Misael travaille seul. Muni de sa hache, il abat des arbres dans la forêt. Une responsabilité inattendue vient bouleverser sa vie, et le rythme de ses journées disparaît progressivement dans une nature où la raison humaine n’a plus de sens.
Festival de Cannes 2026, Quinzaine des Cinéastes
Liste artistique
Misael Saavedra Misael | Catalina Saavedra Micaela
Liste technique
Réalisation et scénario Lisandro Alonso | Image Cobi Migliora | Direction artistique Pascual Mena | Montage Catalina Marín, en collaboration avec Martín Mainoli et Manuel Ferrari | Costumes Natalia Rodriguez | Son Catriel Vildosola, Santiago Fumagalli | Musique Peter Rosenthal | Ventes internationales Luxbox Films



Lisandro Alonso
Lisandro Alonso est réalisateur et scénariste, figure clé du Nouveau Cinéma argentin.
Ses films ont été montrés au Festival de Cannes dès La Libertad (2001) dont la première a eu lieu à Un Certain Regard, suivis de Los Muertos (2004), Fantasma (2006) puis Liverpool (2008). En 2014, Jauja, avec Vigo Mortensen a gagné le prix FIPRESCI dans la section Un Certain Regard. Son film suivant, Eureka (2003) a été montré dans la section Cannes Première.
Filmographie
2026 – La libertad doble
2023 – Eureka
2014 – Jauja
2008 – Liverpool
2006 – Fantasma
2004 – Los Muertos
2001 – La Libertad
Entretien avec Lisandro Alonso
Pourquoi avez-vous eu envie de retrouver Misael avec La Libertad Doble ? Quand avez-vous eu l’idée de tourner à nouveau avec lui ?
Après avoir fini et présenté Eureka en 2023, j’ai ressenti le besoin de faire des films dans lesquels je pourrais m’impliquer complètement, y compris physiquement, pour retrouver la vitalité et le plaisir de l’élaboration, de la fabrication jusqu’au moment de la présentation au public.
C’est en parlant avec Ilse Hughan, ma partenaire de production de longue date, que j’ai envisagé de refaire l’expérience de ce que j’avais vécu lors de mon premier film en 2001. Et c’est grâce à mes coproducteurs Augusto Matte et Fernando Bascuñán que j’ai pu faire ce film. J’ai rencontré Augusto à Rio de Janeiro et nous avons parlé de la possibilité de ne pas ajourner sa production. Encore une fois, le résultat a été cette expérience incroyable, mais le résultat a aussi confirmé qu’on peut faire de bons films sans tomber dans les clichés.
Quelles expériences tirées de La Libertad et de vos films suivants vous ont servies pour La Libertad Doble ?
J’ai vécu une multitude d’expériences, au-delà de ce que j’aurais pu espérer. J’ai voyagé dans différents pays, tourné dans des langues différentes. J’ai rencontré des acteur.ices et travaillé avec des équipes de tous les pays, qui m’ont énormément appris et qui sont devenus des ami.es, en dehors du cinéma. Ils et elles sont nombreux.ses, certain.es connu. es internationalement, d’autres seulement de quelques personnes. Mais ils et elles sont tous. tes d’une merveilleuse humanité.
Vous dites en parlant de vous et de Misael que vous « n’avez plus vingt ans ». Dans quelle mesure le passage du temps a-t-il changé votre perspective et façonné votre nouveau film ?
Nous avons maintenant presque 50 ans tous les deux, mais nous sommes toujours restés en contact. Misael a travaillé sur plusieurs de mes films, même quand il n’avait pas le rôle principal. J’ai toujours pensé qu’il faisait partie de mon équipe et c’est ainsi que nous avons gardé ce lien au fil des années. Maintenant que nous n’avons plus 20 ans, il nous faut prendre d’autres choses en considération : nos proches, le monde dans lequel nous vivons, les conséquences des choix que nous faisons, pour nous et ceux qui nous entourent. Pour résumer, il faut assumer les conséquences de l’acte de vivre.
Le travail avec Misael pour ce film a-t-il changé depuis La Libertad ?
En réalité, pas tellement. J’ai passé plus de temps à le convaincre que pour le premier film que nous avons fait ensemble en 2001. Je crois qu’il pensait que je plaisantais. Une fois qu’il a compris que j’étais sérieux et que je lui ai expliqué que ce serait presque la même équipe, les mêmes personnes, les mêmes lieux, ainsi que la même structure et énergie que pour La Libertad, nous avons immédiatement convenu d’une date de tournage dans la province de la Pampa. Misael a la nationalité chilienne et il était très curieux du fait que les producteurs majoritaires étaient chiliens. Ensuite nous avons rencontré cette incroyable actrice et formidable personne qui joue sa sœur dans le film, Catalina Saavedra, qui par une coïncidence très significative, porte le même nom que lui, ce qui a créé un lien fort entre eux.
En quoi les souvenirs de création de La Libertad diffèrent-ils de ceux de La Libertad Doble ?
Je dois à La Libertad d’avoir eu l’envie de faire La Libertad Doble. S’il n’y avait pas eu ces souvenirs forts et joyeux, je n’aurais pas pu faire cette suite. Même si 2001 reste une année particulièrement désastreuse dans l’histoire de l’Argentine, je pensais qu’il fallait tout de même apporter quelque chose de notre temps, de ce qui nous est arrivé et de ce qui est arrivé à l’Argentine au cours des 25 dernières années. Je pense que l’histoire de La Libertad Doble ne parle pas seulement d’une personne et de son histoire personnelle. Je pense que si l’on se place du point de vue du public, il existe beaucoup de réflexions et de parallèles avec ce qui s’est passé et ce qui se passe encore pour de nombreuses personnes en Argentine.
Votre conception de la liberté a-t-elle évolué depuis votre premier film ?
Je ne pense pas qu’elle ait beaucoup changé. À chaque film que je fais, je me demande ce que veut dire le mot « liberté ». Je n’ai pas trouvé de définition du mot très encourageante ces dernières années. C’est étrange d’avoir à le dire, mais c’est devenu un mot très complexe à définir.
Pouvez-vous nous parler du montage d’un film comme La Libertad ?
Le montage a été très agréable, sans aucune pression ni intervention d’aucune sorte. Nous avons travaillé à Catalina Marin et j’ai été aidé de Martín Mainoli, le monteur de La Libertad et de Manuel Ferrari, avec qui je travaille depuis des années. Nous avons cherché à faire sentir ce qu’est une journée dans la vie de Misael et dans le même temps, de faire entrer le bouleversement qu’il vit dans son existence, avec les quelques outils qu’il a à portée de main. L’essentiel était de couvrir de façon simple les besoins qui émergent de cette petite quoique formidable histoire au moment où elle est racontée.
Pensez-vous que la lenteur cinématographique soit un mode d’expression ?
Je ne pense pas en termes de cinéma lent ou rapide. Je m’applique seulement à fabriquer et réaliser les films qui sont en moi et qui correspondent à mon rythme et à ma sensibilité, ma façon d’observer et d’absorber ce qui m’entoure.
Comment situez-vous La Libertad Doble dans le contexte du cinéma argentin ? Occupe-t-il une place différente de celle qu’occupe La Libertad ?
Le cinéma argentin comporte un large choix de possibilités esthétiques, ce qui est une bonne chose dans n’importe quelle cinématographie. Malheureusement, au cours des dernières années, ces possibilités esthétiques ont largement été attaquées par le gouvernement actuel. Il est difficile de situer La Libertad Doble dans le contexte d’un cinéma argentin qui ne fait plus de cinéma. Seul le temps et les Argentin·es nous diront si ce processus peut être inversé. En 2001, nous n’avions pas non plus beaucoup de choix. En tant que jeunes étudiant.es, nous apprenions à faire des films, puis nous les réalisions comme nous le pouvions. Heureusement nous jouissions d’une importante visibilité internationale, là où nous pouvions présenter nos films. Aujourd’hui ces plateformes de visibilité ont aussi radicalement changé.