Jessie est une adolescente pleine de vie. Son seul problème est qu’elle partage sa chambre avec sa petite sœur. Ella, leur mère, est débordée mais attentive. Quand l’une des trois disparaît, toute la famille est bouleversée et cherche un coupable. Ella décide alors d’un voyage vers le Sud. Sous les rayons du soleil de Tenerife, passé et présent se mêlent peu à peu.
Festival de Cannes – Prix Un Certain Regard 2026
Liste artistique
Birgit Munichmayr Ella | Tristan Lopez Lux | Lotte Keiling Melli | Carla Hüttermann Jessie
Liste technique
Scénario et réalisation Sandra Wollner | Production Lixi Frank, Viktoria Stolpe et David Bohun | Direction photo Gregory Oke | Montage Hannes Bruun | Musique originale David Schweighart | Décors Julia Libiseller, Gerald Freimuth | Son Johannes Schmelzer-Ziringer


Sandra Wollner
Née en 1983 à Leoben en Autriche, Sandra Wollner a suivi une formation en réalisation de films documentaires à l’Académie du film du Bade-Wurtemberg. Son premier long métrage, The Impossible Picture, a reçu le Prix du nouveau cinéma allemand et le Prix de la critique allemande du meilleur long métrage en 2018. Son film de fin d’études, The Trouble With Being Born, a été présenté en première mondiale en 2020 à la 70e Berlinale dans la section Encounters, où il a reçu le Prix spécial du jury. Ce film a également remporté le Prix du cinéma autrichien dans les catégories « Meilleur réalisateur » et « Meilleur long métrage », ainsi que le Prix de la critique allemande dans les catégories « Meilleur long métrage » et « Meilleure photographie ». Everytime est son troisième long métrage.
Filmographie
2026 – Everytime
2020 – The Trouble with Being Born
2016 – Das Unmögliche Bild
2013 – Uns Geht es Gut (court métrage)
L’avis du GNCR
Everytime de Sandra Wollner est un de ces films que l’on a envie de revoir immédiatement après la dernière image. Envie folle, également, d’aller voir de plus près cet incroyable hôtel battu par les vagues à Tenerife : un personnage à lui tout seul, qui semble receler un vortex temporel dans lequel s’engouffre le chagrin de cette famille confrontée à un deuil a priori impossible.
La sophistication et la sensualité de ce second long métrage étonnent d’autant plus que ce dernier est signé par une très jeune cinéaste jusqu’ici complètement inconnue et qui semble être riche de l’expérience de mille vies. Et, finalement, ce qu’on retient de ce beau film qui met indéniablement ses spectateur·ices au travail, c’est la sensation d’avoir vécu un rêve éveillé, un rêve aussi troublant que concret, dans lequel on a envie de replonger immédiatement. Il sera donc plus que pertinent de diffuser Everytime sur plusieurs semaines : cela laissera le temps aux spectateur·ices de se programmer une seconde vision.
Sévrine Rocaboy, programmatrice du cinéma Les Toiles, Saint-Gratien
Note d’intention de Sandra Wollner
Je ne crois pas à l’au-delà, mais j’envie beaucoup ceux qui y croient ! En revanche, je crois que l’image des personnes que nous aimons reste avec nous ; qu’elle demeure gravée dans notre réalité d’une manière ou d’une autre. Depuis la mort de mon père, par exemple, chaque fois que je passe devant un certain méandre de la rivière, je le vois debout, là, en train de pêcher. Et l’espace d’un instant, j’ai l’impression que je pourrais m’engouffrer dans cette image.
Ce sentiment est devenu l’un des points de départ d’Everytime. Le film parle de personnes que j’ai rencontrées, sous différentes formes, à certains moments de ma vie : une mère qui a perdu son enfant, le garçon qui était présent, la petite sœur qui n’a pas encore trouvé le moyen d’accepter ce qui s’est passé. Nous les observons alors qu’ils continuent de mener leur vie quotidienne, parce qu’ils n’ont pas le choix : devoirs, courses, repas du soir… Ils essaient de faire le nécessaire, de rester fonctionnels. Mais derrière tout cela se cache le souhait irréalisable de retourner au moment où « rien de tout cela n’est arrivé ».
Au cœur du film, on trouve Ella, une mère dont la capacité à surmonter son chagrin semble surnaturelle. Elle est pragmatique, d’un calme presque effrayant. Elle pense maîtriser ses émotions, à tel point qu’elle souhaite savoir exactement ce qui s’est passé ce matin-là. Elle va même jusqu’à ingérer le même produit que sa fille. Ce n’est qu’un minuscule comprimé dans un petit sachet en plastique minable, ni magique, ni beau, ni particulièrement cinématographique. Il ne déclenche pas immédiatement un grand chamboulement. Son effet est plus lent, plus étrange, et pendant un long moment, il ne se passe presque rien. Mais quelque chose a changé. La fine frontière qui sépare le réel de l’imaginaire est devenue. C’est justement par là que les fantômes peuvent s’engouffrer…
Peut-être suis-je tant intriguée par les fantômes parce que d’une certaine manière, il me semble que nous, les vivants, pourrions également nous décrire comme des fantômes. Une grande partie de ce que nous appelons l’expérience humaine est faite d’absences : souvenirs, « moi » passés, avenirs non réalisés. Même de notre vivant, nos propres vies sont hantées par des versions de nous-mêmes qui n’existent plus, ou qui n’ont peut-être même jamais existé. Ainsi, nous laissons déjà des traces qui, un jour, continueront à vivre après nous : images, messages, vidéos, autant de fragments qui pourraient perdurer sans nous. Ces simulacres vivent déjà à nos côtés.
Dans ce film, Jessie est morte, mais elle est également partout. Elle existe dans le téléphone, dans de vieilles vidéos, dans le paysage, dans le jeu, dans le comportement des autres. Elle est absente, mais cette absence devient presque matérielle.
Everytime résume peut-être l’univers dans lequel s’inscrivent tous mes films. Le premier était sur la manière dont un souvenir devient un souvenir, et le deuxième sur la façon dont une machine perçoit le monde. Ce troisième film se déroule lui aussi à la croisée du monde intérieur et du monde extérieur.
Le regard de ce film naît en partie de l’indifférence du monde lui-même. Le soleil est là, suspendu, comme si de rien n’était. Pourquoi le soleil continue-t-il ainsi de briller ? Pour la personne qui a perdu quelqu’un, tout a changé. Pour le reste de l’univers, rien ne s’est passé. Le chagrin d’une mère est alors considéré avec autant de sérieux qu’un feu de signalisation qui clignote, ou qu’un jeu vidéo.
J’ai voulu intégrer ces images de jeu car à la mort de Jessie, il devient à la fois totalement artificiel et étrangement métaphysique. Il possède ses propres lois, ses propres paysages, ses propres mécanismes de survie. Et comme l’adolescente y jouait autrefois, et que sa sœur y joue aujourd’hui, il devient l’un de ces lieux où l’on peut ressentir la présence des morts. C’est l’une des traces laissées par Jessie.
La musique du film y prend d’ailleurs partiellement racine : elle naît dans le jeu, sous une forme simple, presque naïve, puis évolue lentement vers autre chose au fil de l’histoire. J’aimais l’idée qu’une chose innocente puisse devenir inquiétante après une mort. Dans le deuil, les choses banales deviennent souvent insupportables. Une sonnerie de téléphone, une sonnette, le son d’un jeu auquel quelqu’un jouait autrefois. Ces choses-là ne savent pas que quelqu’un est mort, elles continuent simplement d’exister. C’est en partie ce qui les rend si brutales.
Sur le plan formel, il était important de commencer par ancrer le film. Je voulais qu’il oscille entre quelque chose de très concret, presque documentaire, et quelque chose de plus mouvant. La réalité devait être suffisamment crédible pour que, lorsqu’elle commence à se déformer, lorsqu’un élément impossible y fait irruption, on ne la rejette pas immédiatement comme étant un rêve ou une supercherie. Puis, une fois que l’on se sent suffisamment ancré, je voulais prendre un tournant. Pas vraiment vers un autre monde, mais vers le même monde vu différemment, où le passé et le présent, la mémoire et la réalité tissent un lien étrange et impossible.
Je trouve que les impossibilités ont quelque chose d’intrigant, notamment quand on s’y plonge pleinement : elles nous en disent long sur la nature de la souffrance humaine, sur nos aspirations et sur notre existence même. C’est ainsi que fonctionnent nos rêves ; et c’est pourquoi le réveil peut parfois sembler si décevant et si terne.