Film soutenu

LE JOUR DE SON RETOUR

Hong Sangsoo

Distribution : Carlotta Films

Date de sortie : 14/10/2026

Corée du Sud | 2026 | 1h25

Suite à son divorce, une grande actrice coréenne retourne sur le devant de la scène, 12 ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient avec plusieurs jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation.

Liste artistique
Song Sunmi, Cho Yunhee, Park Miso, Kim Sunjin, Ha Seongguk

Liste technique
Réalisation Hong Sangsoo
Direction de la photographie, montage Hong, musique, production, scénario Hong Sangsoo

Hong Sangsoo

Né à Séoul en 1960, Hong Sangsoo est l’une des figures majeures du septième art coréen contemporain. Réalisateur, scénariste et producteur, il s’est imposé depuis Le Jour où le cochon est tombé dans le puits (1996) par un cinéma singulier, fondé sur l’observation des relations humaines, des conversations et des hasards du quotidien.
Souvent tournés avec une grande économie de moyens, ses films mettent en scène des personnages issus de milieux intellectuels, confrontés à leurs désirs, leurs souvenirs et leurs contradictions. Les rencontres se répètent, les situations se déplacent et les mêmes événements peuvent être racontés ou vécus sous des formes différentes. Hong Sangsoo explore ainsi avec humour et mélancolie les écarts entre ce que l’on croit être, ce que l’on dit de soi et ce que l’on est réellement. Reconnaissable à ses plans-séquences, ses zooms caractéristiques et, souvent, à son usage du noir et blanc, son cinéma accorde une place essentielle à l’improvisation et aux variations infimes du quotidien. Régulièrement présent dans les grands festivals internationaux comme la Berlinale, Hong Sangsoo a notamment reçu l’Ours d’argent de la meilleure réalisation pour La Femme qui s’est enfuie (2020), puis le Grand Prix du jury pour La Voyageuse, avec Isabelle Huppert (2024).
Avec pas moins de 34 longs-métrages réalisés en 30 ans, le prolifique Coréen poursuit une œuvre immédiatement reconnaissable, qui transforme les rencontres les plus ordinaires en une réflexion subtile sur l’amour, la mémoire, le cinéma et le passage du temps.

Filmographie
2026 – Le jour de son retour
2025 — Ce que cette nature te dit
2024 — By the Stream
2024 — La Voyageuse
2023 — De nos jours…
2023 — In Water
2022 — Walk Up
2022 — La Romancière, le Film et le Heureux Hasard
2021 — Juste sous vos yeux
2021 — Introduction
2020 — La Femme qui s’est enfuie
2018 — Hotel by the River
2018 — Grass
2017 — La Caméra de Claire
2017 — Le Jour d’après
2017 — Seule sur la plage la nuit
2016 — Yourself and Yours
2015 — Un jour avec, un jour sans
2014 — Hill of Freedom
2013 — Sunhi
2013 — Haewon et les Hommes
2012 — In Another Country
2011 — List (court métrage)
2011 — Matins calmes à Séoul
2010 — Les Amours d’Oki
2010 — Ha ha ha
2009 — Les Femmes de mes amis
2009 — Visitors
2009 — Lost in the Mountains, segment du film Jeonju Digital Project
2008 — Night and Day
2007 — Woman on the Beach
2005 — Conte de cinéma
2003 — La femme est l’avenir de l’homme
2003 — Turning Gate
2000 — La Vierge mise à nu par ses prétendants
1998 — Le Pouvoir de la province de Kangwon
1996 — Le Jour où le cochon est tombé dans le puits

AJOURÉE

Le nouveau film d’Hong Sangsoo a pour titre français, Le Jour de son retour. Le titre original coréen se traduit plus littéralement :Le jour où elle est revenue, rendant plus directement compte du registre du film : non seulement un magnifique portrait de femme, comme il y a en d’ailleurs beaucoup dans l’œuvre du cinéaste coréen, mais plus spécifiquement le portrait d’une revenante.

Une autrefois grande actrice dont on apprend la vie par bribes au gré des interviews qu’elle donne à de jeunes journalistes admiratives (ou polies). Le fil de ces conversations forme un tissu d’informations et d’émotions lacunaires, aussi triviales que mystérieuses, une sorte de dentelles dont les motifs évoluent et où les trous comptent autant que les points. La perfection, encore une fois, vient de ce qui manque, car ce qui manque ne peut pas se compter. On pense évidemment à la peinture impressionniste, mais aussi aux héroïnes ajourées des pièces de Tchekhov ; la Lioubov de La Cerisaie par exemple (qu’Isabelle Huppert, habituée du cinéma d’Hong Sangsoo, a d’ailleurs magnifiquement interprétée).

Qui mieux qu’Hong Sangsoo aujourd’hui sait dénuder le cinéma de ses atours pompeux pour en saisir la beauté primitive ? Comme les Lumière, comme Eustache, Hong Sangsoo possède ce don rare de l’évidence du cadre, cette facilité à capter la présence et à faire des films beaux comme le jour.

Luc Lavacherie, responsable cinéma de La Coursive, La Rochelle


Un restaurant, une actrice et une journaliste autour d’une table, mais trois fois de suite : il n’en faut pas plus à Hong Sangsoo pour scruter le petit théâtre social de l’interview où le professionnel dérive vers l’intime, le small talk vers la profondeur, l’admiration vers l’intrusion. Le Jour de son retour est le nouvel exemple d’un art consommé du dialogue et du plan-séquence où le cinéaste déploie ses volutes émotionnelles, au rythme des zooms, des verres qui s’entrechoquent ou des sons de couteaux qui parviennent à chaque rencontre d’une cuisine hors-champ. Mais sous le réalisme apparent, les répétitions dévoilent le goût de la structure et la consistance d’un geste : le titre de ce nouveau film tend un miroir à Matins calmes à Séoul (The Day He Arrives) en 2011, dans lequel un cinéaste en visite à Séoul semblait vivre un jour sans fin, se souvenant par exemple d’un premier baiser qu’une patronne de bar avait pour sa part oublié le jour suivant.

La mémoire est également ici mise à l’épreuve. En faisant se succéder les interviews et les chapitres numérotés, le film se compose comme un palimpseste, superpose ses couches dans l’esprit d’un·e spectateur·ice incité·e à faire la part des ressemblances et des différences. Pointant l’écart générationnel, une demande de conseils pour la jeunesse revient immanquablement, tandis que la proposition de partager une bière est tantôt refusée tantôt acceptée. Comparer est aussi évaluer, se demander s’il n’y aurait pas dans les face-à-face une part de séduction, de proximité surjouée : après avoir serré une journaliste dans ses bras, l’actrice l’observe à distance, pensive, rendue à la solitude. « On vit tous des vies séparées », dit-elle plus tard. Mais prudence sur les jugements hâtifs et univoques. Voir un film d’Hong Sangsoo demande toujours de questionner ses réflexes, et le cinéaste semble s’exprimer à travers son personnage lorsqu’elle évoque son goût d’un cinéma qui n’impose pas de message, se méfie des interprétations, pour préférer se laisser porter par les images.

Par un dernier tour du récit où l’actrice rejoue les échanges de la journée lors d’un cours de comédie, le film esquisse également une réflexion sur l’art des acteurs. Contrariée par la volatilité de la mémoire, la scène engendre moins une réplique fidèle des interviews qu’une nouvelle version où l’émotion se creuse alors même que la présence du texte dans les mains et de multiples pauses retirent de la spontanéité. On peut d’ailleurs voir dans ce moment un écho à la méthode du cinéaste, connu pour donner ses textes à ses acteurs le matin du tournage, en coupant court à l’intellectualisation et à la préméditation. L’art difficile de l’acteur·ice selon Hong Sangsoo consiste à occuper l’instant. Le retour du personnage au métier d’actrice après douze ans d’interruption se conjugue étonnamment avec une transformation existentielle, une quête personnelle d’authenticité (dans De nos jours une actrice disait avoir arrêté le métier à cause de scénarios empêchant toute sincérité). Le Jour de son retour est ainsi un film où l’élastique de la mémoire est tendu mais doit aussi savoir être relâché, et où les hiérarchies de l’original et de la copie, de la vie et du jeu, se défont pour laisser place aux sentiments présents. Mais le film nous prévient : rien n’est plus dur que de voir les choses comme elles sont.

Romain Lefebvre, septembre 2026


« ‘‘Un film est bon pour moi s’il m’apporte de nouvelles sensations et s’il modifie ma manière de penser.’’ Cette déclaration de Hong Sangsoo à propos du cinéma
[extraite des Cahiers du cinéma, n° 590, mai 2004] pourrait pleinement valoir pour ses personnages à propos de l’existence elle-même. Chaque fois ou presque, ce qui leur arrive se confond en effet avec le procès d’un changement qui affecte leur manière de penser et de percevoir, les conduisant à tisser le fil d’un rapport renouvelé à eux-mêmes et aux autres. Un telle affirmation concernant des personnages réputés hésitants, versatiles, qui semblent le plus souvent ne pas savoir ce qu’ils veulent, aller leur chemin sans direction précise et vivre des aventures sans lendemain, peut certes paraître étrange. Mais là est précisément l’une des raisons qui explique le sentiment paradoxal dans lequel nous laissent les films du cinéaste : dans nombre d’entre eux, les rencontres ne durent pas, les ruptures salutaires ou les alliances prometteuses sont ressaisies dans l’éventualité de n’être qu’un rêve, nul changement manifeste ne vient chambouler l’existence des personnages.
Et pourtant, la succession des situations qu’ils vivent ne cesse de dérouler le processus par lequel, à la faveur des surprises et déconvenues, des persistances et répétitions, quelque chose se modifie sensiblement en eux.
La transformation chez Hong Sangsoo n’est pas affaire d’événements identifiables, modifiant les dimensions visibles d’une situation sociale, professionnelle ou familiale, mais se joue à un autre niveau : celui, intérieur, du rapport que chacun entretient avec l’existence. Tout se passe en outre comme si la nature secrète de cette transformation conduisait le cinéaste à la fondre dans la matière de ses récits, sans chercher à la thématiser, alors même qu’elle se révèle en être l’un des vecteurs. »

Catherine Ermakoff, Extrait de Les Variations Hong Sangsoo, Simon Daniellou et Antony Fiant (dir.), de l’incidence éditeur, 2018