Film soutenu

BARÇA ZOU

Paul Nouhet

Distribution : L'Atelier Distribution

Date de sortie : 09/12/2026

France | 2026 | 1h26

L’été de leurs dix-huit ans, Emile, Paul, Hascoët et Léo partent à Barcelone, la Mecque du skateboard, pour leurs premières vacances entre potes. Dix ans plus tard, ils s’appellent et se refont le film.

Festival de Cannes 2026 – ACID Cannes


Co-soutenu avec l’ACID

Liste artistique
Gaspar Bellegarde Hascoët | Noah Harray Émile | Lukas Larrue Léo | Eliot Lucas Paul | Billie Blain Sissou | Paul Nouhet Paul | Émile Pierre Émile | Édouard Hascoët Hascoët | Léo Cholet Léo

Liste technique
Réalisation Paul Nouhet | Scénario Paul Nouhet et Emile Pierre | Image Pauline Doméjean | Décors Ladys Oliveira Silva et Emile Pierre | Montage Dinah Ekchajzer | Ingénieur son Sacha Mikoff | Montage son Adrien Cannepin et Thibaut Sichet | Mixeur Sylvain Adas | Musique originale Avran Thépault | Production Les films du Sursaut | Productrice Dorothée Levesque

Paul Nouhet

Paul Nouhet est né à Bordeaux. Monteur et cinéaste, il a réalisé quatre courts-métrages dans lesquels il revisite la mélancolie de l’adolescence, avec un goût pour le burlesque et la comédie. Barça zou est son premier long-métrage.

Filmographie
2026 – Barça Zou
2023 – Salut les zins (moyen métrage)
2020 – Camille sans contact (court métrage)
2020 – La Lutte contre moi (court métrage)
2019 – Les Méduses de Gouville (court métrage)

L’été de leurs 18 ans, et pour leurs premières vacances ensemble, Émile, Paul, Hascoët et Léo, partent à Barcelone pour faire du skate. Dix ans plus tard, ils se téléphonent pour se remémorer leur séjour. Dans le montage alterné entre les deux époques, leurs souvenirs s’influencent, se complètent, voire s’opposent.
Sous son aspect quasi amateur, sa mise en scène presque sauvage, le film pourrait sembler foutraque. Mais sa construction très élaborée,son écriture fine, sa fluidité et sa générosité, sont bien plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Et, l’air de rien, sous sa grande fraîcheur, une mélancolie affleure peu à peu, cachée sous de l’humour, voire, par moments, de la franche drôlerie. Loin d’être un film pour un groupe d’initiés (le skate, la jeunesse des personnages), Barça zou touche par son ingéniosité et sa profondeur.

Jean-François Pelle, Cinémas Studio, Tours


Barça zou est un film composé à partir de vos souvenirs et de ceux de vos amis. Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet ?

J’avais déjà mis en scène ma bande d’amis dans Salut les zins !, un moyen-métrage fabriqué à partir de nos souvenirs de début d’adolescence, pour lequel on avait trouvé des enfants pour jouer nos rôles. Le film s’organisait autour d’une ellipse, avec une première partie autour des garçons de 13 ans, puis une deuxième plus longue avec mes potes et moi. J’ai senti avec ce film que le cinéma permettait de créer du lien, et plus spécifiquement ici de maintenir un lien en train de disparaître. Faire un film avait été l’occasion de se rassembler, presque un prétexte pour passer du temps ensemble, et j’avais envie de recommencer. Au moment où je terminais Salut les zins !, j’étais assistant monteur sur Voyages en Italie de Sophie Letourneur. J’ai pu observer sa manière de travailler à partir d’enregistrements sonores, que je trouvais à la fois très organique et ludique, et je me suis dit que je pouvais appliquer cette méthode pour initier un processus d’écriture. Nous avons commencé à écrire Barça zou avec Émile comme c’est montré dans le film : en téléphonant à nos amis Hascoët et Léo pour se raconter notre voyage à Barcelone il y a dix ans.

Le scénario s’est donc directement écrit à partir de ces souvenirs réels ?

En partie, mais on s’est vite rendu compte qu’on ne se rappelait pas si bien de tout, ou alors surtout de détails qui n’étaient pas forcément constitutifs de ce qui s’était passé là-bas. Les enregistrements ont permis de constituer la structure globale du film, et c’est à partir de là qu’Émile et moi avons comblé les trous, en injectant de la fiction. Le souvenir s’est donc mêlé à une forme de fantasme, ou de rêve, en incluant des épisodes qui auraient pu se passer mais ne se sont pas passés, comme des versions légèrement différentes de la réalité. À partir de chaque scène, on se balançait des idées en vrac que j’ai consignées comme une notice, et c’est à partir de cette matière que j’ai écrit le scénario.

Aviez-vous, dès le départ, le désir d’inclure dans le film les scènes de remémoration au présent ?

C’est en retranscrivant les conversations téléphoniques que j’ai commencé à envisager de montrer également le présent, quand j’ai réalisé qu’entre les moments où on se racontait le voyage, il y avait des interstices, des éléments qui transparaissaient de notre vie d’aujourd’hui, de nos relations en train de changer, de la distance qu’on avait les uns avec les autres. Ces choses très anodines, comme le fait de se donner des nouvelles, ou simplement d’avoir ces conversations dans un parc ou dans un bus me semblaient raconter beaucoup de ce qu’on était, de comment le temps avait passé. Je n’avais pas envie de faire un film qui se demande-rait « que sont-ils devenus ? », mais simplement de montrer que les personnages ont grandi, qu’ils n’ont plus les mêmes préoccupations, la même façon de se parler, même si certaines expressions restent. Les films d’amitié au long cours se concentrent souvent sur l’éloigne-ment des personnages avec le temps, quand le mouvement de Barça zou est plutôt celui d’un rassemblement. On se retrouve autour du passé donc il y a évidemment de la nostalgie et de la mélancolie, mais la nostalgie peut également être quelque chose de joyeux et de vivant.

Se concentrer sur le souvenir est aussi une manière de montrer comment le temps qui a passé a donné à des événements parfois banals une importance particulière.


Il y a cette scène dans le film, juste après qu’Hascoët ait retrouvé Sissou, quand il mange un croissant puis fait du skate dans la ville au petit matin. Ce qui se passe n’a rien de déterminant en soi, mais c’est une forme de moment parfait, comme une expérience de liberté absolue. J’ai adoré tourner ces sé-quences toutes simples, où les personnages se sentent vraiment ancrés dans le présent. On a tous vécu des scènes similaires, où, sans raison apparente, on se sent parfaitement bien. Moi c’était à 20 ans, dans une gare, où je me suis dit soudain « Putain, je suis bien là » (rires). J’y pense encore parfois. C’est une sensation presque irracontable : si le film parvient déjà à montrer ça, ça me suffit. Donc effectivement, il y a peu d’événements importants, mais il y a des images, des impressions. Le souvenir est un méca-nisme très cinématographique en soi : parfois, il semble que l’on se souvient de plans.

Comment s’est déroulé le casting ?

Le processus a duré un peu plus de six mois. C’était évidemment important que les acteurs soient tous skateurs, mais aussi qu’ils pratiquent régulièrement, qu’ils aient ce rapport au skate qui soit amical et pas solitaire… Les skateurs se comportent d’une façon très particulière, ne serait-ce que dans la manière de tenir la planche, qui ne peut pas s’apprendre pour un film. Avec la directrice de casting, Sofia Barandiaran, on a cherché un peu partout. Du casting sauvage dans des skateparks à Paris, Bordeaux et ailleurs, des annonces, mais aussi des messages à de jeunes skateurs qu’on trouvait sur Instagram, à travers lesquels on rencontrait aussi leurs amis, etc. Les quatre acteurs du film ne se connaissaient pas, Gaspar Bellegarde vient de Paris, Noah Harray de Compiègne, Lukas Larrue des Landes et Eliot Lucas de Rennes. Ils sont devenus copains sur le tournage. C’était génial de tourner avec eux même s’ils pouvaient aussi être très fatigants (rires). Je pense qu’ils ont apporté beaucoup de vie au film, ils ont pris des libertés sur nos souvenirs et ont créé leurs propres moments, leur propre voyage à Barcelone.

Le film de skate est un sous-genre en soi, mais Barça zou est assez éloigné des films trash de Larry Clark ou de Paranoïd Park.

Dès le départ, avec Émile, on voulait faire une comédie. C’est notre tempérament mais c’est aussi lié à notre adolescence dans le skate, qu’on a vécu de manière amusante, pas du tout dans un rapport dark ou destructeur. C’est surtout la manière dont les skateurs se prennent au sérieux qui nous fait marrer. Effectivement, à 18 ans, le skate peut être le truc le plus important de ta vie, à un point délirant. On voulait s’amuser avec la futilité de ce sentiment, notamment à travers le personnage d’Hascoët qui est obsédé par un trick qu’il veut réaliser sur les blocs de la place du MACBA (le musée d’art contemporain de Barcelone), qui est le lieu emblématique du skate dans la ville.

Il y a d’ailleurs tout un langage et un univers qui semble n’appartenir qu’aux personnages : le nom de la voiture, des figures de skate, certains jeux qu’ils ont, leur verlan bizarre… Mais vous ne prenez pas la main du spectateur pour tout expliquer.

C’est une question qui s’est posée dès le scénario. Certains lecteurs réclamaient des notes de bas de page pour expliquer des termes, mais on n’allait pas commencer à décrire en quoi consiste un « fakie ollie », c’est inexplicable à l’écrit. La manière dont les personnages parlent est ce qui permet au film d’être vrai, il n’y a pas besoin que le·a spectateur·ice comprenne tout ce qu’ils disent. Et puis tous ces mots-là, avec leur phonétique particulière, créent instantanément de la comédie dans la bouche des acteurs.

Comment s’est passé le tournage dans les rues de Barcelone ?

On était une petite équipe, avec pas plus de sept ou huit personnes sur le plateau, douze avec les comédiens. Notre matériel était très léger et nous permettait d’être assez rapides et discrets. On avait repéré beaucoup de lieux de skate dans la ville, et l’idée était de créer des bulles de fiction dans des décors très documentaires. MACBA, par exemple, est un endroit très bruyant, agité, vivant. Ce n’est pas un lieu où il est facile de débarquer avec une équipe de tournage, mais à force de venir tous les jours on a fini par se faire accepter. Au bout d’un moment, tout le monde nous connaissait. Beaucoup de skateurs qui traînent là-bas apparaissent d’ailleurs dans le film. On en a rencontré certains pendant le tournage, d’autres pendant les repérages. Fred est un cas à part car il joue son propre rôle, c’est le vrai Fred de quand on avait 18 ans.

C’est un film de garçons ensemble, qu’aviez-vous envie de montrer de cette amitié masculine ?

C’est en effet un film sur le groupe, et en particulier le groupe de garçons. Comment exister au sein du groupe. C’est un peu la question centrale de ce type d’amitié. Tout le monde joue en quelque sorte un rôle, avec des rapports de force, ou plutôt de position, parfois de compétition. Je voulais m’intéresser à ce système tout en faisant également exister les personnages en dehors de la bande, à travers dif-férentes échappées plus ou moins fugaces. Cette recherche de soi dans le groupe, qui cohabite tant bien que mal avec un désir d’émancipation, incarne pour moi quelque chose de l’adolescence.

On pense beaucoup à Linklater, notamment à Everybody wants some! où des joueurs de baseball universitaire n’arrêtent pas de se chambrer, mais en même temps il y a beaucoup de tendresse entre les personnages, ils arrivent à se parler.

Oui, de façon très pudique. C’est là qu’on voit qu’ils sont en train de grandir. On sent qu’ils commencent à réaliser qu’ils peuvent prendre soin les uns des autres, et parfois sortir de ce théâtre de l’adolescence où chacun essaye de prendre la meilleure place. C’est sans doute la différence principale entre les person-nages de 18 ans et ceux de 30 ans : aujourd’hui, on a plus du tout ce rapport de compétition.

J’ai dit que c’était un film de garçons mais il y a quand même des interactions avec des filles, très différentes les unes des autres, dont la longue scène avec Sissou, incarnée par Billie Blain, qui transforme le film en un authentique teen-movie.

Oui totalement. C’est un peu la séquence Beaux gosses du film. Je l’ai écrite sans essayer de théoriser sur le rapport fille-garçon à cet âge-là, à partir de ce qui me semblait juste pour les personnages. Celui d’Hascoët se révèle vraiment à ce moment-là. Sa timidité, notamment, raconte alors quelque chose de nouveau de lui. Il y a aussi un effet miroir : tandis qu’il a passé son séjour à faire du skate avec ses co-pains, elle a passé le sien à sortir dans des boîtes de nuit pourries avec ses copines. Quand j’avais 18 ans, les vacances entre potes avaient quelque chose de très genré : les mecs allaient à Barcelone d’un côté, les filles de l’autre, et parfois les groupes se retrouvaient là-bas.

La musique fait beaucoup pour l’atmosphère mélancolique du film, comment avez-vous travaillé avec le compositeur Avran Thépault, également connu sous le nom de Lagrima ?

J’ai fait appel à Avran car sa musique à la guitare, très mélancolique et adolescente, me semblait col-ler à l’atmosphère du film. J’aime beaucoup les sonorités à la Elliott Smith de ses compositions, qui m’évoquent forcément Paranoïd Park. Dès ses premières ébauches pour Barça zou, avant le tournage, il a eu recours au lap steel, un type de guitare qui se joue sur les genoux en faisant glisser un tube de métal sur les cordes. Il modifiait ensuite certains sons pour les mettre à l’envers et il est parvenu à une sonorité très vaporeuse qui a participé à faire basculer le film, au montage, vers quelque chose de légèrement onirique, qui raconte pour moi l’aspect flou des souvenirs. La musique permet en quelque sorte de dé-coller de la reconstitution du réel pour se rapprocher du rêve. Le film s’ouvre et se referme précisément avec des personnages qui dorment, à chaque fois avec la musique d’Avran.

Vous avez joué dans presque tous vos films, d’abord des rôles de composition, de benêt maladroit dans les courts-métrages Les méduses de Gouville et Camille sans contact, puis des rôles plus proches de vous dans le moyen-métrage Salut les zins ! et désormais Barça zou, comment expliquez-vous cette évolution ?

Mes premiers films sont indissociables de ce personnage que j’avais créé, burlesque, un peu lunaire, qui se retrouvait pris dans des intrigues autour du sentiment amoureux. Jouer dans Salut les zins ! relevait davantage d’une forme de logique inévitable : puisque tous mes amis jouaient leur propre rôle, il fallait bien que je me mette en scène à leurs côtés. C’est pareil pour Barça zou, sauf que la place de mes amis et moi s’y trouve beaucoup plus réduite, ce sont davantage les adolescents qui portent le film, voire s’émancipent de nous. Nous sommes devenus simplement narrateurs.

Votre personnage est celui du filmeur ; vouliez-vous déjà être réalisateur quand vous filmiez vos amis faire des figures de skate ?

Je ne sais pas si j’y pensais déjà mais, de fait, je faisais des vidéos de skate. Je ne crois pas que la dé-marche soit tellement différente de celle de réaliser Barça zou. Il s’agit toujours de filmer les gens que j’aime, de les mettre en scène, d’enregistrer des souvenirs et des moments de vie. Le résultat est évi-demment complètement différent, avec d’un côté une certaine ampleur, un récit, une réflexivité qu’il n’y a pas dans des vidéos de skate purement performatives, mais l’impulsion de départ est similaire.

Pourquoi avoir choisi ce titre, « Barça zou » ?

Je voulais un titre qui sonne adolescent, presque sautillant. Mes potes et moi avons toujours dit « Barça » pour Barcelone, et « zou », c’est le mouvement : il faut y aller.