Film soutenu

Drunken Noodles

Lucio Castro

Distribution : Outplay Films

Date de sortie : 22/04/2026

États-Unis | 2025 | 1h22

Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres — à la fois artistiques et érotiques — ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne.

Festival de Cannes 2025 – ACID Cannes

Co-soutenu avec l’ACID

Liste artistique
Laith Khalifeh Adnan | Ezriel Kornel Sal Salandra | Matthew Risch Iggie | Joel Isaac Yariel

Liste technique
Réalisé par Lucio Castro | Écrit par Lucio Castro | Sociétés de production Lucio Castro Inc. / Alsina 427 | Producteurs Lucio Castro, Barton Cortright | Coproductrices Joanne Lee, Julia Bloch | Directeur de la photographie Barton Cortright | Décors Paloma Ruvira | Montage Lucio Castro | Montage et mixage son Robert Lombardo | Musique originale Yegang Yoo et Robert Lombardo | Distribution France Outplay Films

Lucio Castro

Né à Buenos Aires, en Argentine, Lucio Castro a obtenu un BFA au Center for Film Experimentation de Buenos Aires avant de s’installer à New York pour étudier à The New School. Son premier long métrage, Fin de siècle (Fin de siglo), a été présenté en première à la section New Directors/New Films au Museum of Modern Art en 2019 puis est sorti dans les cinémas français en septembre 2020. Le film a aussi été projeté au Buenos Aires International Festival of Independent Cinema, où il a remporté le prix du meilleur film dans la compétition nationale. Son deuxième long métrage, After This Death, basé sur un scénario original qu’il a écrit, a été présenté en première au festival de Berlin en 2025. Drunken Noodles est son troisième long métrage, il a été présenté en première mondiale au Festival de Cannes, dans la sélection de l’ACID. Il enseigne également comme professeur adjoint dans le programme de cinéma de deuxième cycle à la NYU Tisch School of the Arts.

Filmographie

2025Drunken Noodles (long-métrage)
2025After This Death (long-métrage)
2019 End of the Century (long-métrage)
2019 Trust Issues (court-métrage)



L’avis du GNCR

Drunken Noodles de Lucio Castro est un plaisir, pour les yeux, les sens et l’esprit. Un film qui sait, avec délicatesse et légèreté, mener une réflexion profonde sur le désir et l’art. Et aussi sur ce qui unit les deux, les qualités qu’ils exigent et développent : le lâcher-prise, la confiance dans l’autre, le goût du hasard, des rencontres fortuites, la capacité à prendre son temps et à rester ouvert, à percevoir la continuité entre le visible et l’invisible, le quotidien et le fantastique. Ce film absolument réjouissant réunit en une œuvre singulière et sans concession l’amoralité libératrice des meilleurs films d’Alain Guiraudie et la recherche de ce qui unit l’art et la vie telle qu’a pu la mener Kelly Reichardt dans le formidable Showing Up. La surprise permanente des méandres de son récit nous sauve à tout instant de la mélancolie qui nous guette, nous maintient en éveil et en émerveillement, si nous acceptons son contrat de base : abandonner nos attentes, nous éloigner des normes, et garder une curiosité de tous les instants.

Juliette Grimont, programmatrice du cinéma Le Gyptis, Marseille


Qu’est-ce qui a initialement inspiré l’histoire de Drunken Noodles ?

À l’été 2021, un ami m’a fait découvrir le travail de Sal Salandra, un artiste d’une soixantaine d’années qui venait de se mettre à créer des œuvres explicites au point de croix, une technique généralement associée à des sujets plus sages, comme des chatons jouant avec des pelotes de laine. J’ai été immédiatement fasciné. Je suis allé l’interviewer chez lui, à Long Island, en pensant en tirer un documentaire. Mais je suis reparti avec le sentiment que ce qui m’attirait dans son travail restait insaisissable. J’ai compris que ce que je voulais explorer ne pouvait pas s’exprimer à travers un documentaire : cela devait passer par la fiction. C’est ainsi que Drunken Noodles est né.

Le film se déroule sur deux étés. La lumière estivale et la photographie créent une atmosphère sensuelle et onirique. Quelle ambiance vouliez-vous évoquer ?

Je m’intéressais aux connexions entre les lieux, entre la ville et la forêt, mais aussi entre différents types de portails : des passages dans les bois, des passages en ville.
Je cherchais à capter cet espace liminal du désir et, plus largement, l’expérience la plus humaine qui soit : entrer en relation avec les autres. Je voulais que le film suive ces liens et ces portes secrètes avec élégance et une forme de fluidité, comme si ces ouvertures vers d’autres mondes avaient toujours existé. La photographie a été pensée pour poser le même regard sur la réalité et sur la fantaisie.

Adnan, le protagoniste, traverse une période de transition : il garde un appartement à New York, fait une pause dans ses études et vient de sortir d’une relation. Pouvez-vous nous en dire plus sur lui ?

Au cinéma, les personnages sont souvent introduits de deux manières : soit on révèle tout d’emblée, soit on laisse le public les découvrir peu à peu. Moi, j’écris sans savoir exactement où le film va me mener. J’utilise le présent, je pars d’un titre, puis j’avance de A à B, de B à C, sans plan préétabli. J’aime découvrir un personnage à travers ses interactions et la façon dont il traverse différentes situations. Adnan est un personnage très précis, c’est un étudiant de Bard College, une université new-yorkaise, qui fait un stage d’été, mais il est aussi très ouvert et réceptif au monde. Je trouve que cette curiosité et cette disponibilité ont quelque chose de profondément sensuel.

Comme dans votre premier long métrage, Fin de Siècle sorti en France en 2020, ce film joue avec le temps, brouillant passé, présent et futur. Comment envisagez-vous le temps dans votre manière de raconter ?

C’est tout simplement ma façon d’écrire. Je décris ce qui arrive à un personnage et, à certains moments, je ressens le besoin de faire une pause pour écrire quelque chose qui semble sans lien direct, tout en ayant confiance que les connexions finiront par apparaître. Même si ma méthode est simple et intuitive, je suis conscient et heureux que le résultat soit complexe. En tant que spectateur, j’adore faire des liens en regardant un film ; c’est stimulant et très satisfaisant. J’essaie d’offrir cette même expérience au public.

Quel est le rôle de l’art dans le film ?

Ma fascination initiale pour le travail de Sal Salandra m’a poussé à écrire ce film, et je voulais explorer, à travers la fiction, qui est ma véritable passion, ce que cette fascination signifiait pour moi. Être touché par une œuvre d’art, que ce soit une peinture, un morceau de musique ou un poème, c’est ressentir que quelqu’un exprime quelque chose qui résonne profondément en nous. C’est une expérience très émouvante, parce qu’elle dépasse la rationalité et nous atteint au plus intime. Par exemple, j’admire le poète chinois Li Bai, du VIIIe siècle, dont l’œuvre apparaît aussi dans le film. À travers ses poèmes, j’ai l’impression d’entrer en contact direct avec lui, par-delà le temps et l’espace. Adnan découvre le travail de Sal à un moment charnière de sa vie et, plus tard, lorsqu’il le partage avec Yariel, quelque chose d’aussi profond se produit : nos idées toutes faites sur le livreur de nourriture, et sur les livreurs en général, sont remises en question. L’art brise nos préjugés et devient un véritable vecteur de connexion.

Voyez-vous un lien entre l’art et le désir ?

Ce qui m’a frappé la première fois que j’ai vu les broderies érotiques de Sal, c’est leur absence totale de désir. Il représente des actes sexuels avec une telle légèreté et une telle innocence qu’il n’y a aucune place pour le manque. Mon film, au contraire, explore pleinement le désir.
À un moment, Sal dit à propos du faune : « Il peut te toucher, mais tu ne peux pas le toucher. » Pour moi, c’est l’essence même du désir : vouloir quelque chose qu’on ne peut pas avoir. Quand le désir est satisfait, il disparaît souvent ou se transforme en autre chose. Le film joue avec cette idée à travers différentes situations. Je voulais explorer cet espace fugitif et poétique du désir.

Le film est centré sur des rencontres et des connexions inattendues qui transforment les personnages. Qu’est-ce qui vous attire dans ce thème ?

À mes yeux, créer des liens avec les autres est l’acte humain le plus important. C’est ainsi que nous évoluons, que nous remettons en question nos préjugés et que nous développons de l’empathie. J’aime explorer l’impact parfois bouleversant que ces connexions peuvent avoir, même à travers des interactions simples et éphémères. Le cinéma est un médium idéal pour cela, parce qu’il permet de juxtaposer des moments à travers le temps et l’espace et d’en révéler les conséquences.
Il y a quelque chose de profondément radical dans le fait de se connecter sincèrement à quelqu’un, même lors d’une rencontre brève ou apparemment anodine. C’est peut-être la forme d’amour la plus pure, parce qu’elle ne s’accompagne ni d’attachement ni de possession. C’est simplement dire à quelqu’un : « Je te vois », puis continuer sa route, sans jamais recroiser cette personne.

Chacun des quatre chapitres du film comprend un moment où la réalité est interrompue. Pourquoi avoir choisi d’inclure ces ruptures ?

Je pense que cela relève d’un instinct queer : une tendance à remettre en question ce qui nous est présenté comme la réalité et à défier les normes qu’on nous impose. Je voulais créer, tout au long du film, une sensation d’instabilité quant à ce qui est réel, ce que je trouve très stimulant pour le spectateur. Adnan accueille ces ruptures, et son ouverture invite le public à les accepter comme faisant pleinement partie de sa réalité.

Quel rôle le cruising gay joue-t-il dans le film ?

Je trouve le cruising fascinant. Il est né du manque d’espaces dédiés aux rencontres sexuelles entre hommes, ce qui a conduit à des rendez-vous dans l’obscurité, en marge des villes. J’ai récemment appris que l’aire de jeux où j’emmène mes filles est un lieu de cruising très fréquenté la nuit. C’était comme découvrir un passage secret dans un quartier que je croyais bien connaître, quelque chose qui venait bouleverser ma perception de la réalité.
Quand Yariel donne à Adnan le mot : « Si un échange a lieu dans l’obscurité, est-ce que cela signifie qu’il durera pour toujours ? », il fait allusion à la dimension cachée du cruising. Je crois que le cruising gay est un acte profondément poétique : il a lieu en permanence et, en même temps, il n’a jamais eu lieu, puisqu’il reste invisible. Le film en montre aussi l’humour : après une rencontre intime, deux personnes redeviennent de parfaits inconnus. Cette tension entre fantasme et réalité dans le cruising est l’une des forces motrices du film.