Film soutenu

Derrière les drapeaux, le soleil

Juanjo Pereira

Distribution : VraiVrai Films

Date de sortie : 25/03/2026

Paraguay, Argentine, France, États-Unis, Allemagne | 2025 | 1h30

120 heures d’images d’archives : voilà ce qui reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. A partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, je reconstruis l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXe siècle, dont les effets perdurent encore aujourd’hui.

FIPRESCI de la Critique International – Panorama Berlinale 75 – Allemagne – 2025

Liste technique
Réalisateur Juanjo Pereira | Direction sonore Julian Galay | Montage Manuel Embalse et Juanjo Pereira | Musique originale Andrés Montero Bustamante | Archives Laura Tusi | Co-production Cine Mio, Sabaté Films, MaravillaCine, Bird Street Productions, Lardux Films, Welt Film | Producteurs Ivana Urizar, Gabriela Sabaté, Paula. Zyngierman, Leandro Listorti, Juanjo Pereira, Hernán Mazzeo

Juanjo Pereira

Juanjo Pereira est un cinéaste paraguayen, chercheur, producteur et réalisateur de films d’essai et d’installations vidéo. Les archives cinématographiques paraguayennes constituent la base de son travail de recherche, et ses projets explorent fréquemment les infrastructures modernes ainsi que les paysages architecturaux. Il est directeur artistique et cofondateur du Festival international du film contemporain d’Asunción, et son travail a été présenté dans de nombreux festivals de cinéma. Derrière les drapeaux, le soleil est son premier long-métrage.

Filmographie
2025Derrière les drapeaux, le soleil (long-métrage)
2021The Impossible Future (court-métrage)
2020Witnesses in Tension (court-métrage)
2019Small Events in Medium Gray (court-métrage)


Note d’intention de Juanjo Pereira

« La dictature a pris fin en 1989, mais une chape de silence a recouvert cette période car la transition vers la démocratie n’a pas vraiment libéré la parole. Un halo de confusion et de silence a entouré le Paraguay au début des années 1990, et c’est à ce moment historique que je suis né. Quand j’ai quitté l’école dans les années 2000, je ne savais pas qui était Stroessner. »

« Mon intention est de questionner les images comme telles, la notion de point de vue, de réfléchir à l’évolution de leur lecture, de leur interprétation au fil du temps. Aller chercher le soleil derrière les drapeaux. Où Stroessner devient le centre d’une incongruité universelle qui illustre l’histoire du XXe siècle et transforme l’image martiale d’un dictateur en un personnage burlesque de la politique internationale. »

Note d’intention

Ce documentaire met en question la peur systématique qui a réduit le Paraguay à un silence de plomb qui perdure encore aujourd’hui. Un silence ancré dans les veines d’un pays rural qui ne parle pas de peur d’être déplacé, de perdre un lopin de terre, ou son pain quotidien. Un pays où la police réprime encore toute tentative de manifestation, et où règnent les fils des dirigeants de la dictature de Stroessner.

Ce film est né d’un désir profond de briser ce silence et en même temps de contester la sacralisation de Stroessner et de sa dictature. Car ce silence est en quelque sorte une manière de protéger le dictateur, de ne pas le soumettre à un regard contemporain face auquel il est indéfendable. Faire descendre le dictateur de son piédestal, l’exposer dans toute sa brutalité, son grotesque, c’est remettre en cause tout l’échafaudage social, politique et économique du Paraguay d’aujourd’hui, construit pendant le stroesnérisme et perpétué après sa chute.

Ce film initie un travail de mémoire qui n’a jamais été entre-pris en montrant pour la première fois sous une lumière crue la dictature de Stroessner et les atrocités commises par le régime. Il s’agit de restituer un passé qui ne passe pas. L’exposer, le détruire, avec les armes dont on dispose. Le désacraliser, le ridiculiser, en le dépouillant de sa préten-due nature martiale. Le recours à l’ironie, au ridicule, à l’humour, est l’une des rares armes pour affronter ces monstres et leur héritage.

Parmi toutes les formes de violence qu’on perçoit dans le film, la violence politique exercée par le régime n’a d’écho que dans la violence qu’il a exercée contre la nature. La déforestation, la chasse aux animaux, la marginalisation et la ridiculisation des peuples indigènes sont monnaie courante dans les archives. Les agressions de la dictature contre les personnes et le vivant, l’oppression de la société, l’accaparement et l’extractivisme apparaissent comme les fondements de ce régime.

Ces images sont le miroir de notre honte, et le film propose de les affronter, de faire l’effort de désactiver leurs effets au plus profond de nos consciences. Je pense que c’est à cette condition que nous pourrons nous libérer de leur emprise et avancer vers l’avenir.

Les archives

Ce projet est un exercice de mémoire personnelle et collective. Partant du constat que je n’avais jamais vu une seule image audiovisuelle de la dictature bien qu’elle ait duré 35 ans et ait mis à feu et à sang le pays, une question s’est immédiatement imposée à moi : qu’est-ce qui a été filmé au Paraguay ?

J’ai commencé à chercher des réponses de manière obsessionnelle, désireux de retrouver des visages, des récits, des textures de cette époque perdue. J’ai découvert que la production nationale était très rare. Cependant, il existait des films et du matériel visuel produits par des opérateurs étrangers.

En l’absence d’une entité étatique chargée de sauvegarder les archives audiovisuelles du pays, je suis allé chercher les traces de mémoire de cette période chez des chercheurs dispersés dans la ville d’Asunción. Ils m’ont été indispensables pour comprendre le processus archivistique du pays.

À la fin de la dictature, il n’y a pas eu de destruction systématique des archives, mais plutôt une négligence au niveau national, un oubli de la mémoire, un manque d’intérêt de la part de l’État paraguayen. Les films ont été laissés à l’abandon, souvent exposés aux intempéries, et oubliés. Ainsi, la grande majorité de la production nationale est perdue et ce qui reste est dispersé dans des endroits reculés du pays, sans références ni conditions minimales de conservation.

C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me lancer, en collaboration avec le centre de collecte d’images Asunción Audiovisual, dans une mission délirante : compiler et numériser tout le matériel cinématographique paraguayen réalisé jusqu’en 1989, date de la fin de la dictature. Une fois la recherche avancée au Paraguay, j’ai commencé à voyager dans le monde entier et à rechercher dans les cinémathèques, les archives privées et les chaînes de télévision tout le matériel audiovisuel produit sur le Paraguay avant les années 1990. J’ai trouvé des archives en France, en Allemagne, en Argentine, au Brésil, au Royaume-Uni, en Russie, aux États-Unis, en Belgique, en Uruguay, au Chili, à Taïwan et au Japon. J’ai découvert dans chaque pays des images étrangères que personne n’avait jamais vues au Paraguay.

À ce jour, nous avons trouvé 120 heures dans le monde entier, y compris au Paraguay. Il s’agit peut-être de la totalité des images filmées au Paraguay avant la fin de la dictature et qui existent encore.

La dictature de Stroessner

• 1954 : Coup d’état, Alfredo Stroessner prend le pouvoir et instaure une dictature au Paraguay.
• Années 1970 : participation du Paraguay à l’Opération Condor.
• 1989 : chute de Stroessner après un coup d’État mené par le général Andrés Rodríguez.
• 2008 : élection de Fernando Lugo, premier président progressiste.
• 2012 : renversement de Lugo par un coup d’État parlementaire.
• 2018–2023 : Présidence de Mario Abdo Benítez, fils du secrétaire personnel de Stroessner.

La dictature d’Alfredo Stroessner au Paraguay fut l’une des plus longues et des plus répressives d’Amérique latine. Pendant son régime, il mit en place un pouvoir autoritaire fondé sur la violation systématique des droits humains, la répression de l’opposition et un contrôle totalitaire de la société. Recours aux arrestations arbitraires, torture, exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées furent utilisés pour faire taire toute voix dissidente.
Ce régime fut directement impliqué dans le Plan Condor, opération clandestine coordonnée par les États-Unis avec d’autres dictatures sud-américaines, afin de traquer et éliminer les opposants politiques. Sous la direction de Stroessner, le Paraguay joua un rôle central dans ce réseau de répression et de terrorisme d’État, collaborant active-ment avec d’autres régimes militaires pour échanger des informations, former des agents et coordonner la persécution des dissidents.

Le rôle central du Paraguay dans le Plan Condor explique le soutien international dont bénéficia Stroessner. Les États-Unis et d’autres puissances occidentales privilégiant la stabilité politique et leurs intérêts économiques sur les droits humains et la démocratie. Présenté comme un allié fiable dans la lutte anticommuniste, il reçut une aide militaire et financière qui lui permit de se maintenir au pouvoir mal-gré les critiques internationales.
Son régime exerça une violence extrême sur la population et sur la nature : la déforestation, le massacre de la faune indigène et la distribution de près de 8 millions d’hectares aux proches de l’élite militaire ont accentué les inégalités sociales, faisant du Paraguay l’un des pays les plus inégalitaires du monde.

Malgré la transition vers la démocratie, la dictature de Stroessner a laissé un héritage de répression, d’injustices et d’impunité, car les responsables des violations des droits humains commises à l’époque n’ont pas été jugés. L’absence d’un travail de mémoire collective a renforcé le silence et le déni, rendant impossible un bilan précis des victimes. Ses conséquences se font encore sentir dans la société paraguayenne, et la lutte pour la vérité, la justice et la mémoire restent un enjeu majeur pour la démocratie et l’État de droit.