseille 2024, Fidai Film de Kamal Aljafari fait l’objet de projections spéciales événementielles durant le festival Best Of Docs 2026. Le GNCR apporte son soutien au film et aux salles adhérentes qui souhaitent le programmer.

Réalisation Kamal Aljafari | Montage Kamal Aljafari, Yannig Willmann | Son Attila Faravelli | Musique originale Simon Fisher Turner | Mixage son Jochen Jezussek | Avec les voix de Darin Dibsy, Kamal Aljafari | Productrice exécutive et assistante montage Flavia Mazzarino

Kamal Aljafari

Kamal Aljafari a étudié à l’Academy of Media Arts de Cologne et a enseigné à la New School de New York et à la Deutsche Filmund Fernsehakademie de Berlin. Il a reçu une bourse Radcliffe à l’université Harvard et, plus récemment, une bourse du Columbia Institute for Ideas and Imagination à Paris (2024-2025). Son installation « The Camera of the Dispossessed » a été présentée à la 35e Biennale de São Paulo en 2023. En septembre 2025, il est résident à l’Académie des beaux-arts de la Cité internationale des arts de Paris. En 2024, le festival IndieLisboa organise une rétrospective intégrale de son œuvre, à la Cinémathèque portugaise. Une nouvelle rétrospective a lieu à la Cinémathèque espagnole de Madrid en 2025. Après A Fidai Film, long métrage de 2024 présenté dans plus d’une centaine de festivals et lauréat d’une dizaine de prix internationaux, With Hasan in Gaza (2025) a été sélectionné en Compétition au Festival du film de Locarno, et y a reçu le label Europa Cinemas. Ce film a lui aussi remporté de nombreux prix et était sélectionné pour l’European Film Awards.

Filmographie

Longs métrages
2025 With Hasan in Gaza
2024A Fidai Film
2020An Unusual Summer
2015Recollection
2010 Port of Memory
2006
The Roof

Courts métrages
2024UNDR
2023 Paradiso, XXXI, 108
2019 It’s a Long Way from Amphioxus
2007 Balconies
2003Visit Iraq

L’avis du GNCR

Organisées dans un flou volontaire — on ne connaît jamais vraiment leur statut et leur origine mais, après tout, pour paraphraser Godard, « tout ce qui intéresse le·a spectateur·rice est toujours dans le film » — les images qui nous sont présentées nous parlent d’un temps revenu d’entre les morts. Tout part des images de Jaffa, ses rues, ses bâtiments, sa végétation, son bord de mer, c’est presque un Eden. Cette scène a la beauté à la fois fragile et puissante d’un plan Lumière. Le·a spectateur·rice prend alors conscience d’une chose vertigineuse et ce, quelle que soit sa position vis-à-vis du peuple palestinien : il réalise que le temps a fini par inscrire ce dernier dans nos inconscients collectifs comme un peuple vivant de toute éternité sur des décombres, un peuple sans maisons, sans patrimoine culturel, sans passé… et donc sans avenir. On comprend alors mieux l’objet délétère de cette confiscation d’archives.

Séverine Rocaboy, directrice du Cinéma Les Toiles, Saint-Gratien


Note d’intention

« Ce n’est pas un film sur le passé, mais sur l’avenir, qui n’est pas encore écrit. Je déconstruis le regard colonial. C’est un travail qui ne peut se faire qu’en plaçant un miroir devant les archives coloniales. Que reste t-il de ces images, archivées par les institutions israéliennes, et qui documentent en profondeur tout ce qui pouvait l’être dans ce pays réduit en miettes année après année. Que nous permettent-elles de voir, de ressentir et de comprendre de la réalité palestinienne ? Cette contre-archive est ce que j’appelle “la caméra des dépossédés”.»

Kamal Aljafari, réalisateur


Entretien avec Kamal Aljafari

Tout votre cinéma est impliqué dans la situation palestinienne. Pour ce nouveau projet, A Fidai Film – qui est lié à un précédent, Paradiso, XXXI, 108 (2022), vous utilisez des archives de films et vidéos palestiniennes (des années 1920 aux années 1980), volées par l’armée israélienne à Beyrouth pendant la guerre de 1982. Comment ce projet a-t-il commencé ? Comment avez-vous eu accès à ces images ?

Pour réaliser A Fidai Film, j’ai fait de longues recherches en regardant des films, avec l’intention de créer une contre-archive – car nous, Palestiniens, avons été soumis à de multiples pillages et à une destruction systématique de notre histoire, à la fois collective et privée. Depuis 1948, nos maisons et nos institutions ont été pillées et volées. La même chose s’est produite en 1982, pendant l’occupation israélienne de Beyrouth, lorsque le Centre de Recherche Palestinien a été pillé puis bombardé. Cet événement est la prémisse de A Fidai Film. Dans le film, j’utilise différentes séquences, certaines tournées avant 1948, d’autres sont du matériel de propagande réalisé par les Israéliens, ainsi que des films de fiction. Quant au matériel pillé à Beyrouth, je n’y ai pas eu accès directement. J’ai dû contacter différents Israéliens qui conservaient ces matériaux chez eux et je n’ai pu en sauver qu’une partie. Finalement, ces chercheurs israéliens ont été les seconds pillards des archives palestiniennes, utilisant ces matériaux pour faire carrière au lieu de les rendre aux propriétaires. Je ne vois pas de différence entre eux et l’armée israélienne.

Les matériaux utilisés sont en eux-mêmes des matériaux politiques, et ici évidemment encore plus. Dans ce projet de contre-narratif, comment avez-vous choisi les séquences, les fragments ?

Je travaille de manière intuitive, et l’apparence actuelle du film est le résultat d’un long processus, mais la principale motivation était vraiment le sentiment d’injustice, et le cinéma peut jouer un rôle dans le mouvement de libération – pour cela, je prends la liberté de revendiquer, de saboter, de narrer. Cela devient finalement le film.

Un des points notables concernant les archives est la manière dont elles sont nommées, et les commentaires des auteurs. Comment avez-vous travaillé avec ce matériel ?

Après le pillage des archives, les pillards voulaient les utiliser pour étudier les Palestiniens, pour évaluer la valeur des images à des fins de renseignement. Certaines des séquences comportent des légendes faites par l’armée israélienne à des fins d’investigation. C’est une maladie de tout projet colonialiste de peuplement que d’étudier les indigènes et la terre, afin de mieux les contrôler et finalement les exterminer. J’utilise tout cela comme preuve de ce crime, et je l’ai saboté dans le film pour créer de l’espoir et offrir une alternative dans la restitution de ces images.

Dans un projet précédent intitulé Recollection (2015), vous avez utilisé des films de fiction tournés en Palestine, dont vous avez effacé les acteurs afin de faire passer à l’avant-plan les lieux et les soi-disant figurants, c’est-à-dire les Palestiniens. Ici, votre travail avec ces images est, comme vous le dites, une « forme de sabotage cinématographique » afin de créer « la caméra des dépossédés ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Dans Recollection, j’ai utilisé des films de fiction israéliens qui ont joué un rôle important dans le projet d’occupation, dans ce cas de la ville de Jaffa, où les Palestiniens ont été déracinés deux fois, une fois en réalité et une seconde fois en fiction. Mon rôle était de retirer les acteurs et de faire des passants et de la ville occupée le sujet principal de mon film. Ce travail, et celui que j’ai réalisé dans A Fidai Film, est ce que j’appelle la caméra des dépossédés. C’est une sorte de manifeste du cinéma de libération, et du pouvoir politique du cinéma à faire exister ce qui a tenté d’être effacé.

Le design sonore tient une place importante. Comment l’avez-vous développé ?

Le processus était le même pour les images et les sons : nous avons collecté différents sons et éléments musicaux pour redonner vie aux séquences d’archives, qui autrement seraient mortes. Le son a joué un rôle majeur pour rendre les séquences présentes et lisibles à nouveau. Nous avons avancé pas à pas, en allant et venant entre le montage de l’image et du son pour arriver au point où le son appartient à l’image dans un sens poétique. Nous avons travaillé de manière collaborative avec l’artiste sonore et le mixeur.

Et que pouvez-vous dire de l’épilogue que vous avez ajouté, en deux temps, les séquences et la conversation transcrite ?

L’épilogue est venu de manière très naturelle. Nous avons terminé le montage du film en août 2023. Il était clair pour moi que les schémas de punition collective vus dans les séquences, dès le mandat britannique dans les années 30, allaient continuer, incendiant les maisons des Palestiniens. Aujourd’hui, cela a pris une autre dimension, celle d’une guerre génocidaire. Quant au texte, il s’agit d’une conversation téléphonique que j’ai eue avec un ami vivant en Palestine, qui a commencé à voir des choses, à avoir des hallucinations, dans sa réalité cauchemardesque.

Nicolas Feodoroff pour le FIDMarseille 2024