Film soutenu

Viêt and Nam

Tru’o’ng Minh Quý

Distribution : Nour Films

Date de sortie : 25/09/2024

Vietnam | États-Unis, France | 2024 | VOSTFR | 2H08

Nam et Viêt s’aiment. Tous les deux travaillent à la mine de charbon, à 1000 mètres dans les profondeurs de la terre. Alors que Nam rêve d’une vie meilleure, un mystérieux chaman lui promet de retrouver la dépouille de son père, soldat disparu lors de la guerre du Vietnam. Avec sa mère, et l’aide de Viêt, il se lance dans cette quête, pour retrouver les fantômes du passé.

Sélection Officielle – Un Certain Regard – Festival de Cannes 2024

Nam Viet Phąm Thanh Hài & Đào Duy Bào Đįnh • Hoa Nguyên Thį Nga • Ba Lê Viêt Tųng

Écrit et réalisé par Tru’o’ng Minh Quý • Produit par Bianca Balbuena & Bradley Liew (Epicmedia Productions, Inc – Philippines) • Co-produit par Lai Weijie (E&W Films, Singapour), Marie Dubas (Deuxième Ligne Films, France), Lorna Tee & Joost de Vries (An Original Picture,Pays-Bas), Stefano Centini (Volos Films Italia, Italie), Christian Jilka (Scarlet Visions, Allemagne), Nguyen Thi Xuan Trang (Lagi Limited, Vietnam) • Producteurs exécutifs Alex C. Lo (Cinema Inutile, USA), Glen Goei (Tiger Tiger Pictures), Teh Su Ching (Purple Tree Pictures), Chi K Tràn, Anthony De Guzman • Producteurs associés Elizabeth Wijaya, Mai Nguyen, Loy Te • Directeur de la photographie Son Doan • Chef décorateur Tru’o’ng Trung Đąo • Montage par Félix Rehm • Design et mixage sonore Vincent Villa

Tru’o’ng Minh Quý

Tru’o’ng Minh Quý est né à Buon Ma Thuot, une petite ville des hauts plateaux du Vietnam. Ses récits et ses images, entre documentaire et fiction, entre l’intime et l’universel, se nourrissent des paysages de son pays natal, et sont directement inspirés de ses souvenirs d’enfance et du contexte historique au Vietnam.
Il est diplômé de l’Asian Film Academy en 2012. Ses films et courts-métrages précédents ont été sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux tels que Locarno, New York, Clermont-Ferrand, Oberhausen, Rotterdam, Busan, Les Rencontres Internationales Paris & Berlin. Il a remporté le principal prix artistique de la 20ème édition de VideoBrasil à Sao Paulo en 2017.
Son deuxième long métrage, The Tree House, a été présenté en avant première au 72ème Festival du film de Locarno (compétition Filmmakers of The Present), et reçut les éloges de la critique internationale : «Parmi les trois meilleures avant-premières du festival» Mubi «Ode singulière et envoûtante à la mémoire et au cinéma» The Film Stage
Le film fut ensuite présenté au 57ème Festival du Film de New York, à la Viennale, au Festival des 3 Continents (en Compétition), au Festival international du film de Rotterdam (Bright Future Main Program), au CPH : Dox (Artist & Auteur), au Festival international du film de Göteborg, etc. En 2021, il réalise un film en français Les Attendants, qui fut nominé à la Berlinale pour l’Ours d’or des courts métrages.
En 2024, Quý présente son troisième long métrage, Viêt and Nam, dans la catégorie Un certain regard du Festival de Cannes.

LONGS MÉTRAGES
2024 Viêt and Nam
2019 The Tree House
2016 The City Of Mirrors : a fictional biography

COURTS MÉTRAGES
2021 Les Attendants
2017 The Sublime of Rectum
2016 How Green The Calabash Garden Was
2015 The City Of Mirrors
2014 Mars In the Well
2013 Someone Is Going To Forest


NOTE D’INTENTION

Un jour vers la fin de l’année 2015, je suis entré dans ce cimetière abandonné. C’était pendant la saison des pluies, dans ma ville natale des hauts plateaux du centre du Vietnam. Le cimetière était situé dans un quartier résidentiel animé, mais il s’en dégageait une atmosphère mystérieuse, comme s’il n’appartenait pas vraiment à cette époque, ni à ce lieu. J’ai marché le long des allées de hautes herbes, entre les tombes qui s’effondraient. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre pourquoi ce cimetière était abandonné : les morts étaient les soldats du Sud, «le camp des vaincus» de la guerre du Vietnam. Les autorités en place ne voulaient pas, n’osaient pas s’en occuper ; les familles des soldats avaient probablement quitté le Vietnam depuis longtemps ou, quelles que soient les raisons, n’avaient pas les moyens d’entretenir les tombes. Un cimetière est toujours triste, mais celui-ci l’était particulièrement.
Au Vietnam, de nombreux médiums prétendaient pouvoir communiquer avec les esprits des soldats décédés. Les parents des martyrs leur demandaient de l’aide pour retrouver les restes de leurs pères, oncles ou frères. Lorsqu’ils trouvaient quelque chose, il s’agissait généralement d’objets ayant appartenu aux soldats : des gourdes militaires, des horloges, des stylos à encre, des flacons de pénicilline, etc. Beaucoup de ces médiums ont été accusés de charlatanisme, mais ils ont toujours soutenu l’existence de leurs pouvoirs surnaturels.
Comme Nam et Viêt, j’ai grandi dans une petite ville. Mon père était absent durant mon enfance, il n’était jamais à la maison. Très jeune, je comprenais déjà qu’il fuyait les problèmes, se réfugiait dans l’alcool lors de ces longues nuits qu’il passait chez des amis, allant d’une maison à une autre. Il y avait toujours ma mère, dont le regard pénétrait l’obscurité de ces nuits. Le matin, elle était la première levée.
Le père de Nam n’est jamais là non plus. C’est un soldat, qui se consume non pas dans l’alcool, mais dans une idéologie : la guerre. Nam et Viêt sont nés sans père, comme beaucoup de jeunes gens de leur génération. La mère de Nam est la seule personne qui le relie à l’existence abstraite et fantasmée de ce père. Ce drame personnel de Nam dès le début est profondément lié à l’histoire du pays.
L’absence du père dans la vie d’un adolescent est un thème universel. Lorsqu’il est parti à la guerre, le père de Nam ne savait pas que sa femme était enceinte. Il ne savait pas que Nam existait, même à l’état de fœtus. Ce n’est peut-être pas la perte, mais le vide que cette perte a créé dans son cœur, qui rend difficile pour Nam de vivre et s’épanouir dans cet endroit. Un endroit rempli par le vide. Dans ce film, Nam cherche une réponse à la quête du père. Mais c’est un puits de silence si profond que la voix de Nam s’évanouit, sans écho.
Les profondeurs du silence. Les profondeurs des mines de charbon. 1000 mètres sous terre. J’imagine deux jeunes corps masculins couverts de sueur, appuyés l’un contre l’autre dans une mine de charbon obscure. Ici, le plaisir sexuel ressemble à la mort.
Je suis conscient que ce film suscitera la controverse au Vietnam, parce qu’il touche au nationalisme, à la propagande d’État. Ce qui compte le plus pour moi, c’est de percer le brouillard des idéologies, montrer des individus solitaires et épuisés qui luttent entre le traumatisme du passé et l’espoir de l’avenir. Qu’en est- il alors du présent ? Des cadavres dans un conteneur. Des tombes anonymes de soldats.
Un père et son fils. Le charbon et la mer. Ici et là.
Le film est tantôt humoristique, tantôt survolté, tantôt onirique, passant d’un sentiment sous-jacent de violence à celui d’une profonde tendresse entre les personnages.
Pourquoi Nam veut-il quitter le pays, alors que la guerre est finie ? Et comment savoir avec certitude qu’une guerre est bien terminée ? Au-delà des explications sociopolitiques, je veux avec ce film plonger plus profondément dans la complexité de l’âme humaine. Je veux ressentir, écouter les subtiles vibrations de l’esprit : en étant là, face à la mer immense, j’ai la conviction qu’il y a toujours, dans le désir de partir, une aspiration à revenir un jour. Revenir chez soi et dire : «Maman, me voilà de retour».