Un fils, une mère, leur famille et 9 temples. Le temps d’une journée, un pèlerinage qui raconte le cycle des saisons de la vie.
Festival de Cannes 2026 – Quinzaine des Cinéastes
Liste artistique
Amara Ramnarong Grand-mère | Surachai Ningsanond Sakol | Jirawut Chiwaruck Pongpol | Yaneenan Jiraphatjittrin Wimol | Klaichan Phunman Anchalee | Sompop Songkampol Tor |
Poon Sirapob Koon | Yada Karnjanisakorn Yam | Nichmon Shintadapong Prae
Liste technique
Réalisateur et scénariste Sompot Chidgasornpongse | Directeur de la photographie Jonathan Ricquebourg | Chef décorateur Akekarat Homlaor | Directeur artistique Thanissorn Taopayung | Costumes Phim Umari | Montage Tham Kattiyakul, Jirapat Mekkrajai, Daniel Hui, Sompot Chidgasornpongse | Son Akritchalerm Kalayanamitr, Chalermrat Kaweewattana, Lim Ting Li | Premier assistant réalisateur Suteenit Kangvan | Second assistant réalisateur Kantapat Puttasuwan | Production Kick The Machine Films, At A Time | Coproduction E&W Films, Petit Chaos, Needle in the Haystack, La Fonte, Square One Film, Qun Films | Directeur de production Nattanan Kaewkitinarong, Pimsiri Sangworachat | Responsable de production Tahn Tahntawan | Producteurs Kissada Kamyoung, Apichatpong Weerasethakul | Co-producteurs Weijie Lai, Thomas Hakim, Julien Graff, Renée Hansen Mlodyszewski, Yue Huang, Charlie Kwong-Chun Fung, Giovanni Rahmadeva, Axel Hadiningrat | Productrice associée Elizabeth Wijaya | Vendeur international Playtime



Sompot Chidgasornpongse
Sompot Chidgasornpongse est titulaire d’un master en cinéma / vidéo au California Institute of the Arts. Ses courts métrages ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux. Il a également travaillé en étroite collaboration avec Apichatpong Weerasethakul en tant qu’assistant réalisateur sur de nombreux films, notamment Tropical Malady, Syndromes and a Century, Cemetery of Splendour et Memoria.
Filmographie
2026 – 9 temples vers le ciel
Note d’intention de Sompot Chidgasornpongse
J’ai grandi avec ma grand-mère à mes côtés, qui récitait de longues prières chaque soir avant de dormir. Mes parents se rendaient régulièrement dans les temples pour faire des mérites et offrir des dons. Plutôt que d’aller à la plage, nous faisions des mérites comme forme de loisir. Comme beaucoup de Thaïlandais, nous fréquentions les temples non pas pour nous défaire de nos désirs, mais pour accumuler du bon karma, un peu comme si l’on déposait de l’argent à la banque.
Le bouddhisme est souvent perçu comme une religion de paix, ce qui n’est que partiellement vrai. En Thaïlande, sa réalité est bien plus complexe. Il s’entremêle avec l’hindouisme, l’animisme et de nombreux autres systèmes de croyances. La superstition en demeure l’un des éléments essentiels. Avec l’implication croissante du tourisme, du commerce et de la politique, les temples thaïlandais semblent de moins en moins tournés vers la quête spirituelle.
Les Thaïlandais sont également profondément attachés au chiffre 9. Il se prononce « kao » en thaï, ce qui signifie avancer ou progresser. Il est considéré comme un chiffre magique, en partie en raison de son association avec feu le roi Bhumibol, Rama IX, qui régna pendant 70 ans. La monarchie thaïlandaise entretient des liens étroits avec le bouddhisme thaïlandais, et ces deux institutions incarnent la bonté dans notre société — on attend qu’elles soient préservées et protégées.
Aux alentours du décès du roi Rama IX en 2016, le climat politique en Thaïlande a connu un bouleversement radical, alimenté également par le gouvernement militaire arrivé au pouvoir à la faveur d’un nouveau coup d’État. Cela a créé des fractures entre les Thaïlandais, y compris au sein de ma propre famille et de mon cercle d’amis.
Beaucoup ont le sentiment que le pays tourne en rond, et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les pèlerinages aux neuf temples. Nous répétons le même cycle, encore et encore, sans nécessairement nous diriger vers la prospérité. Les temples restent pourtant très fréquentés, offrant la promesse d’un sens, d’une guérison, d’une protection, et de quelque chose qui dépasse nos vies ordinaires et tourmentées.
9 temples vers le ciel est né de ces tensions, en ré imaginant mes propres expériences de voyages dans les temples avec ma famille, au fil de nombreuses années. Le film se déroule à Samut Prakan, ma ville natale, une cité-porte au bord de la mer où les navires occidentaux entrèrent pour la première fois en contact avec le Siam à l’époque coloniale, et où se trouve aujourd’hui le principal aéroport du pays. Je perçois ce lieu comme un endroit où les modes de pensée traditionnels et modernes divergent.
Après le décès de ma grand-mère, je me suis éloigné de mes proches, bien que mon désir de rester lié à eux demeure fort. J’ai réalisé que les temples et les voyages que nous faisions ensemble étaient les moments et les lieux où nous partagions des conversations, des rires, et où nous créions de vrais liens. Les rituels, bien que leurs résultats promis restent incertains, servent un tout autre but. Ils créent un espace de pause, d’attention, et de présence à l’instant. À tout le moins, ils peuvent nourrir le coeur face à l’incertitude, si l’on s’y laisse aller.
À travers ce film, j’espère également rendre hommage aux familles qui, comme la mienne, vivent au sein de traditions et de croyances ancrées de longue date. En tant que membres d’une même famille, nous portons chacun nos propres intentions et nos propres perspectives. Nous sommes comme les pièces d’un puzzle qui tentent, souvent sans y parvenir, de s’assembler en une image complète. Pourtant, en tant que famille, nous continuons d’essayer, par soin et par amour.
Le Bouddha enseigne que la vie est en perpétuel changement, et que l’instant présent n’est qu’une part fugace d’un flux continu. Dans ce film, qui semble se dérouler sur une seule journée, le temps s’écoule à travers la lumière changeante — du matin au soir, de la lumière naturelle à la lumière artificielle. Il cède finalement place à l’obscurité, dans l’attente d’une nouvelle aube, d’un nouveau jour.