Dans une grotte, il y a plus de soixante ans, Madame Hậu est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village avec ses petits-enfants, à qui elle transmet avec amour les savoirs ancestraux et la fragile langue Rục. Cheveux, papier, eau…
Locarno Film Festival 2025 – Léopard d’Or de la compétition Cinéastes du Présent
Locarno Film Festival 2025 – Boccalino d’Oro pour la Meilleure Cinématographie,
Hainan Island International Film Festival 2025 – Golden Coconut Award du Meilleur documentaire
Festival des 3 Continents 2025 – Montgolfière d’Argent
Liste artistique
Cao Thị Hậu, Cao Xuân Doanh, Cao Thị Hiệu, Cao Thị Bát
Liste technique
Un film de Nicolas Graux et Trương Minh Quý | Image Nicolas Graux | Son Ngô Quốc Kiên, Nguyễn Ngọc Tân, Lê Hoàng Anh | Producteur·ice·s Julie Freres, Thomas Hakim, Julien Graff | Productrices exécutives Nguyễn Thị Xuân Trang, Gaëlle Balthasart | Montage Trương Minh Quý | Montage son Ernst Karel, Trương Minh Quý | Mixage Ernst Karel | Étalonnage Lionel Kopp | Illustration de l’affiche Mi Fa | Conception de l’affiche Anhar Salem | Production petit chaos, dérives | En coproduction avec Wallonie Image Production, Lagi films | Avec le soutien de Ciclic – Région Centre-Val de Loire, Image/mouvement du CNAP, Procirep, Angoa, Pictanovo, Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Media, Wallonie, Brouillon d’un rêve de la Scam


Truong Minh Quy
Trương Minh Quý (Vietnam, 1990) réalise des films à la frontière du documentaire et de la fiction. En 2021, il sort diplômé du Fresnoy, Studio national des arts contemporains, à Tourcoing, en France. Son cinéma, entre personnel et collectif, puise dans les paysages de sa région natale, les souvenirs de son enfance, et l’histoire du Vietnam. Il a présenté ses films dans de nombreux festivals internationaux tels que Cannes, la Berlinale, Locarno, New York et Rotterdam. Việt and Nam (2024) a été sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Il a coréalisé avec Nicolas Graux son dernier film, Hair, Paper, Water….
Filmographie
2025 – Hair, Paper, Water…
2024 – Viet and Nam
2020 – Les Attendants
2019 – The Tree House
2014 – Mars dans le puits
Nicolas Graux
Nicolas Graux (Belgique, 1988) s’intéresse, à travers son cinéma, aux vies en marge et aux enjeux sociaux et politiques. Son regard patient et poétique oscille entre documentaire et fiction. Diplômé de l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) en Belgique, il a cofondé la société de production Replica. Son premier long métrage, Century of Smoke (2019), un portrait d’une communauté laotienne dépendante à l’opium, a été présenté en première mondiale à Visions du Réel en Suisse, puis sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, dont São Paulo, Munich et Cartagena. Depuis 2020, il collabore, par-delà les frontières et les formes, avec le cinéaste vietnamien Trương Minh Quý.
Filmographie
2025 – Hair, Paper, Water…
2019 – Century of Smoke
L’avis du GNCR
Le duo de cinéastes nous offre un tout autre objet cinématographique après le salué Viet and Nam de Trong Minh Quy (Un certain Regard 2024). On y découvre Madame Hậu, une vieille femme de l’ethnie Rục qui s’occupe de ses enfants et petits-enfants à qui elle a consacré toute sa vie. Tout en douceur, les réalisateurs la filme dans ses gestes quotidiens : cueillette, soin du bébé… Mais Hair, Paper, Water…, c’est aussi et surtout une affaire de transmission, à laquelle s’acharne Madame Hậu en tentant d’apprendre sa langue ancestrale à son petit-fils. Cheveux, Papier, Eau, mais aussi Lumière, Sang… sont martelés à l’écran et rythment le film, l’imprégnant de cet apprentissage comme de poésie. Ce film court (1h10) n’est pas non plus dénué de touches d’humour, ni de politique à travers le regard porté sur la modernité : immeubles, déforestation, travail ouvrier… Un geste cinématographique brut mais délicat, du réel à la poésie, tourné en 16mm, qui nous livre (aussi et surtout) une belle leçon d’altérité.
Mathilde Rolland, assistante de coordination et d’animation, MaCaO 7ème art – Association de salles de cinéma en Normandie
Note d’intention de Truong Minh Quy et Nicolas Graux
Nous nous souvenons de ce jour-là, plongés dans l’obscurité totale et le silence épais de la grotte. C’était la première fois que nous découvrions ce que signifiait réellement l’obscurité, au point de la sentir peser sur notre peau. Nous étions entrés dans cette grotte pour filmer le squelette d’un serpent, peut-être un python. Presque la moitié du squelette était déjà incrustée de dépôts de calcite. Au-dessus de nos têtes, l’eau tombait des stalactites, goutte après goutte. Dans une grotte comme celle-là, la peur la plus profonde est aussi une peur toute simple et concrète : que toutes les sources de lumière s’éteignent soudainement. Il y a toujours la possibilité qu’à quelques mètres à peine devant, dans le noir absolu, se cache un précipice.
Les grottes, vastes ou étroites, abondent dans cette région du centre du Vietnam, près de la frontière laotienne. Au fil de millions d’années, l’eau a creusé les montagnes calcaires, formant ces cavités naturelles dans les parois. Et c’est dans ces grottes que sont abrités les souvenirs d’enfance de Mme Cao Thị Hậu. Elle y est née et vit aujourd’hui dans un village proche du lieu de son enfance, accessible par de petits sentiers de terre dissimulés, serpentant à travers la jungle.
Un jour, il y a environ sept ans, en 2018, elle nous avait dit à moitié en plaisantant que si les vallées étaient submergées pendant la saison des crues, elle pourrait retourner dans sa grotte en bateau. L’image d’elle flottant sur des eaux vert jade, glissant entre des arbres et des panneaux de signalisation à demi engloutis, ramant lentement vers l’entrée d’une grotte, est restée gravée en nous.
Le film dégage l’esprit d’un film amateur des années 1960-70, traversé d’aperçus fugaces de la beauté du quotidien : des gens qui cuisinent et mangent, des enfants jouant dans les champs, des buffles se baignant dans la boue, des fleurs détrempées par la pluie, un nouveau-né qui pleure…
Puis, une révélation venue du quotidien : il y a environ cinq ans, par hasard, nous nous sommes souvenus que, sous notre lit, enfoui parmi des valises poussiéreuses et des objets oubliés, se trouvait un boîtier métallique.
À l’intérieur, une caméra Bolex 16 mm avec un jeu d’objectifs, prêtée par une amie cinéaste. En la prenant en main, nous avons pensé qu’il serait intéressant de relever le défi de réaliser un film avec cette vieille caméra, en acceptant toutes ses contraintes techniques : remonter le ressort à la main avant chaque prise, une durée d’enregistrement très courte (une vingtaine de secondes), une pellicule instable, un viseur minuscule et sombre qui rend la mise au point aussi délicate pour l’œil que pour les doigts.
Cette impulsion technique, mêlée à l’image de Mme Hậu regagnant sa maison sur les eaux, a donné forme et matière à « Hair, Paper, Water… ».
Dès le départ, avant que quoi que ce soit ne devienne concret, nous avons pris la décision de faire ce film pour le plaisir. Nous ne voulions pas que l’échelle du projet dépasse ses intentions. Il y a une certaine joie à faire quelque chose de simple, à portée de main, dans le calme et avec un rythme posé. La plupart du temps pendant le tournage, nous attendions : que la pluie arrive ou cesse, que la vallée se transforme en lac temporaire, que les enfants sortent de l’école, que Mme Hậu retrouve son veau égaré. Et pendant ces temps d’attente, nous avons entendu beaucoup de belles choses.
Le film se déploie comme un livre pour enfants, avec des images colorées et des mots simples :
Eau – Feu – Sang – Chauve-souris – Rêve – Cheveux – Souvenir – Pluie – Ciel – Terre -Lumière – Nuit…
Au montage, les images et les sons se sont assemblés en un courant spontané, et nous avons accepté de nous laisser porter par ce courant.
Dans le flux ininterrompu de la mémoire et de l’imagination, nous avons accueilli les changements que les deux années séparant les périodes de tournage avaient discrètement introduits dans la vie de nos protagonistes : les cheveux de Mme Hậu ont poussé, son visage s’est marqué de rides plus profondes ; quant au petit garçon, qui n’en est plus vraiment un, il porte désormais en lui les pensées mélancoliques de l’adolescence. Naître, grandir, puis s’en aller ; tel semble être le destin de la plupart des jeunes de son village natal.
En réalisant ce film, nous avons fait le chemin du retour, ne serait-ce que pour un bref instant.